Une députée juive britannique du Labour visée par un vote de défiance
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Une députée juive britannique du Labour visée par un vote de défiance

Luciana Berger a été qualifiée de "sioniste perturbatrice" par des membres locaux du Parti travailliste avant le vote ; elle promet de continuer de dénoncer l'antisémitisme

La députée Luciana Berger (Crédit : Emma Baum)
La députée Luciana Berger (Crédit : Emma Baum)

Une élue juive du parti travailliste britannique fait l’objet d’un vote de défiance par des membres locaux du parti qui affirment qu’elle « critique sans arrêt » Jeremy Corbyn, dans le contexte de tensions continues sur l’antisémitisme qui gangrène le parti.

Luciana Berger a dit qu’elle n’avait « pas caché, qu’en tant que femme juive représentant une ville comptant une communauté juive, j’ai été très troublée par le manque de réaction de la part de Jeremy Corbyn en tant que chef du parti et de la part de nombreux responsables travaillistes au sujet de l’antisémitisme qui entache notre parti », a rapporté la BBC.

« Rien ne m’empêchera de dénoncer l’antisémitisme, où qu’il se cache, y compris au Parti travailliste où on l’a sciemment ignoré », a-t-elle déclaré.

Berger a aussi rappelé « son opinion de longue date que le Brexit serait un désastre ».

John McDonnell, un proche de Corbyn, a déclaré à la BBC que le vote de défiance avait été proposé parce que Berger est « associée » à une faction dissidente au sein du parti, ajoutant que « si des gens le font parce que Luciana s’est opposée à l’antisémitisme, ils ont parfaitement tort ».

Le député du Labour John McDonnell s’exprime à Westminster, à Londres, le 16 juin 2018 (Crédit : AP Photo/Kirsty Wigglesworth)

McDonnell a fermement dénoncé un message Facebook de membres locaux du Parti travailliste qualifiant Berger de « sioniste perturbatrice », en affirmant qu’ils « se trompaient entièrement ».

Même s’il ne s’agit que d’un vote consultatif sans contraintes, cela pourrait conduire les membres locaux du parti à imposer à Berger d’affronter d’autres candidats lors du choix des candidats pour les prochaines élections.

Jess Phillips, le député de la circonscription de Birmingham Yardley, a tweeté que la décision de membres locaux du parti allait « impliquer une sombre période d’insultes incessantes, d’antisémitisme et de menaces violentes envers [Berger] et sa famille ».

Lundi, des élus travaillistes ont adopté à l’unanimité une motion demandant que les dirigeants du parti fournissent par écrit les éléments détaillés sur leur gestion des plaintes pour antisémitisme. Des élus ont accusé de hauts-responsables du parti d’avoir voulu passer sous silence un certain nombre de cas problématiquees.

La motion interne du parti a été adoptée à l’unanimité lors de la rencontre parlementaire hebdomadaire des travaillistes à la chambre basse du parlement, ce qui a encore renforcé les dissensions sur le sujet. La motion a appelé « les dirigeants du parti à traiter comme il se doit les cas d’antisémitisme, car un échec à y parvenir risquerait de donner l’impression que le parti banalise l’antisémitisme et le parti semblerait fondamentalement antisémite ».

Cela « pose des questions totalement raisonnables sur les dirigeants », a écrit Berger lundi dans une tribune libre du Times of London.

Le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn s’adresse aux délégués à la conférence du Parti travailliste à Liverpool, en Angleterre, le 26 septembre 2018. (Leon Neal/Getty Images/via JTA)

Dimanche, Berger a été citée comme une des membres d’un groupe de députés centristes du parti qui prévoirait de le quitter dans le contexte d’un désaccord croissant sur le virage à gauche effectué par Corbyn et de son incapacité à traiter l’antisémitisme.

Selon The Observer, l’édition du dimanche du Guardian, de multiples sources ont informé le journal qu’au moins six députés s’apprêtaient à prendre cette décision, pour former un « mouvement dissident au centre politique » sur des thématiques incluant le Brexit, l’immigration, la politique étrangère et la gestion de l’antisémitisme au sein du parti par Corbyn.

Corbyn a été critiqué à gauche pour ce que beaucoup perçoivent comme une opposition peu enthousiaste, voire un soutien tacite; au Brexit, que les électeurs du Parti travailliste rejettent largement et fermement.

Berger a déclaré au journal qu’elle était en colère contre l’inaction ressentie vis-à-vis des affaires d’antisémitisme, mais elle n’a pas confirmé la scission.

Au cours de l’année dernière, le Parti travailliste a éprouvé des difficultés à convaincre la communauté juive du pays qu’il traitait sérieusement ce que certaines voix critiques ont qualifié d’antisémitisme rampant dans son aile gauche.

La semaine dernière, le parti a réintégré dans ses rangs un ancien élu qui avait été suspendu l’année dernière pour avoir écrit sur Facebook qu’il n’avait plus de « respect et d’empathie » pour la communauté juive.

Le député du Labour Jim Sheridan s’adresse au Parlement britannique, le 18 mars 2015. (Crédit : capture d’écran/YouTube)

Jim Sheridan a déclaré qu’il était content de la décision et désolé de ses remarques, mais a aussi fustigé ses détracteurs.

« Si je suis ravi de cette décision, je continue à penser que mes accusateurs se sont trompés et ont surréagi alors que j’avais l’intention de souligner ma frustration personnelle et ma critique de ceux qui cherchent à saper notre leadership en Ecosse et au Royaume-Uni », a déclaré Sheridan, cité par le BBC dimanche dernier.

« Je voudrais répéter mes excuses les plus sincères à la communauté juive dont j’ai soutenu la lutte historique à travers toute ma carrière politique », a-t-il ajouté.

L’ancien élu, qui était député pour le nord Paisley & Renfrewshire entre 2005 et 2015 et qui exerce au parlement depuis 2001, a été suspendu du Parti travailliste l’année dernière après un message sur Facebook où l’on pouvait lire : « Pendant presque toute ma vie d’adulte, j’ai eu le plus grand respect et la plus grande empathie pour la communauté juive et sa souffrance historique. Plus maintenant à cause de ce qu’ils et leur comploteurs blairistes (sic) sont en train de faire à mon parti et au peuple britannique qui a besoin d’un gouvernement travailliste radical ».

Depuis son élection en 2015 à la tête du principal parti d’opposition, Corbyn a dû répondre à des attaques selon lesquelles son attitude critique envers Israël et sa tolérance présumée de l’antisémitisme auraient instillé la haine des Juifs au cœur du parti.

Dans les années 1980, Corbyn avait soutenu et s’était exprimé en faveur d’un groupe appelé le Mouvement travailliste de campagne pour la Palestine dont le programme officiel déclarait son « opposition à l’État sioniste comme étant raciste, exclusif, expansionniste et une agence directe de l’impérialisme ». Une conférence tenue par le groupe en 1984 demandait que les institutions clefs du Parti travailliste « soutiennent le peuple palestinien dans sa lutte pour un état démocratique et laïc dans l’ensemble de la Palestine » ; des documents publiés par le mouvement pour l’événement expliquaient qu’il cherchait à « éradiquer le sionisme ».

Des manifestants brandissent des pancartes alors qu’ils protestent devant le siège du Parti travailliste de l’opposition britannique au centre de Londres le 4 septembre 2018 (AFP PHOTO / Daniel LEAL-OLIVAS)

En 2009, Corbyn avait qualifié le Hamas et le Hezbollah « d’amis » et déclaré que le Hamas œuvrait en faveur de la paix et la justice ; il s’est ensuite excusé de ce commentaire. En 2012, il avait défendu un inscription murale antisémite – donnant de nouveau lieu à des excuses. En 2013, il a déclaré que les « Sionistes » britanniques ne comprenaient pas l’ironie britannique.

En 2014, il a déposé des fleurs dans un cimetière où sont enterrés des terroristes palestiniens qui ont assassiné des athlètes israéliens à Munich en 1972.

Participant à une réception des Amis travaillistes d’Israël lors de la conférence annuelle du parti en 2015, peu après avoir été élu à la tête du parti, il avait été critiqué pour son discours au cours duquel il n’avait pas mentionné le mot « Israël ».

Des membres de la communauté juive manifestent contre le chef du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, et contre l’antisémitisme au sein de son parti, devant les chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (Crédit : AFP / Tolga Akmen)

En 2018, quand le parti a fini par adopter la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale du souvenir de la Shoah, Corbyn a cherché, en vain, à ajouter un amendement, qu’il ne faudrait pas considérer comme antisémite selon lui, décrivant Israël et/ou les circonstances de la création d’Israël comme racistes.

Plus tôt ce mois, une vidéo de 2012 a été mise au jour ; on peut y voir Corbyn en train d’applaudir un intervenant à une conférence qui appelait au démantèlement d’Israël, dont il a aussi déclaré qu’il avait « kidnappé » le judaïsme. Les images ont été tournées lors d’une conférence pro-Palestine à laquelle Corbyn avait participé aux côtés de militants anti-Israël accusés d’antisémitisme.

Lord Jonathan Sacks, l’ancien grand rabbin de Grande-Bretagne, a récemment qualifié Corybn de « dangereux » antisémite.

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