Une femme abattue devant sa fille dans une ville bédouine du sud
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Une femme abattue devant sa fille dans une ville bédouine du sud

La police enquête sur le meurtre de Hanin al-Abeed, 30 ans, à Rahat ; des documents indiquent qu'elle a été victime de violence domestique par plusieurs membres de sa famille

La ville bédouine de Rahat, dans le sud d'Israël, le 8 avril 2019. (Crédit : Moshe Shai / Flash90)
La ville bédouine de Rahat, dans le sud d'Israël, le 8 avril 2019. (Crédit : Moshe Shai / Flash90)

Une femme de 30 ans a été abattue jeudi dans la ville méridionale de Rahat, apparemment devant sa petite fille.

Hanin al-Abeed avait déjà souffert de violences conjugales de la part de membres de sa famille, selon des documents juridiques obtenus par le Times of Israël.

Al-Abeed avait été forcée d’épouser un mari violent à l’âge de 16 ans. Son mari, son oncle et son père ont menacé de la tuer, et son frère a été arrêté en 2010 pour avoir tenté de la poignarder.

Al-Abeed semble ensuite avoir fui, et loué un appartement à Rahat, une ville à prédominance bédouine. Elle a fait profil bas, peut-être par crainte d’être retrouvée par sa famille. À un moment donné, elle a donné naissance à une fille.

Selon le maire de Rahat, Fayez Abu Sahyaban, Abeed était « inconnue » des autorités locales de la ville clanique.

« Nous ne savons pas depuis combien de temps elle vivait dans la ville. Elle n’était inscrite auprès d’aucun des organismes locaux. Elle semblait vivre seule avec son enfant, mais le reste est flou », a déclaré Abu Sahyaban.

« Il y a beaucoup d’armes dans la communauté arabe, et en particulier ici à Rahat… Je tiens la police pour responsable de la présence de ces armes. Israël dispose de puissants appareils de renseignement. Ils savent qui possède des armes illégales, que ce soit à Sakhnin, Umm al-Fahm – ou à Rahat. Nous voulons qu’ils viennent faire leur travail », a déclaré Abu Sahyaban.

Les documents judiciaires découverts par Haaretz concernant l’arrestation en 2010 du frère d’al-Abeed apportent un peu de lumière sur la façon dont elle s’est retrouvée là-bas.

Née à Lod, al-Abeed a été mariée à l’âge de 16 ans à un homme de 44 ans. Il la battait régulièrement – il lui a même une fois cassé la main – ce qui a conduit al-Abeed à se tourner vers la police.

Après l’arrestation de son mari, al-Abeed a été conduite dans un refuge pour femmes maltraitées. Après être sorti de prison, son mari a menacé de la tuer. Finalement, al-Abeed a également fui le refuge.

À un moment donné, a raconté al-Abeed aux enquêteurs, son père a envoyé son oncle Abdullah la chercher. Al-Abeed s’est cachée dans la maison de proches compréhensifs, et Abdullah a demandé à ces proches de dire à al-Abeed de rentrer chez elle parce que « [sa famille] veut la tuer ».

Son frère Ayman l’a trouvée plus tard près de la gare de Lod. Il l’a poursuivie dans la rue en hurlant : « Arrête, espèce de pute ! » et a tenté de la poignarder avec un couteau, selon les documents. Al-Abeed s’est enfuie vers le poste de police local pour obtenir de l’aide.

Ayman al-Abeed a été arrêté, mais lorsque la police a poussée Hanin à porter plainte aussi contre son père, elle a refusé. Elle a également refusé de témoigner contre son frère, craignant un châtiment encore plus dur et impitoyable.

Son frère a accepté une négociation de peine de sept mois et demi de prison à compter du jour de son arrestation. Le refus de Hanin de témoigner a été un facteur clé dans la décision du juge d’accorder une remise de peine. Le juge a également déclaré qu’Ayman avait « pris conscience » de ses actes.

Et le dossier juridique public s’arrête là – jusqu’à ce que Hanin al-Abeed soit abattue à Rahat jeudi soir.

La police a ouvert une enquête, mais n’a encore procédé à aucune arrestation, et aucun motif présumé n’a été annoncé.

Treize femmes israéliennes ont été assassinées en 2019 par une personne qu’elles connaissaient. En 2018, 25 femmes ont été assassinées dans de tels incidents, le nombre le plus élevé depuis des années, ce qui a provoqué une série de manifestations et des appels aux autorités pour qu’elles prennent d’urgence des mesures contre le nombre croissant de cas de violences contre les femmes en Israël. Beaucoup de ces femmes, craignant pour leur sécurité, avaient déjà porté plainte à la police avant d’être assassinées.

Des manifestants israéliens protestent contre les violences faites aux femmes sur la place Habima à Tel Aviv, le 18 mai 2020. (Tomer Neuberg / Flash90)

La mort d’al-Abeed reflète également ce que les parlementaires arabes et les associations civiles dénoncent comme un fléau mortel de violences dans leur communauté. De nombreux Arabes israéliens déplorent que l’anarchie règne dans leurs villes et villages, où prolifèrent les armes à feu et le crime organisé.

De nombreux Arabes israéliens confient ressentir un profond sentiment d’insécurité – un sentiment confirmé par les 57 meurtres qui ont eu lieu dans les communautés arabes israéliennes en 2020, selon le Fonds Abraham.

Cette année semble sur le point de devenir encore plus sanglante que 2019 – à ce jour, c’est de loin l’année la plus violente jamais enregistrée. 55 meurtres avaient eu lieu en 2019.

Les armes à feu sont responsables de la grande majorité des décès parmi les Arabes israéliens cette année – 45 sur 57. Les armes à feu illégales, pour la plupart volées dans les réserves de Tsahal, sont monnaie courante dans la société arabe. Les députés arabes et les associations civiles affirment que la police n’entre pas dans leurs communautés pour confisquer les armes ; ils réclament des peines sévères pour possession illégale d’arme à feu.

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