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Un mari qui refusait le divorce à sa femme libéré après 19 ans de prison

Meir Gorodetsky, le premier homme à avoir été condamné pour avoir refusé d'accorder un guet, a été libéré de prison

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Meir Gorodetsky est libéré de prison, le 2 octobre 2019. (Crédit: Centre Pour la Justice des Femmes)
Meir Gorodetsky est libéré de prison, le 2 octobre 2019. (Crédit: Centre Pour la Justice des Femmes)

Un homme incarcéré pendant 19 ans pour avoir refusé d’autoriser sa femme à divorcer, qui a été visé par des poursuites criminelles inédites pour sa réticence dans ce que l’on pense être le cas de plus extrême d’Israël, a été libéré mercredi.

Meir Gorodetsky a choisi de rester en prison depuis 2000 sur l’ordre du tribunal rabbinique plutôt que d’accorder un guet – une autorisation religieuse de divorce – à sa femme, Tzviya, qui l’année dernière a obtenu l’annulation privée de leur mariage dans une démarche qui n’est pas reconnue par les autorités de l’Etat. Il a continué à refuser de lui accorder les documents de divorce, malgré un séjour en confinement et d’autres sanctions en prison, y compris la confiscation de ses tefilines.

En avril, presque un après que son ancienne femme a obtenu une annulation religieuse, il est devenu le premier homme dans l’histoire d’Israël à être visé par des poursuites criminelles pour son refus. Il a été reconnu coupable et condamné à 15 mois de prison pour des charges de violation d’une décision de justice, à la demande des tribunaux rabbiniques d’Etat qui voulaient le voir rester en prison, contre la volonté de Tzviya Gorodetsky.

Selon la loi juive millénaire, seul le mari peut officiellement dissoudre le mariage. En Israël, où tous les divorces sont soumis à la loi religieuse, cette règle a laissé des centaines de femmes dans un flou juridique à cause du refus de leurs maris de leur accorder le divorce.

Un tribunal rabbinique privé dissous le mariage de Tzviya Gorodetsky en juin 2018. (Crédit : Centre pour la Justice des femmes / Rachel Stomel)

Des tribunaux rabbiniques ne peuvent pas forcer un homme à accorder un guet à sa femme, mais en Israël, ils peuvent imposer des sanctions dures, y compris de rares peines de prison sans condamnations et l’humiliation publique d’un homme dont les juges estiment qu’il refuse de manière injuste d’accorder un guet, transformant la femme en ce que l’on qualifie d’agunah, ou femme « enchaînée ».

Dans une décision forte de juin 2018, un tribunal rabbinique orthodoxe privée a annulé le mariage des Gorodetsky. Satisfaite de l’annulation religieuse après une bataille juridique de 23 ans, Tzviya Gorodetsky a ensuite cherché à clore l’affaire auprès du rabbinat, une décision qui aurait automatiquement entraîné la libération de prison de son ancien mari, selon le Centre pour la justice des femmes. Celui-ci représentait Tzviya Gorodetsky et avait organisé le comité rabbinique privé, dirigé par le rabbin Daniel Sperber, qui a ensuite conduit à la dissolution de son mariage.

Pourtant, voulant absolument garder derrière les barreaux le célèbre récalcitrant du guet – et insistant fermement pour dire que le couple était encore marié aux yeux de l’Etat malgré la dissolution privée de leur mariage – le tribunal rabbinique a pris la décision inédite de lancer des poursuites criminelles indépendantes contre Gorodetsky. Le tribunal rabbinique a donc mis en route ce qui allait être la première application d’une directive du procureur de l’Etat de 2016 qui permet à l’accusation de poursuivre les maris récalcitrants sur la base qu’ils enfreignent une décision de justice en désobéissant à un tribunal rabbinique d’Etat.

Il a été libéré mercredi après avoir purgé la peine prononcée en avril.

Dans un communiqué de mercredi, les tribunaux rabbiniques ont accusé le Centre pour la justice des femmes d’être responsable de la libération de Gorodetsky, tout en soulignant que Tzviya Gorodetsky restait une agunah à leurs yeux.

« L’organisation du Centre pour la justice des femmes est responsable de la libération du mari le plus récalcitrant au guet dans l’histoire de l’Etat d’Israël », avait déclaré le tribunal rabbinique.

Le tribunal rabbinique a accusé le groupe de femmes « d’avoir profité de la détresse d’une agunah pour la convaincre de clore son dossier auprès du tribunal rabbinique » et de s’être opposé à la position du tribunal rabbinique sur son incarcération dans un tribunal civil.

En conséquence, « Gorodetsky est aujourd’hui libre alors que sa femme est encore une agunah, et il peut s’enfuir et quitter Israël sans jamais revenir. C’est un autre exemple de comment, dans le contexte d’une lutte contre des tribunaux rabbiniques et la loi juive, une organisation radicale de femmes peut faire du tort aux agunot ».

Dans un communiqué, le Centre pour la justice des femmes a déclaré que l’affaire Gorodetsky « est un exemple de l’échec légal et moral intrinsèque aux lois israéliennes sur le divorce ».

« Pendant plus de 20 ans, Tziya Gorodetsky a essayé de divorcer de son mari violent et récalcitrant. Même si le tribunal rabbinique d’Israël l’a maintenu en prison pendant 19 ans afin faire pression sur lui pour obtenir un guet, leurs méthodes ont échoué. Même leurs sanctions les plus fortes – comme un séjour à l’isolement et, plus récemment, une condamnation criminelle inédite – n’ont pas donné de résultats.

« Tzviya est l’une des centaines de femmes en Israël à qui l’on refuse le droit de divorcer, violant ainsi les droits humains basiques de liberté et d’autonomie. Quand même les meilleures solutions des tribunaux rabbiniques laissent encore une femme piégée sans recours, les tribunaux rabbiniques d’Etat ont perdu tout crédit moral pour maintenir leur monopole sur le divorce en Israël », a déclaré l’organisation, appelant à « un changement profond des lois du mariage et du divorce en Israël, y compris des options civiles. »

« Il est cruel et immoral que l’Etat d’Israël empêche à des femmes d’être libres vis-à-vis d’entités non étatiques, tout en refusant de leur proposer une alternative validée par l’Etat », a déclaré l’organisation.

S’exprimant au Times of Israël en 2017 lors d’une grève de la faim devant la Knesset pour protester contre sa situation, Tzviya Gorodetsky avait déclaré qu’elle avait demandé le divorce en 1995 « à cause d’un tragique incident de violence domestique » au cours duquel elle avait perdu un bébé quelques jours avant sa naissance. Après avoir entendu son récit et le témoignage de son mari en 2000, un tribunal rabbinique lui avait ordonné de lui accorder un divorce sous 30 jours ou de risquer une peine de prison, avait-elle dit.

Il s’est présenté à l’audience avec un sac préparé pour la prison, a-t-elle dit.

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