Un mari récalcitrant mis en examen en Israël, une première
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Un mari récalcitrant mis en examen en Israël, une première

La décision de justice vise à renforcer le pression sur le mari, qui est en prison depuis plus de 17 ans, afin qu’il libère son épouse ‘enchaînée’

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Vue depuis les couloirs de la section des agunots du tribunal rabbinique de Jérusalem, le 17 septembre 2017 (Miriam Alster/FLASH90)
Vue depuis les couloirs de la section des agunots du tribunal rabbinique de Jérusalem, le 17 septembre 2017 (Miriam Alster/FLASH90)

Mercredi, les procureurs ont lancé une procédure judiciaire contre un homme qui refuse d’accorder le divorce à sa femme depuis plus de 20 ans. Il a déjà passé 17 ans en prison pour ce refus.

Il s’agit de l’une des plus longues histoires d’agouna, -« femme enchaînée » – une femme qui ne peut pas divorcer parce que son mari refuse de lui donner l’acte de divorce religieux, appelé « guet » en hébreu.

Dans la procédure déposée au tribunal de Jérusalem, l’Etat cherche à faire condamner l’homme, ce qui conduirait à l’ouverture d’un casier judiciaire.

L’action a été déposée conjointement par le tribunal rabbinique, avec le ministère de la Justice, le procureur d’état et la police.

Les tribunaux rabbiniques sont habilités à faire emprisonner ceux qui refusent d’accorder le divorce pour les forcer à le faire, mais la mesure ne constitue pas une procédure judiciaire et il n’y a pas de casier judiciaire.

L’homme a préféré rester en prison depuis l’an 2000 plutôt que d’accorder le guet. Sans ce guet, cette femme ne peut pas que ce soit selon la loi religieuse ou civile en Israël, où les questions d’état-civil sont gérées par le rabbinat.

En juin, dans une autre affaire, un tribunal rabbinique privé a annulé le mariage d’une femme – donnant ainsi à la femme, qui est pratiquante, une autorisation juive légale de se remarier – mais la décision n’a pas été reconnue par le rabbinat ou les autorités.

En 2016, Shai Nitzan, procureur d’état, a statué que des poursuites pouvaient être engagées contre ceux qui refusent de divorcer et qu’ils pouvaient être traités comme des délinquants qui nuisent aux intérêts et aux valeurs publics.

La femme, dont le nom n’a pas été cité dans les médias, a déclaré au site d’information en hébreu Walla que la mise en examen avait eu lieu contre sa volonté.

« La police m’a demandé si je voulais entamer des poursuites judiciaires, a-t-elle dit. Je leur ai dit non. Si après 17 ans, le rabbinat n’a pas trouvé la solution pour rompre mes chaînes, en quoi cela aiderait-il qu’il continue à rester en prison ? La police et le tribunal rabbinique ont tout fait dans mon dos ».

Selon l’article, la femme aurait demandé à ce que sa demande de divorce soit retirée – une décision qui pourrait entraîner une libération immédiate du mari incarcéré sur ordre du rabbinat. Elle a expliqué qu’elle avait fait la demande parce que la prison n’avait pas aidé à changer la position de son mari et qu’elle espérait ainsi qu’en retirant la demande de divorce de son mari, il pourrait se calmer et lui accorder le divorce de lui-même.

Tout en accueillant positivement la nouvelle, l’organisation du Centre pour la Justice des femmes, a également affirmé que le tribunal rabbinique essayait seulement de donner l’impression d’agir pour masquer ses échecs à traiter d’autres affaires de femmes agounot, a rapporté Walla.

« Lancer une procédure contre les hommes qui refusent d’accorder un guet est une démarche sociale forte, sauf qu’ici, le tribunal rabbinique utilise cette pratique pour une seule raison : préserver son image et chercher à cacher le fait qu’il ne parvient pas à résoudre des problèmes sérieux pour les femmes agounot. »

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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