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Un journal iranien publie un article antisémite le jour de Yom HaShoah

Un article d'opinion paru dans le journal d'Etat Kayhan qualifie les juifs de "peuple connu pour son entêtement, ses objections et ses prétextes" et fait l'éloge d'Hitler

Première page du quotidien d'État iranien Kayhan, le 28 avril 2022. (Crédit: Capture d'écran)
Première page du quotidien d'État iranien Kayhan, le 28 avril 2022. (Crédit: Capture d'écran)

Alors qu’Israël marquait jeudi Yom HaShoah, un grand journal iranien a publié un article d’opinion comprenant des tropes antisémites et des éloges manifestes d’Adolf Hitler.

Vendredi, la République islamique d’Iran a marqué la Journée de Quds, une journée de solidarité avec la cause palestinienne initiée par l’Ayatollah Khomeini en 1979, année de la Révolution islamique. Cette fête nationale est caractérisée par des discours et des événements anti-israéliens et des menaces de « libération » de Jérusalem du contrôle israélien.

À l’occasion de Yom HaShoah, le quotidien iranien ultraconservateur Kayhan a publié en première page un article d’opinion faisant ouvertement l’éloge du leader nazi Hitler.

Le rédacteur en chef de Kayhan, Hossein Shariatmadari, se présente comme le représentant du Guide suprême d’Iran.

Rédigé par l’universitaire Mohammad Hadi Sahraei et intitulé « Peut-être sans guerre », l’article commence par rappeler l’histoire biblique du péché du veau d’or au mont Sinaï, dont une version est mentionnée dans le Coran. Sahraei a utilisé le récit de cette histoire dans le Coran pour étayer ses affirmations selon lesquelles les Juifs sont « un peuple connu pour son entêtement, ses objections et ses prétextes ».

Sa description des Juifs se poursuit ainsi : « [Ceux] qui considèrent les autres comme leur propriété, et se considèrent eux-mêmes comme supérieurs aux autres et comme peuple élu permanent de Dieu corrompent la terre ; leurs savants sont connus pour la distorsion, l’usure, la fornication, la prophétie et le meurtre, et ont également posé les bases de l’assassinat des imams chiites, etc… ».

Sahraei soutient que la plupart des Juifs « appartiennent à l’idéologie sioniste que notre monde actuel subit dans sa chair et son sang », affirmant que les sionistes ont maîtrisé l’historiographie et la narration « car ils sont passés maîtres dans l’art de forger l’histoire et les livres divins ; tout comme les conteurs écrivent des romans ou des fictions, ils tissent et retissent l’histoire en fonction de leurs besoins futurs ».

Des survivants de la Shoah participent à la Marche des vivants en l’honneur des victimes de la Shoah, sur le site du Mémorial et Musée Auschwitz-Birkenau à Oswiecim, en Pologne, le 28 avril 2022. (Crédit: Wojtek Radwanski/AFP)

Officiellement et par principe, l’Iran nie la Shoah et le meurtre systématique des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et parraine occasionnellement des événements de caricatures négationnistes.

Dans une référence apparente à la récente condamnation par un tribunal allemand d’une femme de 93 ans à 12 mois de prison pour avoir nié que les Juifs avaient été systématiquement assassinés pendant la Shoah, Sahraei a écrit que les Juifs « mentent tellement qu’ils croient en leurs propres mensonges  et ont même peur d’une vieille femme qui nie la Shoah et la condamnent à la prison ».

Il a ensuite accusé les Juifs de « fabriquer » l’histoire et a exhorté les lecteurs à prendre conscience des « exagérations historiques et des médias juifs. »

« Lorsque les géants médiatiques du monde sont entre les mains de [Rupert] Murdoch le sioniste et consorts, nous devons nous attendre à voir la même manipulation que celle dont nous parlons depuis le début de cette ère dans les médias qui leur sont affiliés », a-t-il écrit.

Sahraei a ensuite dirigé ses attaques contre Israël, qui ne parvient à « rester au cœur de la région islamique », a-t-il affirmé, qu’en raison de « l’argent coercitif que les États-Unis et certains grands pays européens… versent chaque année à ce régime ».

Il a affirmé que « la logique dont Hitler a fait preuve en les expulsant d’Allemagne prouve qu’il était plus intelligent et plus courageux que tous les dirigeants européens actuels. » L’Europe de l’après-guerre, selon l’auteur, a « endossé le mythe de la Shoah » comme « excuse pour [sa] lâcheté et son humiliation ».

Un dessin soumis à un concours de caricatures négationnistes parrainé par l’Iran en 2015 (Crédit: capture d’écran).

En faisant l’éloge du leader de l’Allemagne nazie, l’auteur cherche encore à faire la différence entre les Juifs et les sionistes, ces derniers qu’il qualifie de « créatures les plus insidieuses, les plus trompeuses et les plus nuisibles découvertes par l’espèce humaine », affirmant qu’ils « sont méprisés même par les Juifs du monde. »

Cette stratégie, qui consiste à minimiser les tropes clairement antisémites et à les qualifier de sentiment anti-sioniste, a déjà été adoptée par les médias contrôlés par le régime iranien.

Certaines de ces publications attaquent ouvertement les Juifs, tandis que d’autres adoptent une approche plus douce, en dirigeant la haine vers les « sionistes », qui sont souvent utilisés de manière interchangeable avec les « Juifs ».

Cette idée se reflète dans divers récits et déformations historiques, notamment le mythe khazar de l’ascendance ashkénaze, qui prétend principalement que les Juifs ashkénazes et la majeure partie de la population juive mondiale actuelle ne descendent pas réellement des « vrais Juifs », vénérés dans la tradition islamique comme les Gens du Livre.

En janvier, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution visant à lutter contre l’antisémitisme et le négationnisme ou la déformation de la Shoah au moyen des technologies de l’information et de la communication et de faciliter le signalement de pareils contenus. Cent quatorze pays ont co-parrainé la résolution (résolution A/76/L30) et l’Iran s’y est fermement opposé.

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