Un maire communiste français refoulé d’Israël pour son soutien au boycott
Rechercher

Un maire communiste français refoulé d’Israël pour son soutien au boycott

Patrice Leclerc, qui a appelé à la reconnaissance de la Palestine et honoré le terroriste Marwan Barghouti, s'était aussi vu refuser l'entrée en novembre

Patrice Leclerc, maire communiste de la banlieue parisienne de Gennevilliers. (Capture d'écran : YouTube)
Patrice Leclerc, maire communiste de la banlieue parisienne de Gennevilliers. (Capture d'écran : YouTube)

Le maire communiste de Gennevilliers, banlieue près de Paris, s’est vu interdire lundi l’entrée en Israël en raison de son soutien au boycott de ce pays, a annoncé le gouvernement israélien.

Patrice Leclerc, qui appartient au Parti communiste de France, a été refoulé alors qu’il tentait de traverser la frontière du pont Allenby entre la Jordanie et Israël.

Il a réagi en dénonçant une « humiliation » et l’“arbitraire intolérable” pratiqué selon lui par l’Etat hébreu envers « ceux qui agissent pour le droit des Palestiniens à disposer d’un État libre et indépendant ».

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri a refusé l’entrée en Israël pour Leclerc et son épouse, invoquant son soutien au BDS et pour avoir honoré Marwan Barghouthi, un terroriste palestinien et membre de l’OLP qui purge plusieurs peines de prison à vie en Israël pour son rôle dans le meurtre de victimes israéliennes d’attaques terroristes.

« Il a été décidé de ne pas l’autoriser à se rendre en Israël » car « il s’agit de quelqu’un qui soutient le BDS », le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre Israël, ont annoncé les ministères israéliens de l’Intérieur et des Affaires Stratégiques dans un communiqué.

Leclerc a posté sur Facebook qu’il a été gardé au point de passage pendant six heures et interrogé six fois avant de se voir finalement refuser l’entrée. Il a déclaré que l’ambassade de France à Tel Aviv et le consulat à Jérusalem avaient tenté en vain d’intervenir en son nom.

Le ministère de l’Intérieur a déclaré que le maire savait qu’il ne serait pas autorisé à entrer, mais a choisi de ne pas en tenir compte. De plus, selon le ministère, Leclerc a changé son explication quant à la raison de sa visite en Israël, ce qui a ajouté à la décision de le refouler, a rapporté la Dixième chaîne.

« Nous ne permettons pas à ceux qui agissent contre Israël d’entrer dans le pays pour s’y livrer à des provocations », a expliqué le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri.

« Cette situation marque un raidissement de la position de l’État d’Israël à l’égard de celles et ceux qui agissent pour le droit des Palestiniens à disposer d’un État libre et indépendant. Cette situation d’arbitraire est intolérable », a dénoncé Leclerc.

« La France, et particulièrement le président Macron, doivent refuser cette humiliation constante à l’égard de citoyens français interdits d’entrer en Palestine. Devant le refus d’Israël de respecter les différentes résolutions de l’ONU, la France doit reconnaître officiellement l’État de Palestine », a-t-il conclu.

M. Leclerc devait également se rendre en Israël en novembre dans le cadre d’une délégation française de 20 membres en Israël et en Cisjordanie, mais il s’est désisté après s’être vu refuser l’entrée à cette occasion également.

La délégation devait se rendre en Israël et auprès de l’Autorité palestinienne du 19 au 23 novembre et avait annoncé que son objectif premier était de rendre visite à Barghouti et à d’autres prisonniers de sécurité palestiniens dans les prisons israéliennes et de leur offrir un soutien.

La municipalité de Leclerc a reconnu l’État de Palestine le 21 janvier, mais a annulé la décision le 14 février, sous la pression du gouvernement. Cette reconnaissance était symbolique et sans incidence sur la politique étrangère française.

En mars 2017, le Parlement israélien a voté une loi interdisant l’entrée en Israël des partisans du mouvement BDS.

Le ministre des Affaires stratégiques et de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, a souligné que l’interdiction d’entrée en Israël était encore plus sévèrement appliquée pour les partisans du boycott qui « exercent des fonctions officielles ».

La campagne mondiale non-gouvernementale BDS entend faire pression sur Israël pour mettre notamment fin à l’occupation des Territoires palestiniens, jugée illégale par la communauté internationale. Ce mouvement s’inspire de la lutte menée contre le régime de l’apartheid en Afrique du sud.

Le gouvernement israélien combat de son côté farouchement tout ce qui ressemble à une entreprise de boycott, qu’il assimile à une menace stratégique et dénonce comme une remise en cause de la légitimité de l’Etat d’Israël.

Il a publié en janvier dernier une liste d’une vingtaine d’organisations dont les membres sont interdits d’entrée en Israël, dont onze européennes, comme BDS France, Palestine Solidarity Campaign ou l’Association France-Palestine Solidarité.

Le BDS se targue périodiquement de succès symboliques tels les refus de certains artistes de se produire en Israël ce qui a un énorme retentissement dans les médias, mais le patronat israélien minimise l’impact économique réel de ces appels au boycott.

La semaine dernière, Deri a annoncé qu’il empêcherait le premier maire de Dublin, Mícheál Mac Donncha, d’entrer en Israël. Mac Donncha, membre du parti de gauche Sinn Féin, prévoyait d’assister à une conférence sur le statut de Jérusalem à Ramallah, à l’invitation de l’Autorité palestinienne.

Mais quelques minutes après que Deri a fait sa menace, Mac Donncha a tweetté qu’il se trouvait déjà à Ramallah, disant au quotidien Haaretz qu’il était arrivé sans problème via l’aéroport Ben Gurion à Tel Aviv.

Haaretz a cité un porte-parole du ministère de l’Intérieur qui a déclaré que les agents de contrôle aux frontières n’avaient pas réussi à l’arrêter, parce que son nom avait apparemment été mal orthographié.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...