Un juif contre un musulman aux prochaines élections municipales de Londres
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Un juif contre un musulman aux prochaines élections municipales de Londres

Ce qui devait être une victoire facile pour Zac Goldsmith pourrait devenir une lutte acharnée contre Sadiq Khan

La mairie de Londres, le London City Hall, en Angleterre, le 22 octobre 2011 (Crédit : Garry Knight, via Flickr, CC-BY-SA)
La mairie de Londres, le London City Hall, en Angleterre, le 22 octobre 2011 (Crédit : Garry Knight, via Flickr, CC-BY-SA)

LONDRES – À moins d’un bouleversement de dernière minute parmi les électeurs conservateurs, l’élection de l’année prochaine pour la position tant convoitée de maire de Londres se jouera entre un musulman pratiquant et le rejeton d’une famille aristocratique juive.

Londres a, en fait, deux maires – la position largement honorifique de maire de la ville, Lord Mayor of the city – et le maire politique, fonction récemment mise en place, un poste actuellement occupé par le député conservateur volatile Boris Johnson.

Johnson a succédé à Ken Livingstone, un politicien de gauche qui était le premier titulaire du poste, et les deux hommes ont tous deux occupé cette position pendant leurs deux mandats.

Mais Johnson, qui sera à la tête d’une délégation commerciale en Israël en novembre, a refusé de se présenter une troisième fois après avoir été réélu comme député aux élections législatives de cette année. (Johnson est largement présenté comme ayant l’ambition de succéder au Premier ministre David Cameron en tant que chef du parti conservateur). A sa place, le manteau conservateur est susceptible de tomber sur les épaules du député conservateur, Zac Goldsmith.

Goldsmith a remporté les primaires ouvertes. Il était le favori des bookmakers pour succéder à Johnson, même si en fait, ce sont ses affiliations écologistes qui semblent être un facteur de sa victoire plutôt que ses origines.

Le député Zac Goldsmith à "Un nouveau dialogue avec le centre-droit à propos de l'évolution du climat" le 13 juin 2013. (Crédit : CC-BY, Policy Exchange, via Flickr)
Le député Zac Goldsmith à « Un nouveau dialogue avec le centre-droit à propos de l’évolution du climat » le 13 juin 2013. (Crédit : CC-BY, Policy Exchange, via Flickr)

Le grand-père de Goldsmith, Frank Goldschmidt, est né en Allemagne dans une famille juive multi-millionnaire connue dans le milieu bancaire. Après avoir changé son nom en Goldsmith et épousé une femme catholique française, Goldsmith est devenu un député conservateur en Grande-Bretagne en 1910, poste qu’il a occupé pendant huit ans.

Mais même s’il s’est marié avec une non-juive, Frank Goldsmith est resté proche de la communauté juive et a aidé de nombreux organismes de bienfaisance de réfugiés juifs. Il est entré dans le domaines des affaires hôtelières après ses mandats en tant que député et a fait partie du groupe fondateur qui a construit l’Hôtel King David à Jérusalem.

S’installant en France avant la Seconde Guerre mondiale, il a réussi s’en échapper dans l’un des derniers navires qui quittaient le pays pendant l’invasion des nazis, laissant la plupart de ses actifs derrière lui.

Le fils de Frank, qui est devenu Sir James Goldsmith, était un homme d’affaires millionnaire non-conformiste et un potentiel politicien qui a fondé le parti Eurosceptic Referendum Party, qui a connu une courte existence. Sir James s’est marié trois fois et a eu huit enfants, dont trois – Zac, Ben et Jemima – sont constamment scrutés par le public.

Zac, dont le premier prénom est Frank d’après son grand-père, a commencé sa carrière en tant que journaliste et a dirigé le magazine The Ecologist de 1998 à 2007. Il est entré au Parlement en tant que député pour la circonscription de Richmond Park en 2010 et est revenu au Parlement ensuite, avec une énorme majorité qui s’est accrue de 19 000 voix contre son rival lors des élections législatives de cette année.

Alors qu’il n’a tout juste que 40 ans, il a été marié deux fois, la deuxième fois à Alice, un membre de la famille Rothschild, bien qu’elle aussi, comme Zac, n’est pas juive par naissance ni par la pratique.

Jemima Goldsmith, la sœur du potentiel prochain maire, était auparavant mariée à l’ex-joueur de cricket musulman et homme politique pakistanais, Imran Khan, et s’était convertie à l’islam afin de l’épouser. Elle est devenue une féroce critique d’Israël et en novembre 2000 a écrit un article publié dans The Guardian qui affirmait que la couverture médiatique, perçue, comme partiale du conflit au Moyen-Orient était dûe au « fait » que le lobby israélien aux Etats-Unis « est riche et puissant. Les médias sont en grande partie contrôlés par les Juifs, comme Hollywood, et ils représentent plus de la moitié des postes de décision de haut niveau dans l’administration Clinton », a écrit Jemima Khan.

Même si elle semblait avoir adouci son attitude envers Israël, l’année dernière, elle et son frère Ben ont eu une brouille – qui s’est étalées dans les médias sociaux – sur le conflit de Gaza de l’été dernier.

Ben Goldsmith, un financier comme son père, ne cache pas son affection pour Israël, et selon le site Jewish Business Newss (JBN), il se décrit comme « un non-Juif, mais un sioniste passionné ». Il emmène chaque année un groupe de personnes influentes en Israël et favorise l’investissement dans le pays.

Pendant les combats à Gaza, Ben Goldsmith, a précisé JBN, a exprimé son soutien à Israël et a tweeté que cela était justifié d’employer la force contre le Hamas qui « utilise ses civils pour défendre ses armes ». Sa sœur a répondu à ce tweet : « Ben, tes tweets sur ce sujet sont vraiment ignorants et insultants ».

Zac Goldsmith est allé pour la première fois en Israël il y a seulement quelques années et, contrairement à son frère et sa sœur, ne s’est vraiment pas beaucoup exprimé sur ses propres positions à l’égard du Moyen-Orient.

Mais en cherchant à rallier le soutien juif pour sa candidature à la mairie, il a accordé une interview au journal de Londres, Jewish News, et a dit qu’il considérait Israël comme « l’un des endroits les plus dynamiques et passionnants sur la terre, qui pétille d’idées et d’énergie et d’innovation et que donc les liens économiques sont très importants ».

Il a ajouté que c’était une « lumière » dans la région qu’il espérait mieux connaître, indépendamment de l’issue des élections municipales.

Peut-être avait-il encore en tête la dispute sur Twitter entre son frère et sa sœur quand Zac Goldsmith a également observé : « J’ai toujours été un partisan d’Israël – pas un partisan qui ne critique pas – mais, comme un ami d’Israël et en tant que personne avec un nom juif, il n’y avait pas un jour pendant le conflit de Gaza où il n’y avait pas d’insultes sur les médias sociaux. J’adore ce que les médias sociaux ont fait pour notre politique à plusieurs niveaux – mais ils ont aussi fourni une plate-forme pour les monstres ».

Contrairement aux conservateurs, le parti travailliste a déjà annoncé le gagnant de ses primaires internes pour la mairie de Londres. Avec une victoire surprenante, en battant la favorite, Dame Tessa Jowell, l’ancien avocat, Sadiq Khan, sera le candidat travailliste, une victoire qui aurait bénéficié à la flambée de soutien pour le nouveau chef du parti, le politicien à gauche de la gauche, Jeremy Corbyn.

Le leader du parti travailliste, Jeremy Corbyn, pendant son discours le troisième jour de la conférence annuelle du parti travailliste à Brighton, dans le sud de l'Angleterre, le 29 septembre 2015. (Crédit : AFP / LEON NEAL)
Le leader du parti travailliste, Jeremy Corbyn, pendant son discours le troisième jour de la conférence annuelle du parti travailliste à Brighton, dans le sud de l’Angleterre, le 29 septembre 2015. (Crédit : AFP / LEON NEAL)

Khan, député de la circonscription de Tooting, dans le sud de Londres, est l’ancien ministre des Communautés et des Religions du gouvernement de Gordon Brown et est l’un des huit enfants nés d’un immigrant musulman pakistanais à Londres. Son père a travaillé comme chauffeur de bus et sa mère était couturière ; Khan a grandi dans un HLM, mais a changé sa vie grâce à son diplôme de droit qu’il a obtenu à l’université de Londres.

Un politicien avisé, il courtise assidûment la communauté juive depuis qu’il s’est présenté à la course municipale.

Il a clairement fait savoir aux médias juifs du Royaume-Uni qu’il n’est pas un deuxième Ken Livingstone, et à cet effet, déclaré au Jewish Chronicle : « Je tiens à vous rassurer, je ne suis pas comme le dernier gars, je ne vais pas être comme les précédents politiciens travaillistes. Pour moi, c’est une source de tristesse que les gens qui ont voté historiquement travaillistes ne votent plus maintenant travailliste ».

Le candidat du parti travailliste britannique à la mairie de Londres, Sadiq Khan (Crédit : Domaine public via Wikipedia)
Le candidat du parti travailliste britannique à la mairie de Londres, Sadiq Khan (Crédit : Domaine public via Wikipedia)

Dans une interview avec cette journaliste, le mois dernier, Khan a déclaré : « Je reconnais que lors des dernières élections municipales et l’élection législative, il y avait beaucoup de Juifs qui sentaient qu’ils ne pouvaient tout simplement pas voter pour les travaillistes. Être un Londonien juif en 2015 représente un défi. Je ne comprenais pas pleinement l’ampleur de l’antisémitisme, et c’est scandaleux que les écoles et les lieux de culte doivent avoir le niveau de sécurité qu’ils ont dans le but de protéger la collectivité contre l’antisémitisme ».

Khan a déclaré qu’il comprenait que la communauté juive avait été réticente à voter soit pour Ken Livingstone ou pour [le dernier dirigeant du arti travailliste] Ed Miliband.

« J’ai commencé à le comprendre plus lorsque je suis devenu ministre des Religions en 2008, avec la corrélation entre les tensions au Moyen-Orient et la montée de l’antisémitisme au Royaume-Uni. Même si je connaissais ces questions, ça a fait tilt ».

À ce titre, il a été chargé de mettre en œuvre les recommandations du Rapport parlementaire du député John Mann sur l’antisémitisme, ce qui a apporté à Khan l’expérience personnelle de ce qui signifie être sur la ligne de front de la politique communautaire juive.

Il a eu deux obstacles à surmonter dans sa relation avec la communauté juive.

Le premier : le fait qu’il ait désigné Corbyn pour le leadership du parti. Bien que Khan a finalement voté pour l’un des rivaux de Corbyn, l’attention des médias sur l’association de Corbyn avec les négationnistes, les antisémites et les activistes anti-Israël ont inévitablement débordé sur ceux qui l’avaient soutenu initialement.

Et de deux, à l’époque où il était avocat, Sadiq Khan avait défendu Louis Farrakhan dans ses tentatives infructueuses d’entrer dans le territoire du Royaume-Uni, et avait insisté, en 2002, que le chef de la Nation de l’islam n’était pas antisémite.

L’image en 2015 que Khan tient à présenter est qu’il a laissé les jours où il défendait Farrakhan derrière. Il a une politique de « tolérance zéro » pour l’antisémitisme, dit-il, et lorsque cette journaliste lui a demandé directement s’il continuait à dire que Farrakhan n’était pas un antisémite – après que Farrakhan ait imputé l’attaque terroriste du 11 septembre aux Juifs – Sadiq Khan a répondu : « Je suis d’accord. C’est antisémite ».

Khan a récemment déclaré au Mail que le parti travailliste – et, par extension, lui et sa tentative de devenir maire – a dû s’éloigner loin de son image « anti-juive inacceptable ».

Il a pris soin de dire aux potentiels électeurs juifs qu’il veut être un maire pour tous les Londoniens, et a insisté sur le fait que s’il devenait maire, il n’allait pas « utiliser [sa position] comme une chaire pour se prononcer sur les affaires étrangères ». Il ne croit pas que la politique étrangère devrait être une question abordée dans ce poste.

En tant que musulman pratiquant, il a rompu le jeûne du Ramadan dans plusieurs synagogues de Londres et estime que les deux religions ont beaucoup de points en commun.

Khan a dit qu’il s’était rendu au Moyen-Orient avec le principal groupe de lobbyiste pro-arabe, Caabu – le Conseil pour la promotion de la compréhension arabo-britannique – mais était plus désireux, ce qui est compréhensible, de discuter de ce qu’il a dit être ses liens positifs avec le Conseil des députés et le Community Security Trust.

Il pourrait y avoir d’autres candidats en lice pour la position de maire de Londres – du parti des verts, des libéraux-démocrates, de l’UKIP et, du plus notoire de tous, le leader du Respect party et activiste anti-israélien George Galloway, qui investit toute son énergie dans sa campagne pour devenir maire de la ville après avoir perdu son siège de député à l’élection législative en mai pour la circonscription de Bradford.

Mais la plupart des analystes s’attendent à ce que la course municipale du 5 mai 2016 soit une course à deux chevaux – et Zac Goldsmith, qui autrefois était largement considéré comme susceptible de gagner haut la main, pourrait avoir à lutter pour la victoire si Sadiq Khan bénéficie de l’effet Corbyn.

Quoi qu’il en soit, ce sera une élection fascinante.

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