« Un risque sérieux » pour les participants à la parade, d’après la police de Jérusalem
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« Un risque sérieux » pour les participants à la parade, d’après la police de Jérusalem

Une grande partie du centre-ville a été fermée pour que défilent les 25 000 personnes présentes ; le maire n’a pas assisté à l’événement ; 30 individus arrêtés dont 2 en possession de couteaux

La quinzième parade annuelle de la Gay pride de Jérusalem s’est mise en marche à travers le centre-ville de Jérusalem sous haute sécurité, jeudi après-midi, un an après qu’un extrémiste religieux a poignardé une adolescente à mort et blessé six autres personnes lors de la marche de 2015.

Vingt-cinq mille personnes étaient sur place pour marcher sous la bannière de la fierté LGBT, mais aussi sous l’œil vigilant de quelque 2 000 policiers sur place pour sécuriser la marche très tendue.

Le chef de la police de Jérusalem, Yoram Halevy, a déclaré qu’ « il y avait un risque sérieux de danger pour ceux qui participent [au défilé de la Gay Pride de Jérusalem] », suite à une révélation de la police plus tôt aujourd’hui que l’extrémiste religieux qui a tué une adolescente lors de la parade de l’an dernier avait planifié une nouvelle attaque cette année avec son frère.

« Nous avons des informations qui indiquaient qu’il avait l’intention de causer des dommages lors de la marche », a déclaré Halevy à la Deuxième chaîne, ajoutant qu’ « un certain nombre de personnes … a essayé d’entrer dans la zone de la marché, afin d’éviter qu’elle ait lieu comme prévu.

Ils ont été arrêtés et appréhendés avant qu’ils n’aient atteint la zone de la marche ».

Il a affirmé que la police « travaille à notre pleine capacité et avec la vigilance la plus élevée possible ».

Des participantes à la Gay pride de Jérusalem, dans le Liberty Bell Park de Jérusalem, jeudi 21 juillet 2016 (Crédit : Sarah Tuttle-Singer/Times of Israel)
Des participantes à la Gay pride de Jérusalem, dans le Liberty Bell Park de Jérusalem, jeudi 21 juillet 2016 (Crédit : Sarah Tuttle-Singer/Times of Israel)

« Nous voulons que chacun soit en mesure de marcher et de prendre part à l’événement en paix. La zone est entièrement protégée et nous continuerons de veiller à ce [qu’elle le reste] », a-t-il affirmé.

Les participants à la parade ont commencé à se rassembler à Liberty Bell Park à partir de 16h15, le début de la marche étant prévu pour 5h45, descendant les rues King George et Keren Hayessod, tournant sur la rue Meir Shaham, la rue Rabbi Akiva et la rue Hillel, avant de finir à Independance Park.

Les organisateurs ont demandé aux participants d’apporter des fleurs à laisser sur place, dans la rue Keren Hayessod, où Shira Banki, 16 ans, a été tuée par Yishai Schlissel, qui purge une peine à perpétuité pour cet assassinat.

Une grande partie du centre-ville de Jérusalem a été fermé à la circulation des véhicules, jeudi après-midi, et, au milieu d’une sécurité accrue, même les piétons se sont plaints que la police les a empêchés de traverser certaines rues.

La police a mis en place des barrières pour encadrer de longues sections de la marche et dans certains endroits a interdit aux passants ne serait-ce que de les traverser. Les mesures de sécurité hermétiques ont forcé les piétons irrités à faire des détours, tournant en rond, alors qu’ils étaient dirigés par la police d’une barrière à une autre pour d’atteindre leurs destinations.

Lourdes Santos, qui revenait d’un bon déjeuner dans le centre-ville de Jérusalem, accompagnée de sa fille, avait besoin de se rendre à l’Hôtel Inbal où un bus privé attendait la jeune fille et d’autres personnes pour une bar mitzvah. Toutefois, les agents de police et les barrières d’acier l’ont tout simplement arrêté à un peu plus de cinquante mètres de l’hôtel qui se trouve à côté de Liberty Bell Park, le point de départ de la marche.

« Nous sommes un peu en colère », a-t-elle dit, fatiguée d’avoir essayé de se frayer un chemin autour de la périphérie du parc pour approcher l’hôtel de l’autre côté.

Un journaliste du Times of Israel a rapporté n’avoir vu qu’une seule entrée au défilé, où les participants ont été assemblés pour subir deux contrôles de sécurité. Il y avait de nombreux policiers et des médecins sur place. Neuf personnes ont été arrêtées par la police, soupçonnées d’avoir eu l’intention de perturber l’événement, a rapporté la Deuxième chaîne.

Plus tôt dans la journée, la police a déclaré que Schlissel a été arrêté en prison et accusé d’avoir comploté avec son frère Michael Schlissel pour mener à bien une attaque lors de l’événement de cette année.

Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, qui avait annoncé plus tôt dans la semaine qu’il ne participerait pas à l’événement afin de ne pas offenser les résidents religieux de sa ville, a déclaré jeudi qu’il comprenait le ressentiment de certains quant à sa décision, et a appelé à ce que cette journée soit vue comme un hommage à la liberté d’expression et contre l’incitation à la haine.

Le maire de JérusalemNir Barkat et le commandant de la police de district de Jérusalem Yoram Halevi déposent des gerbes de fleurs à l'endroit où Shira Banki a été assassinée, quelques heures avant le début de la parade de la Gay pride, le 21 juillet 2016 (Crédit : Arnan Busani)
Le maire de JérusalemNir Barkat et le commandant de la police de district de Jérusalem Yoram Halevi déposent des gerbes de fleurs à l’endroit où Shira Banki a été assassinée, quelques heures avant le début de la parade de la Gay pride, le 21 juillet 2016 (Crédit : Arnan Busani)

Quelques heures avant l’événement principal, Barkat a rejoint le commandant de police de la région de Jérusalem, Yarom Halevi pour un hommage à Banki, qui a été poignardée à mort lors de l’événement de la Gay pride de l’année dernière, et a déposé une fleur sur le site, qui se trouve le long du parcours de la marche.

« Je comprends la douleur et la critique de ceux qui ne sont pas d’accord avec ma décision de ne pas participer à la parade », a-t-il déclaré. « Je choisis une manière différente pour honorer la mémoire de Shira Banki, une jeune fille douce qui a été assassinée à cause de la haine ».

« Je souhaite, de tout mon cœur, qu’en ce jour, nous sachions comment tous nous unir contre toute manifestation de l’incitation [à la haine], à la violence, et pour le droit à la liberté d’expression de toute personne et de communauté en Israël, indépendamment de la religion, de la race, ou du sexe », a-t-il affirmé.

Des fleurs laissées sur le mémorial à Shira Banki, 16 ans, qui a été assassinée lors d'une attaque au couteau, l'année dernière, durant la Gay pride de Jérusalem. Ces fleurs ont été vues sur les lieux du drame avant le début de la Gay pride, le 21 juillet 2016 (Crédit : Stuart WinerTimes of Israel)
Des fleurs laissées sur le mémorial à Shira Banki, 16 ans, qui a été assassinée lors d’une attaque au couteau, l’année dernière, durant la Gay pride de Jérusalem. Ces fleurs ont été vues sur les lieux du drame avant le début de la Gay pride, le 21 juillet 2016 (Crédit : Stuart WinerTimes of Israel)

Barkat avait déclaré mercredi au quotidien Yedioth Ahronoth que, bien qu’il soutienne la liberté d’expression de la communauté LGBT, il ne pourrait pas participer.

« C’est leur droit de marcher », a-t-il dit au quotidien populaire. « La ville de Jérusalem, moi-même et la police ferons tout notre possible pour leur permettre de jouir de ce droit. Mais ils doivent savoir que cela offense d’autres [personnes]. La tolérance signifie non seulement permettre aux gens de marcher, mais aussi trouver le moyen pour eux de le faire sans blesser les sensibilités ou les sentiments des autres ».

Les commentaires ont déclenché une tempête immédiate, un homme politique, au moins, ayant accusé Barkat de pactiser avec Yishai Schlissel. L’attaque de Schlissel au défilé de la Gay pride avait été menée quelques semaines seulement après que l’extrémiste ultra-orthodoxe soit sorti de prison, où il avait purgé une peine de 10 ans pour une similaire – quoique non mortelle – la parade de la Gay pride de 2005 où il avait poignardé trois personnes.

La police a annoncé mardi qu’elle allait renforcer la sécurité autour de la marche annuelle dans le centre de Jérusalem et effectuer des contrôles de sécurité sur tous les participants, des mesures destinées à empêcher une récidive de la violence qui a entaché le défilé de 2015.

Les participants de la Gay Pride à Jérusalem fuient l'homme au couteau, Yishai Schlissel, le 30 juillet 2015. (Crédit : Koby Shotz)
Les participants de la Gay Pride à Jérusalem fuient l’homme au couteau, Yishai Schlissel, le 30 juillet 2015. (Crédit : Koby Shotz)

Noam Eyal, un résident de Jérusalem de 31 ans qui travaille avec l’association Mouvement pour la qualité du gouvernement en Israël, a été poignardé dans le haut du dos lors de la parade de l’année dernière. Il a dit qu’il ne connaissait pas Banki mais marchait à côté d’elle lors de l’attaque.

« C’était profond, mais il a raté toutes les choses importantes, pas d’organes vitaux », a-t-il rapporté au Times of Israel. « Nous ne savions pas à quel point c’était grave jusqu’à ce que je me trouve dans l’ambulance parce que c’était très profond ».

Il s’est fortement impliqué dans la communauté LGBT depuis, assistant à presque chaque défilé de la Gay pride en Israël, et aidant à organiser l’événement de Jérusalem de cette année.

L’équipe du Times of Israel a contribué à ce rapport.

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