Un groupe juif américain d’aide aux réfugiés est accusé de représenter « les nouveaux nazis »
Rechercher

Un groupe juif américain d’aide aux réfugiés est accusé de représenter « les nouveaux nazis »

Sous une pluie de tweets racistes et antisémites, les organisations s'engagent à poursuivre le combat pour tous ceux qui cherchent refuge aux États-Unis

Mark HAtfield, président et directeur de l'HIAS, accueille les participants au  au  Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février  2017. (Crédit : HIAS)
Mark HAtfield, président et directeur de l'HIAS, accueille les participants au au Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. (Crédit : HIAS)

NEW YORK – Aux États-Unis, les dirigeants et organisations juives ont appelé les élus à laisser les portes du pays ouvertes à ceux qui fuient la violence et les persécutions.

« En 1881, HIAS [anciennement l’Hebrew Immigrant Aid Society] accueillait les réfugiés parce qu’ils étaient juifs. Aujourd’hui, nous accueillons les réfugiés parce que nous sommes juifs », a déclaré Mark Hetfield, président directeur du groupe HIAS dimanche dernier, au Castle Clinton National Monument.

Mais maintenant, c’est précisément à cause de leur judéité que les groupes tels que HIAS font l’objet d’attaques pour leur soutien aux réfugiés.

“Les juifs d’Hitel sont de retour. Soros/@HIASrefugess et ennemis de l’Amérique et qui soutiennent les nazis musulmans qui veulent les tuer ! »

“Les juifs haineux et pathéiques s’opposent à un président qui veut les protéger des nouveaux nazis – les musulmans!”

“Au cas où vous vous demandez, @HIASrefugees est une organisation pro-Hamas financée par Soros.”

Voici quelques exemples des attaques antisémites sur Twitter, avec le hashtag #jewsforrefugees.

Ce hashtag a été créé à l’origine pour rassembler ceux qui participaient aux rassemblements du National Jewish Day of Action à travers le pays, pour partager leurs photos et leurs déclarations, en signe de soutien aux réfugiés.

Les attaques sur Twitter semblent provenir de ceux qui adhèrent aux positions des suprématistes blancs, mais aussi de partisans du président Donald Trump. Les attaques varient. Certaines qualifient le soutien des juifs aux réfugiés de complot pour renverser l’Amérique. D’autres voient les juifs comme bernés par le terrorisme islamique. L’ancien grand sorcier du Ku Klux Klan, David Duke [qui a affiché son soutien à l’égard de Marine Le Pen], et la directrice de la très controversée American Freedom Defense Initiative Pamela Geller sont derrière ces tweets.

Selon l’HIAS, l’organisation internationale à but non lucratif qui protège les réfugiés, des telles attaquent encouragent les organisations juives à intensifier leur soutien aux réfugiés.

« La recrudescence des attaques antisémites est une réaction à la force que prend le mouvement. Je pense que ce vitriol est odieusement antisémite et anti-réfugiés, mais ce n’est pas propre à l’HIAS. C’est malheureux, vicieux et atroce, mais nous savons que des dizaines de milliers de personnes sont derrière nous », a déclaré madame le rabbin Jennie Rosen, vice-présidente de l’HIAS pour l’engagement communautaire.

Conscient que la crise mondiale des réfugiés bat des records – selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, sur les 65,3 millions de personnes déplacées dans le monde, 21,3 millions sont des réfugiés -, le groupe HIAS a lancé des projets éducatifs il y a plus de 18 mois.

Le rabbin Sharon Kleinbaum, grand-rabbin de la Congregation Beit Simchat Torah in New York, face aux centaines de participants du Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. (Crédit : HIAS)
Le rabbin Sharon Kleinbaum, grand-rabbin de la Congregation Beit Simchat Torah in New York, face aux centaines de participants du Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. (Crédit : HIAS)

La campagne de bienvenue de l’HIAS a été lancée pour créer une réaction juive populaire à la crise. Près de 300 synagogues et 2 000 rabbins se sont engagé à agir. Ils travaillent pour instruire les autres au sujet des réfugiés, font la promotion de meilleures politiques, avec des élus, récoltent des fonds pour aider les réfugiés, et accueillent les réfugiés dans leurs propres communautés.

Alors, quand Trump a signé le décret, qui bloque temporairement l’accès aux ressortissants de personnes provenant de 7 pays à majorité musulmane le 27 janvier, l’HIAS avait toute une communauté mobilisée et prête à réagir.

« A mesure que le programme anti-réfugiés de l’administration Trump s’intensifiera, de nouvelles personnes nous rejoindront. Une partie importante et grandissante de la communauté juive soutient avec passion les réfugiés », a assuré Rosenn.

La foule brave le froid et la pluie au Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. (Crédit : HIAS)
La foule brave le froid et la pluie au Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. (Crédit : HIAS)

Plusieurs organisations se sont associées au rassemblement du National Day of Jewish Action le 12 février, notamment, la Ligue Anti-Diffamation, l’American Jewish Committee, Avodah, Bend the Ark, la Central Conference of American Rabbis, J Street, le Jewish Council on Public Affaires, la Multifaith Alliance for Syrian Refugees, la Rabbinical Assembly et Uri L’Tzedek.

Madame le rabbin Shira Koch Epstein, au Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. (Crédit : HIAS)
Madame le rabbin Shira Koch Epstein, au Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. (Crédit : HIAS)

« En tant que réfugiée, en tant que Syrienne, en tant que musulmane, en tant que femme, en tant que personne de couleurs, je protesterais avec vous contre toute forme d’exclusion des réfugiés. Nous venons aux États-Unis à la recherche de la sécurité, à la recherche d’un avenir, et nous sommes reconnaissants de la communauté juive qui se tient encore et toujours à nos côtés », a déclaré Sana Mustafa, une réfugiée et activiste syrienne, durant le rassemblement de dimanche.

Récemment diplômée de Bard College, elle espère réunir sa famille, et spécialement son père, qui a été kidnappé en 2013, et dont la localisation est inconnue.

L’histoire de Mustafa ressemble à celle de nombreux autres réfugiés.

Ils doivent affronter deux ans de contrôle. Huit agences fédérales passent en revue leurs informations, cinq différentes vérifications, trois entretiens en personne et quatre vérifications biométriques. De plus, les réfugiés n’ont pas leur mot à dire quand à leur destination.

« Les réfugiés ne sont pas une abstraction, mais des personnes réelles qui cherchent simplement une vie meilleure – et pendant des siècles, les réfugiés et les immigrants ont construit notre nation. Avec cette campagne, nous avons voulu mettre un visage sur la question des réfugiés afin que personne n’oublie combien de réfugiés, toutes religions confondues, ont contribué à notre pays », a déclaré Jonathan Greenblatt, PDG de l’ADL.

La Ligue Anti-Diffamation a annoncé le début de la campagne #ThisIsARefugee après le rassemblement de dimanche et espère que cette initiative mettra en lumière la façon dont les réfugiés ont contribué à faire de l’Amérique le pays qu’il est aujourd’hui, mais également de souligner à quel point ce décret est contraire aux valeurs américaines et signe d’étroitesse d’esprit.

Sous la pluie et dans le froid, un participant milite au Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. (Crédit : HIAS)
Sous la pluie et dans le froid, un participant milite au Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. (Crédit : HIAS)

Après que l’ADL a lancé la campagne, des personnes comme Pamela Geller, qui est juive, ont commencé à envoyer des tweets sans doute antisémites et anti-musulmans. Geller a dirigé, avec Robert Spencer, l’American Freedom Defense Initiative, un groupe que le Southern Poverty Law Center a désigné comme « anti-musulman ». Geller a tweeté des messages évoquant diverses attaques terroristes, y compris l’attentat du camion à Nice, l’été dernier, accompagné du même hashtag #ThisIsARefugee.

« Il ne fait aucun doute que l’antisémitisme extrémiste est là et nous surveillons ces antisémites et racistes et leur façon de répliquer », a déclaré Greenblatt, avant d’ajouter que « nous pensons qu’ils [Twitter] doivent en faire davantage ».

Le rabbin Jack Moline, président de l’Alliance interconfessionnelle, s’est dit conscient de la vague récente de vitriol antisémite dirigée contre les groupes juifs qui soutiennent les réfugiés.

« Ce sont les suspects habituels, et quand les Juifs appellent au soutien des réfugiés, c’est tout à fait leur rayon. Il n’est pas surprenant qu’il y ait de l’antisémitisme parmi ces gens. Mais je crois avoir entendu quelqu’un à la Maison Blanche dire : ‘Quand ils vont en bas, nous allons haut’ « , a affirmé Moline.

« C’est une confusion entre les réfugiés et les immigrants. Nous ne serions pas là si les États-Unis ne nous avaient pas ouvert leurs portes. »

De gauche à droite, le maire de New York City Bill de Blasio; Rabbi Jennie Rosenn, vice-présidente de l’engagement communautaire pour l'HIAS, le représentant républicain Keith Ellison de Minnesota, au Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. (Crédit : HIAS)
De gauche à droite, le maire de New York City Bill de Blasio; Rabbi Jennie Rosenn, vice-présidente de l’engagement communautaire pour l’HIAS, le représentant républicain Keith Ellison de Minnesota, au Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. (Crédit : HIAS)

Pour la Central Conference of American Rabbis, la question des réfugiés est personnelle, a déclaré madame le rabbin Hara Person, directrice de la communication stratégique de l’organisation.

« C’est une confusion entre les réfugiés et les immigrants. Nous ne serions pas là si les États-Unis ne nous avaient pas ouvert leurs portes. Cela nous paraît très récent, même si nous sommes des Américains de deuxième, troisième ou quatrième génération », a déclaré Person. « Nous savons qu’il y a beaucoup de refoulement, mais je ne passe pas beaucoup de temps à regarder les choses négatives sur les médias sociaux. C’est un puits sans fond. »

S’il y a un point positif à cette réaction, c’est une amélioration dans les relations entre musulmans et juifs, a assuré Person.

Elle affirme que la xénophobie croissante et la question des réfugiés ont galvanisé les membres de la Central Conference of American Rabbis, qu’ils se manifestent dans les aéroports pour protester contre l’interdiction, qu’ils organisent des rassemblements dans leurs communautés ou encore, qu’ils accueillent des musulmans pour les prières du vendredi après-midi.

Le représentant républicain Keith Ellison de Minnesota, s'adresse à la foule au Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. (Crédit : HIAS
Le représentant républicain Keith Ellison de Minnesota, s’adresse à la foule au Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. (Crédit : HIAS

Tout cela s’inscrit dans le contexte de la décision de la Cour d’appel de maintenir le sursis sur le décret de Trump interdisant aux ressortissants des sept pays à majorité musulmane d’entrer dans le pays.

C’était une bonne nouvelle pour des groupes tels que HIAS, mais en aucun cas, cela ne signifie que la lutte pour ouvrir les portes des États-Unis aux réfugiés est terminée.

Comme l’a indiqué le Washington Post, Trump a peut-être émis l’ordre exécutif initial comme un ballon d’essai, une façon de voir ce qu’il peut faire pour freiner l’immigration légale et expulser les immigrants sans papiers qui sont aux États-Unis depuis des années, voire des décennies.

« Ce n’est pas fini. Nous y sommes pour le long terme. Cela va être une bataille continue pour l’âme de notre nation, c’est ce que nous sommes en tant que peuple », a déclaré Rosenn.

« Nous allons continuer à apparaître. Nous allons continuer à descendre dans les rues et nous allons être bruyants. Nous ne serons pas réduits au silence et nous ne serons pas intimidés. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...