Une agence de com assume les caméras du Likud dans les bureaux de vote arabes
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Une agence de com assume les caméras du Likud dans les bureaux de vote arabes

Kaizler Inbar affirme avoir travaillé avec le parti du Premier ministre et s'est attribué le mérite de la baisse du taux de participation des Arabes israéliens

Une caméra cachée sur un observateur du Likud, dans un bureau de vote d'une ville arabe, lors des élections du 9 avril 2019. (Crédit : Hadash-Taal)
Une caméra cachée sur un observateur du Likud, dans un bureau de vote d'une ville arabe, lors des élections du 9 avril 2019. (Crédit : Hadash-Taal)

Une agence israélienne de communication et relations publiques a endossé mercredi la responsabilité des caméras cachées dans les bureaux de vote des villes arabes le jour de l’élection, et s’est attribué le mérite de la baisse du taux de participation des Arabes israéliens.

Le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le Likud, a admis mardi avoir placé 1 200 caméras dans des bureaux de vote. Selon les responsables, il s’agissait d’une initiative visant à contrer les irrégularités dans les régions présentant un risque élevé de fraude.

Après cette découverte, le magistrat de la Cour suprême Hanan Melcer, chef de la commission centrale électorale, a fait savoir que filmer à l’intérieur des bureaux de vote était une violation de la loi.

Les factions Hadash-Taal et Raam-Balad, les deux principaux partis arabes se présentant aux élections, ont porté plainte en urgence devant la commission électorale, réclamant le retrait immédiat des caméras, jugeant qu’il s’agissait d’une tentative d’intimidation et de dissuasion des Arabes israéliens à voter.

Dans une publication Facebook, l’agence Kaizler Inbar a déclaré être à l’origine de l’installation de ces caméras.

« Après d’intenses préparations, des disposition logistiques incroyables et une étroite coopération avec les meilleurs du Likud, nous avons lancé une opération qui a contribué, de manière décisive, à l’une des réussites les plus importantes du camp nationaliste [de droite] : « l’intégrité » dans le secteur arabe », peut-on lire dans la publication.

Kaizler Inbar a directement fait un lien entre cette opération et le faible taux de participation des citoyens arabes israéliens, se vantant qu’il soit « le plus bas des taux enregistrés ces dernières années ».

La société a également remercié les militants répartis dans les différents bureaux de vote.

« Vous, qui avez encaissé des menaces de violence, le quasi-lynchage et les interrogatoires de la police pendant plusieurs heures, et qui n’ont jamais abandonné la mission qui vous a été confiée, vous êtes les vrais vainqueurs », poursuit la publication.

ששש… אל תגלו לאף אחד. זה היינו אנחנו.ראיתם את הכתבות בתקשורת שהבעירו את השטח ביום הבחירות? אלו שסיפרו על מצלמות…

פורסם על ידי ‏קייזלר ענבר‏ ב- יום רביעי, 10 באפריל 2019

Selon la chaîne publique Kan, la police a ouvert une enquête sur cette opération.

Des vidéos publiées en ligne mardi semblaient montrer des militants du Likud confrontés par d’autres observateurs et la police au sujet des caméras qu’ils portaient sur eux. Dans l’une des vidéos, un jeune homme muni d’une caméra caché affirme agir « au nom de mes employeurs… du Likud ».

Selon les médias, quelque 1 200 caméras ont été trouvées dans les bureaux de vote à Nazareth, Sakhnin, Majd al-Krum, Tamra, Taybe et Rahat, des villes à majorité arabe. Quelques caméras ont également été découvertes dans les bureaux de vote fréquentés par des ultra-orthodoxes.

Certaines caméras étaient cachées sous les vêtements des observateurs du parti, et d’autres été installées dans les bureaux de vote.

Le parti a majorité arabe Hadash-Taal a porté plainte à la commission électorale centrale, qui a statué qu’il s’agissait d’une violation des lois électorales.

Benjamin Netanyahu et les avocats du Likud ont défendu cette surveillance et ajouté que cette mesure était nécessaire pour empêcher les fraudes.

« Il devrait y avoir des caméras partout, pas des caméras cachées », a déclaré le chef du Likud aux journalistes après avoir voté à Jérusalem.

Une femme arabe israélienne vote pendant les élections parlementaires à Daliyat al-Carmel dans le nord d’Israël, le 9 avril 2019 (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

L’avocat Koby Matza, qui représente le Likud, a insisté sur le fait que les caméras déployées dans les bureaux de vote des villes arabes « n’étaient pas cachées mais visibles » et ne constituaient donc pas une infraction à la loi israélienne.

« Les caméras n’étaient pas cachées mais visibles, et ont été placées dans des endroits où existent des craintes de fraude », a-t-il soutenu durant une interview. « J’ai reçu des rapports de bureaux de vote du pays entier où nos représentants, notamment du Likud, se font renvoyer des bureaux de vote dans les quartiers arabes. »

« Ces caméras étaient destinées à garantir un vote juste », a ajouté l’avocat. « Le problème est dans l’attitude de ces personnes dans la communauté arabe ».

Benjamin Netanyahu avait été accusé de racisme après les précédentes élections en 2015, lorsque, le jour du vote, afin de galvaniser les Israéliens de droite, il avait publié une vidéo affirmant que les arabes « affluaient en masse » avec l’aide des organisations de gauche.

La députée du parti Meretz Michal Rozin a déclaré jeudi avoir envoyé une lettre urgente au Procureur général Avichai Mandelblit pour lui demander de mener une enquête sur l’introduction par le Likud de caméras dans les bureaux de vote arabes le jour de l’élection.

« Le Likud a essayé de décourager les électeurs de la communauté d’exercer leur droit démocratique, d’une manière qui pourrait constituer une menace », a-t-elle écrit sur Twitter.

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