Un policier blanchi dans le meurtre d’un Israélien d’origine éthiopienne
Rechercher

Un policier blanchi dans le meurtre d’un Israélien d’origine éthiopienne

Selon le ministère de la Justice, l'agent avait ressenti un danger imminent lorsque Yehuda Biadga s'était précipité vers lui. Le dossier avait entraîné des accusations de racisme

Yehuda Biadga (Crédit: capture d'écran  Twitter)
Yehuda Biadga (Crédit: capture d'écran Twitter)

Un policier qui avait ouvert le feu sur un Israélien d’origine éthiopienne qui s’était précipité sur lui avec un couteau, au mois de janvier, a été blanchi, a fait savoir mardi le ministère de la Justice.

Le meurtre de Yehuda Biadga, 24 ans, avait suscité la controverse et la colère au sein de la communauté du jeune homme. La police avait alors été largement accusée de racisme et de violences à l’encontre des Israélien d’origine éthiopienne.

La mort de Biadga avait été suivie par une manifestation massive, organisée à Tel Aviv.

Le jeune homme avait été tué dans sa ville d’origine de Bat Yam après avoir tenté d’agresser un agent avec un couteau, avait expliqué la police. Biadga menaçant ses parents avec la même arme blanche, sa famille avait fait appel aux forces de l’ordre.

Selon des proches, il souffrait de problèmes psychiatriques.

Lorsque les policiers étaient arrivés sur place et avaient appelé Biadga à lâcher son arme, il s’était rué en leur direction, amenant un agent à le mettre en garde verbalement avant d’ouvrir le feu sur lui à deux reprises.

Dans un communiqué, le ministère a fait savoir que le département des enquêtes internes de la police (PIID) avait déterminé que le policier s’était comporté de manière appropriée pendant l’incident, un jugement approuvé par le procureur de l’Etat Shai Nitzan.

Il a noté que l’agent avait ouvert le feu parce qu’il avait eu le sentiment que sa vie était en danger imminent – conformément au protocole en vigueur. Il a précisé que des témoins oculaires avaient convenu que l’agent se trouvait réellement en danger et qu’il avait émis deux mises en garde en direction de Biadga avant d’utiliser son arme.

Le ministère a déclaré que les affirmations de certains – qui avaient dit que Biadga avait reçu une balle dans la tête ou qu’il avait été exécuté au sol après avoir été neutralisé – avaient été minutieusement prises en compte et qu’elles s’étaient avérées mensongères.

Des bougies allumées sur le site où l’Israélien d’origine éthiopienne Yehuda Biadga a été tué alors qu’il se ruait vers un policier, un couteau à la main, à Bat Yam, le 20 janvier 2019. Une bannière dit : « Yehuda Biadga a été assassiné ici » (Crédit : Flash90)

Malgré ses conclusions, le ministère a fait savoir qu’il avait ordonné à la police de revoir ses protocoles de prise en charge des suspects atteints d’éventuels problèmes psychiatriques.

« Cette décision n’efface pas… la tragédie terrible vécue par la famille du défunt ou la nécessité de réexaminer largement les événements qui ont entraîné la mort d’un jeune homme qui souffrait de difficultés psychiatriques », a dit le ministère.

Il a annoncé que les conclusions de l’enquête avaient été transmises à la famille de Biadga.

L’agent impliqué avait été suspendu lorsque l’enquête sur la conduite avait été ouverte. Il n’y a pas eu d’information sur son éventuelle réintégration.

Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan avait déclaré qu’il veillerait à ce que les leçons de l’incident soient tirées.

Suite à la fusillade, des proches de la victimes avaient accusé la police d’utiliser une force excessive.

« Quand un terroriste vient commettre un attentat, on lui dit : ‘Ne tirez pas’ et s’il faut ouvrir le feu, on vise la jambe. Mais lorsqu’il s’agit d’un citoyen, on tire dans la partie supérieure du corps – ce n’est pas normal », avait commenté le frère de Biadga, David.

Son beau-frère, Hagos Ubo, avait déclaré : « On tire dans la tête d’un individu sur le trottoir. Mais pourquoi ne pas tirer en l’air ? Quand on tire dans la tête, c’est qu’on veut véritablement tuer ».

S’exprimant auprès du quotidien Haaretz après l’incident, un témoin avait expliqué que l’agent n’avait eu que quelques instants pour ouvrir le feu avant que l’attaquant présumé ne le poignarde.

« Si le policier avait attendu encore une demi-seconde, il aurait reçu un coup de couteau », avait expliqué le témoin, dont l’identité n’avait pas été révélée. « Il devait ouvrir le feu, c’est clair. Sa vie était en danger à ce moment-là. Tout s’est déroulé tellement vite, il n’avait plus de temps à perdre ».

Le dossier avait entraîné une manifestation contre les violences policières et la discrimination à l’encontre de la communauté éthiopienne israélienne qui avait réuni des milliers d’Israéliens à Tel Aviv.

Des manifestants éthiopiens israéliens place Rabin à Tel Aviv, le 30 janvier 2019 (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Des voix critiques se sont élevées, disant que l’enquête du PIID n’était pas suffisante, réclamant la mise en place d’une commission d’enquête placée sous la direction d’un magistrat.

Plus de 135 000 Juifs éthiopiens vivent en Israël. La majorité d’entre eux a immigré lors de deux vagues, en 1984 et en 1991. Mais un grand nombre a rencontré des difficultés d’intégration au sein de la société israélienne, accusée de discriminations.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...