Un gouvernement à deux têtes : Bennett et Gantz, associés et rivaux
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Analyse

Un gouvernement à deux têtes : Bennett et Gantz, associés et rivaux

Le Premier ministre a pris ses distances lors de la réunion entre le ministre de la Défense et le chef de l'AP, mais tous deux paraissent convenir de leurs approches différentes

Shalom Yerushalmi

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Le Premier ministre Nafatali Bennett (à gauche) et le ministre de la Défense Benny Gantz lors de la cérémonie de remise des diplômes aux pilotes de l'armée de l'air israélienne à la base aérienne de Hatzerim dans le sud d'Israël, le 24 juin 2021. (Jack Guez / AFP)
Le Premier ministre Nafatali Bennett (à gauche) et le ministre de la Défense Benny Gantz lors de la cérémonie de remise des diplômes aux pilotes de l'armée de l'air israélienne à la base aérienne de Hatzerim dans le sud d'Israël, le 24 juin 2021. (Jack Guez / AFP)

Le 36e gouvernement d’Israël semble aujourd’hui s’être divisé en deux camps distincts dont les approches, face au processus de paix avec les Palestiniens, sont contradictoires. Et, de manière étonnante, si chaque camp reste fidèle son ordre du jour, les deux paraissent se satisfaire de la situation.

A la tête du camp de droite, le Premier ministre Naftali Bennett ; dominant le camp de gauche, le ministre de la Défense Benny Gantz. Néanmoins, les deux hauts responsables entretiennent une bonne relation malgré des tensions occasionnelles.

Cette approche à deux têtes est apparue clairement à deux récentes occasions. Par exemple, quand le gouvernement a donné le feu vert à la construction de milliers de nouvelles habitations dans les implantations de Cisjordanie, en plus de délivrer nombreux permis de construire aux Palestiniens, Bennett a indiqué que la politique de son gouvernement était de renforcer les implantations dans la mesure où il était « plus à droite » que le gouvernement précédent qui était dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Il y a quelques semaines, Bennett a attribué la responsabilité des permis de construire octroyés aux Palestiniens à Gantz. Une accusation qui n’a paru troubler en rien le ministre de la Défense.

Puis, dimanche soir, Gantz a rencontré le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas – un rendez-vous sans précédent dans la diplomatie israélienne depuis de nombreuses années.

L’entretien entre les deux hommes avait été entièrement coordonné avec Bennett. Toutefois, l’entourage immédiat du Premier ministre s’est joint au chœur des autres partis de droite de la coalition qui ont exprimé ouvertement leur profond mécontentement.

(Gauche) Le ministre de la Défense Benny Gantz assiste à une conférence dans la région d’Eshkol, dans le sud d’Israël, le 13 juillet 2021. (Droite) Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas prononce un discours concernant le COVID-19, au siège de l’Autorité palestinienne, dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 5 mai 2020. (Flash90)

En plus des critiques qui ont été principalement émises par des membres du parti Tikva Hadasha de Gideon Saar, des sources gouvernementales qui n’ont pas été identifiées auraient déclaré que Gantz « fait ce qu’il veut, il fait cavalier seul et il dirige un gouvernement à l’intérieur du gouvernement ».

Les proches de Bennett ont nié avoir tenu ces propos, qui font écho aux accusations fréquentes qui avaient été lancées à l’encontre de Gantz par Benjamin Netanyahu lorsque les deux hommes se partageaient la tête du précédent gouvernement d’unité.

Bennett et Gantz se sont longuement entretenus dans la journée de mardi. Selon la radio militaire, le Premier ministre aurait expliqué au leader du parti Kakhol lavan qu’il n’avait pas apprécié « le festival médiatique » qui avait entouré la visite de Gantz à Ramallah. Mais les proches de Gantz l’affirment : Ce dernier entretient une relation formidable avec Bennett et c’est le chef de la formation Yesh Atid, Yair Lapid, qui attise les conflits au sein de la coalition.

De son côté, le bureau de Bennett a nié des informations rendues publiques mercredi qui avaient laissé entendre qu’il devait rencontrer dans un proche avenir les dirigeants égyptien, jordanien et de l’Autorité palestinienne.

Asharq Al-Awsat, journal arabophone dont le siège se situe à Londres, avait fait savoir que ce sommet quadripartite rare serait organisé à Sharm El-Sheikh, dans la péninsule du Sinaï, et qu’il réunirait Bennett, Abbas, le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi et le roi de Jordanie Abdallah II.

En marge du 28ème sommet de la ligue arabe, le 29 mars 2017, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (à doite) rencontre le roi Abdullah II de Jordanie (au centre) et le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi. (Crédit : Wafa/Thaer Ghnaim)

Le journal citait par ailleurs une source égyptienne non-identifiée qui disait qu’il avait été finalement décidé de ne pas inviter Bennett et d’opter plutôt pour une rencontre tripartite entre les autres leaders – une rencontre dont l’objectif serait de débattre d’un positionnement unifié concernant la reprise des négociations de paix israélo-palestinienne et des pourparlers avec les États-Unis.

Mais un rapide démenti avait été diffusé par le bureau de Bennett qui a qualifié les informations données dans le reportage de « mensongères », ajoutant qu’ « une rencontre entre le Premier ministre et le président de l’Autorité palestinienne n’est nullement envisagée et elle reste inenvisageable. Le président Sissi a invité le Premier ministre à une réunion en Égypte et le Premier ministre le rencontrera bientôt ».

La situation actuelle convient à Bennett et elle convient aussi à Gantz. Les partis de coalition de centre-gauche – Yesh Atid, Kakhol lavan, le parti Travailliste, le Meretz et Raam – se réjouissent de l’entretien survenu entre le ministre de la Défense et Abbas, tandis qu’à droite, Yamina, Tikva Hadasha et Yisrael Beytenu sont heureux des réserves exprimées par Bennett.

Et les choses ne devraient pas s’arrêter là. Bennett va répéter à l’envi qu’il n’y a pas de négociations de paix avec les Palestiniens, satisfaisant sa base d’électeurs issue du mouvement pro-implantations tandis que Gantz, pour sa part, organisera de tels pourparlers, pour le plus grand plaisir des partis de coalition de gauche.

Le Premier ministre Naftali Bennett, à gauche, le ministre de la Défense Benny Gantz, au centre, et d’autres en visite à la division de Gaza de l’armée israélienne, le 17 août 2021. (Crédit : Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

Les proches de Gantz expliquent que ce dernier se sent beaucoup plus libre que ce n’était le cas lorsqu’il était ministre de la Défense dans le précédent gouvernement – avec un Netanyahu qui, affirment-ils, ne lui aurait jamais permis de rencontrer Abbas. Gantz est dorénavant un ministre de la Défense prédominant, à la tête du second plus important parti de la coalition et, en tant qu’ex-chef d’État-major, il est considéré comme le ministre le plus expérimenté.

Un ministre qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat a expliqué que Gantz est aujourd’hui beaucoup plus expérimenté politiquement qu’il ne l’était auparavant et qu’il sait dorénavant comment exploiter les points faibles politiques de Bennett, dans la mesure où le Premier ministre – dont la formation Yamina occupe seulement six sièges à la Knesset – ne peut ni le menacer, ni le limoger, ni le mettre à l’écart.

Et un domaine dans lequel, sans aucun doute, Gantz s’est amélioré, c’est dans l’usage du puissant département des médias de son ministère. Ce dernier a récemment publié des photos où Gantz apparaît au centre, dominateur, et où Bennett se trouve sur le bord du cliché – s’il y figure.

C’est ce à quoi ressemble un gouvernement à l’intérieur du gouvernement.

Michael Bachner a contribué à cet article.

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