Un rabbin et des chiens aident un détenu à retrouver la liberté et le judaïsme
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Un rabbin et des chiens aident un détenu à retrouver la liberté et le judaïsme

Jon Grobman, condamné à vie, sans libération conditionnelle, a obtenu une libération anticipée après avoir aidé ses codétenus dans le cadre d'un programme de formation canine

Jon Grobman (au centre) pose avec un groupe de détenus à la prison d'État de Californie, dans le comté de Los Angeles, à Lancaster. Sa peine de prison terminée, Grobman travaille maintenant comme directeur des programmes pour Paws for Life K9 Rescue, qui forme des détenus à dresser des chiens. (Autorisation de Rita Earl Blackwell, via JTA)
Jon Grobman (au centre) pose avec un groupe de détenus à la prison d'État de Californie, dans le comté de Los Angeles, à Lancaster. Sa peine de prison terminée, Grobman travaille maintenant comme directeur des programmes pour Paws for Life K9 Rescue, qui forme des détenus à dresser des chiens. (Autorisation de Rita Earl Blackwell, via JTA)

VACAVILLE, Californie (JTA) – Peu après que Jon Grobman a été libéré de prison, où il a longtemps pensé qu’il y resterait jusqu’à sa mort, il y est finalement retourné de façon volontaire, cette fois accompagné d’amis chiens.

Grobman revenait en prison en tant que nouveau salarié d’un groupe à but non lucratif, Paws for Life K9 Rescue, qui a joué un rôle déterminant dans son propre long et difficile chemin vers la rédemption.

Il n’oubliera pas les paroles du juge qui l’a condamné à perpétuité sans libération conditionnelle. « Si je sentais que vous aviez une quelconque possibilité de faire quelque chose de votre vie, je ne vous donnerais pas cette peine », avait déclaré le juge, se souvient Grobman.

Le point à retenir, a déclaré Grobman, était « qu’il était certain que je ne valais rien, pour personne ni pour quoi que ce soit dans ce monde ». Seize ans plus tard, sa voix tremble encore à l’évocation de ce souvenir.

Élevé dans une famille juive non pratiquante de la ville aisée de Hillsborough, en Californie, dans la Bay Area, Grobman faisait face à des difficultés depuis des années. Il avait commencé à expérimenter les drogues à un jeune âge et luttait contre des problèmes émotionnels.

Quand ses parents l’ont envoyé chez un psychologue pour enfants alors qu’il était adolescent, le médecin l’a agressé sexuellement, comme de nombreux autres jeunes garçons, dont plusieurs victimes juives, pendant des décennies.

Volant pour financer sa consommation de drogue jusqu’à l’âge adulte, Grobman a eu de nombreux ennuis avec la justice. En 2005, il a enfreint la loi californienne des « trois coups » qui prévoit une peine de perpétuité avec période de sûreté de 25 ans pour toute personne reconnue coupable de trois crimes.

Mais Grobman a retrouvé un nouveau souffle en prison. Avec l’aide d’un rabbin Habad local, il a redécouvert son judaïsme et, avec l’aide de quelques amis canins, il a pu faire techouva, ou la repentance.

« De tous les cours que j’ai suivis en prison, rien ne m’a plus touché que celui qui portait sur la sensibilité des victimes », a-t-il déclaré. « Cela m’a connecté à ce que les gens traversent lorsqu’ils sont victimes. J’ai commencé à relier le traumatisme que j’ai subi à celui de ceux qui m’entourent et au traumatisme que j’ai causé aux autres. J’ai commencé à réfléchir à ce que je pouvais faire de ma vie pour apporter une différence dans la vie de ceux qui m’entourent, et j’ai commencé à encadrer des gars plus jeunes. Je savais que je ne sortirais jamais, mais je pouvais les aider quand eux sortiraient. »

En 2018, l’extraordinaire s’est produit : après 13 ans de prison, Grobman est devenu le tout premier dans l’État à être bénéficiaire d’un « rappel d’engagement » du California Department of Corrections. Citant son comportement exceptionnel en prison et la preuve qu’il représenterait un atout positif à l’extérieur, l’État a recommandé sa libération. Âgé de 54 ans, il est ainsi désormais libre.

Jon Grobman avec un chiot de sauvetage de Paws 4 Life K9 Rescue au California Medical Facility de Vacaville. (Autorisation de Rita Earl Blackwell, via JTA)

Depuis qu’il a bénéficié de cette seconde chance, Grobman a le sentiment qu’il a prouvé chaque jour que ce juge avait tort – un sentiment qui, selon lui, est devenu encore plus vrai quand il s’est impliqué dans Paws for Life. L’association à but non lucratif basée à Los Angeles donne aux détenus la possibilité de dresser des chiens venant de refuges ayant des problèmes de comportement et qui, autrement, seraient euthanasiés.

Le groupe s’est lancé en 2014, une idée de la direction de la prison, qui s’est associée à un refuge local. Pour le programme pilote, le gérant du refuge, Alex Tonner, a amené des chiens dans la prison d’État de Californie à sécurité maximale, à Lancaster, dans le comté de Los Angeles, à la demande du directeur de la prison. Ce programme pilote a concerné des détenus qui faisaient partie de ce qu’on appelle la « cour d’honneur » de la prison, réservée aux condamnés à perpétuité qui ont fait preuve d’un engagement pour la réadaptation.

Grobman en faisait partie. L’histoire de ce groupe, y compris celle de Grobman, a récemment été narrée dans le court documentaire « Shelter Me: Soul Awakened », présenté par le musicien John Legend et diffusé à la télévision publique. Grobman a également fait une apparition dans le documentaire HBO « Toe Tag Parole: To Live and Die on Yard A » de 2015.

En prison, Grobman a d’abord caché sa judéité, mais s’est au fil du temps lié d’amitié avec le seul autre homme juif de Lancaster. Pendant la majeure partie de son incarcération, le rabbin Joseph Lazar, l’aumônier juif de la prison de Lancaster et directeur du centre Habad voisin de High Desert, est venu une fois par semaine pour lui poser les tefilin et lui enseigner l’histoire juive.

« En prison, il a trouvé son meilleur côté, qui était profondément enfoui sous toutes ces couches qui l’ont conduit à être incarcéré », a déclaré Lazar à propos de Grobman. « Au fil du temps, il a voulu aider les autres et a vraiment appris la compassion et l’empathie, et pourrait vraiment être un exemple de techouva. »

Grobman a déclaré qu’étudier avec Lazar avait été une source d’inspiration. « Nous sommes un peuple résilient, et en apprenant notre histoire, j’ai vu le lien avec ma propre histoire », a-t-il déclaré.

Son travail dans le bureau du chef de la prison, qui dirigeait de nombreux programmes de réhabilitation, lui donnait un certain pouvoir et une certaine protection, ce qui lui permettait de se sentir en sécurité en tant que Juif, même parmi les skinheads. Grobman dit même être devenu proche de l’un d’eux.

Il a accepté lorsqu’il a été approché pour aider à démarrer le programme Paws for Life à la prison. Au début, il était difficile de trouver 15 hommes prêts à s’inscrire, en partie parce qu’ils ne pouvaient pas croire que les chiens seraient autorisés à entrer en prison. Grobman a fini par participer lui aussi au programme et, alors que le dressage de chiens lui est venu de façon naturelle, il est finalement devenu le chef du projet.

Ces animaux arrivent sans jugement. Le chien a été mis en cage, dans un refuge, et n’a pas eu d’opportunités, et les gars s’identifient à eux de cette façon

« Chaque personne sur laquelle j’ai pu avoir un impact a effacé davantage ce que le juge a dit », a-t-il déclaré. « J’ai réalisé à quel point il était agréable d’aider à changer la vie de quelqu’un et de jouer un rôle en guidant les gens dans la bonne direction. »

Il était clair dès le départ que les chiens n’étaient pas les seuls à bénéficier du programme.

En dehors du lien humain-canin, « il y a de la confiance », a déclaré Tonner, qui dirige aujourd’hui le programme. « Ces animaux arrivent sans jugement. Le chien a été mis en cage, dans un refuge, et n’a pas eu d’opportunités, et les gars s’identifient à eux de cette façon. Les chiens aussi les rendent vulnérables, leurs émotions se révèlent. »

La prison n’est « pas un environnement enrichissant », a déclaré Tonner, « mais ils sont capables d’accueillir ce chien et de l’enrichir de la manière dont ils aimeraient être enrichis, et ils en sont fiers ».

Une fois dressés, les chiens – des centaines ont déjà participé au programme – sont ensuite adoptés dans des foyers « pour la vie », leurs dresseurs recevant des nouvelles régulières à leur sujet. Au fur et à mesure du programme, certains détenus ont appris à dresser des chiens d’assistance, notamment certains qui peuvent être des compagnons pour les anciens combattants atteints de troubles du stress post-traumatique.

Dès que la libération de Grobman s’est fait savoir, il s’est vu offrir un emploi à temps plein par Paws for Life, qu’il décrit comme le travail de ses rêves.

En tant que directeur des programmes du groupe, il est chargé de fournir les bienfaits thérapeutiques qu’il a autrefois reçus à d’autres détenus. Jusqu’à présent, il a aidé à lancer le programme dans deux prisons du nord de la Californie : la prison d’État de Mule Creek et le California Medical Facility (CMF).

Jon Grobman et sa mère, Diane Grobman, lors d’une cérémonie de remise des diplômes Paws 4 Life, au cours de laquelle il a appris pour la première fois que sa peine à perpétuité pourrait être commuée. (Autorisation de Rita Earl Blackwell, via JTA)

Grobman voit toujours Lazar lors de ses fréquentes visites à Lancaster.

« Il est manifestement intelligent avec d’excellentes compétences relationnelles », a déclaré Lazar. « Je suis assez impressionné par tout ce qu’il continue à faire. À chaque occasion, il fait vraiment tout son possible pour aider les autres. »

Lors de la récente visite de Grobman au CMF à Vacaville, un groupe de détenus a reçu ses patients : Tank, Panda, Hearts, Roger et Farrah Fawcett. Trois dresseurs partagent un seul chien, et ils sont toujours regroupés avec des dresseurs de couleur de peau différente afin d’encourager l’harmonie entrediverses origines.

« Travailler avec les chiens peut me faire oublier que je suis en prison », a déclaré Andrey Bernik, qui s’est présenté comme un Juif ukrainien du côté de sa mère.

« Nous sommes bloqués ici et, pour la plupart, nous n’avons aucun moyen d’apporter quelque chose à la société », a déclaré Chris Mann, incarcéré depuis près de 30 ans. « La plupart des gens ne nous définissent que par le dernier crime que nous avons commis, et non comme ceux que nous sommes devenus. Savoir que les chiens que nous avons dressés iront dans de bons foyers nous permet d’apporter quelque chose. »

Paws for Life affirme qu’à ce jour, 39 de ses participants ont vu leur peine être commuée. Beaucoup d’entre eux travaillent maintenant avec des chiens à l’extérieur. Aucun n’est retourné en prison.

Cette positivité venue par la libération de Jon, nous aide à nous libérer

« Cette positivité venue par la libération de Jon, nous aide à nous libérer », a déclaré Eddie Davis, un autre homme incarcéré au CMF. « D’une manière étrange, Jon a trouvé sa passion et son objectif en prison. Il pourrait maintenant probablement être un type bossant en entreprise, mais il ne serait nulle part aussi heureux qu’il l’est maintenant. »

Le nombre de ces détenus qui bénéficieront d’une chance de suivre les traces de Grobman dépend en fin de compte du gouverneur et de la commission des libérations conditionnelles. Mais les chiffres continuent de croître et ses visites régulières leur rappellent que cela est possible.

« C’est ma communauté », a déclaré Grobman. « Je ne veux pas que les gens les oublient. »

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