Rechercher

Volodymyr Groysman: “Ce ne sont pas des sanctions économiques qui ont stoppé Hitler”

L'ancien Premier ministre ukrainien qualifie l'invasion de la Russie de "continuation de la politique nazie" et appelle Israël à davantage de fermeté

Volodymyr Groysman, Premier ministre ukrainien, pendant une session du parlement  à Kiev, le 13 avril 2016. (Crédit : Genya Savilov/AFP)
Volodymyr Groysman, Premier ministre ukrainien, pendant une session du parlement à Kiev, le 13 avril 2016. (Crédit : Genya Savilov/AFP)

L’ancien Premier ministre ukrainien Volodymyr Groysman, un juif ayant perdu une grande partie de sa famille pendant la Shoah, appelle les puissances occidentales et Israël à répondre plus fermement à l’invasion russe de son pays, qu’il compare au nazisme.

Premier chef de gouvernement ukrainien à faire officiellement état de sa judéité, Volodymyr Groysman a officié de 2016 à 2019 sous la présidence de Petro Porochenko.

Pendant une courte période en 2019 lorsqu’il assumait également la fonction de Premier ministre sous le président Volodymyr Zelensky, l’Ukraine était le seul pays au monde, avec Israël, à avoir un chef d’Etat et de gouvernement juifs.

Volodymyr Groysman a été salué pendant son mandat pour ses efforts à parler de judaïsme, dans un pays à l’histoire marquée par les pogroms et massacres antisémites.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre son homologue ukrainien Volodymyr Groysman, à Kiev, en Ukraine, le 20 août 2019. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

« Une partie de ma famille a survécu à l’Holocauste, une autre non », dit-il à l’AFP dans un entretien téléphonique.

« Ce qu’il se passe maintenant, je n’exagère pas, est le prolongement de la politique nazie sur une base nationale » plutôt que religieuse, estime l’homme de 44 ans, retranché dans sa ville natale de Vinnytsia, à plus de 200 kilomètres au sud-ouest de Kiev.

Les forces russes menacent d’encercler la capitale ukrainienne. Des chars russes sont arrivés jeudi à la lisière nord-est de la ville, après être déjà parvenus dans ses faubourgs nord et ouest.

Selon Volodymyr Groysman, les mesures mises en place contre la Russie, en tête desquelles une batterie de sanctions imposées par les Occidentaux, sont insuffisantes.

« Ce ne sont pas des sanctions économiques qui ont stoppé Hitler », lance-t-il.

« Nous avons besoin de plus d’armes et nous devons fermer le ciel », poursuit-il, faisant écho aux appels de Kiev en faveur d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine, ce que l’OTAN a jusqu’à présent exclu par crainte de provoquer un conflit global.

« Chance historique »

Depuis l’invasion de l’Ukraine le 24 février, son président Volodymyr Zelensky redouble d’efforts pour rallier des soutiens à travers le monde, parfois en s’adressant directement à la communauté juive, notamment après une frappe russe près d’un mémorial de la Shoah à Kiev.

Mais depuis le début du conflit, les responsables ukrainiens ont aussi des sentiments partagés à l’égard de l’attitude de l’Etat hébreu.

Celui-ci s’est gardé de condamner trop vivement l’offensive lancée par la Russie, soulignant les liens solides qui l’unissent tant à Moscou qu’à Kiev, et ce alors que des troupes russes sont déployées en Syrie, un de ses pays voisins.

Mais dans le même temps, son Premier ministre Naftali Bennett a envoyé de l’aide humanitaire et a tenté de lancer une médiation entre les deux pays, se rendant même au Kremlin.

Le Premier ministre Naftali Bennett, à gauche, rencontre le président russe Vladimir Poutine à Sotchi, en Russie, le 22 octobre 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

La semaine dernière, le président ukrainien a salué des images de juifs priant au Mur des Lamentations de Jérusalem enroulés dans le drapeau bleu et jaune de son pays, mais il a aussitôt ajouté devant des journalistes qu’il n’avait pas l’impression que « le gouvernement israélien s’était lui-même drapé dans le drapeau ukrainien« .

Lundi, l’ambassadeur d’Ukraine en Israël, Yevgen Korniychuk, a salué les efforts de médiation mais a regretté que l’Etat hébreu n’ait pas approuvé l’envoi d’équipements défensifs, en particulier des casques et des gilets pare-balles.

Selon les médias israéliens, le Premier ministre Bennett a rejeté à plusieurs reprises les demandes d’assistance militaire de Kiev.

« Vos couvertures ne protégeront pas les Ukrainiens des attaques de missiles et de bombes », assène Volodymyr Groysman.

Pour l’ancien Premier ministre, le conflit actuel est une « chance historique » pour l’Occident de vaincre Vladimir Poutine et de « débarrasser la Russie de ce mal absolu » qui ne pourra pas être « stoppé de l’intérieur ».

Une défaite militaire de la Russie est essentielle pour garantir « une paix durable », ajoute-t-il.

« La Russie est une menace potentielle pour Israël, l’Europe et d’autres pays démocratiques », insiste M. Groysman. « Il est temps d’y mettre un terme ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...