Une journaliste arabe israélienne critique le Likud pour l’affaire des caméras
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Une journaliste arabe israélienne critique le Likud pour l’affaire des caméras

Lucy Aharish s'est interrogée: "Que dirions-nous si des caméras surveillaient des électeurs juifs aux Etats-Unis?"

La journaliste arabe israélienne Lucy Aharish participe à la Cérémonie israélienne du 67ème Jour de l'Indépendance au mont Herzl à Jérusalem le 22 avril 2015. (Hadas Parush/Flash 90)
La journaliste arabe israélienne Lucy Aharish participe à la Cérémonie israélienne du 67ème Jour de l'Indépendance au mont Herzl à Jérusalem le 22 avril 2015. (Hadas Parush/Flash 90)

Jeudi, une personnalité médiatique arabe israélienne de premier plan a fustigé le parti au Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour avoir installé des caméras discrètes dans des bureaux de vote de communautés arabes le jour de l’élection. Elle a demandé quelle aurait été la réaction si le parti au pouvoir aux Etats-Unis avait fait la même chose aux Juifs américains.

Un élu arabe a, pour sa part, qualifié la démarche de « terrorisme politique ».

Mardi, le Likud a reconnu qu’il était à l’origine du placement de 1 200 caméras dans des bureaux de vote dans des villes arabes. Des officiels du parti ont déclaré que cela avait pour but de surveiller ce qu’ils considéraient être des zone à haut risque de fraude électorale.

Mercredi, Kaizler Inbar, une entreprise israélienne de relations publiques, a déclaré qu’elle avait travaillé étroitement avec le Likud pour équiper les observateurs des élections de bureaux de vote dans des villes arabes de caméras. L’entreprise a affirmé, avec fierté, qu’elles ont été responsables de la faible participation des électeurs arabes.

Jeudi, Lucy Aharish, une journaliste arabe israélienne, a déclaré à la Radio de l’armée : « J’y ai pensé toute la matinée. Si quelqu’un [des Etats-Unis] était venu dans un bureau de vote à Brooklyn et avait placé des caméras pour surveiller des Juifs de peur qu’ils ne commettent [une fraude électorale], que dirions-nous sur cela ? Les gens ne se rendent pas compte à quel point il est horrible que le parti au pouvoir lui-même [ait fait cela]. »

Selon les médias israéliens, environ 1 200 caméras cachées ont été trouvées dans des bureaux de vote à Nazareth, Rahat, Sakhnin, Majd al-Krum, Taibe, Tamra et dans d’autres villes avec une majorité de population arabe. Les articles précisaient que quelques caméras ont aussi été découvertes dans des bureaux de vote orthodoxes.

Une caméra cachée sur un observateur du Likud, dans un bureau de vote d’une ville arabe, pendant les élections du 9 avril 2019. (Crédit : Hadash-Ta’al)

Mardi, après la révélation de l’affaire des caméras, le président de la commission centrale électorale et juge de la Cour suprême Hanan Melcer a déclaré que le droit israélien autorisait uniquement de filmer des bureaux de vote lors de « circonstances extraordinaires », et a ordonné au Likud de retirer les équipements.

Jeudi, Mtanes Shihadeh, un haut responsable du parti arabe Balad, a également fortement critiqué la mise en place de caméras. Il a affirmé que cette mesure visait à effrayer les électeurs arabes et à les dissuader de participer à l’élection.

« On traite la population et les électeurs arabes comme de potentiels criminels politiques », a-t-il déclaré à la radio de l’armée. « L’objectif [des caméras] était d’intimider et de mener du terrorisme politique contre les électeurs arabes. »

Mardi, le député Balad Jamal Zahalka a fait une déclaration similaire dans une plainte adressée à la commission centrale électorale, en affirmant que les caméras visaient à « effrayer » les électeurs arabes.

Mtanes Shihadeh, qui a pris la première place sur la liste du parti arabe israélien Balad, le 2 février 2019 (Autorisation : Parti Balad)

Mardi, des résidents arabes de Tamra et de Shfaram qui ont parlé au Times of Israël, dont certains ont déclaré qu’ils n’avaient pas l’intention de voter, ont dit que les caméras ne les avaient pas intimidés.

Des résidents de deux villes de Galilée ont cependant fustigé l’installation de caméras par le Likud. Certains ont qualifié cette manœuvre de « raciste ».

« Tout le monde devrait être soumis aux mêmes procédures et protocoles », a déclaré Mohammed Yassin, un travailleur du bâtiment, qui se trouvait devant l’école Ibn Sina à Tamra. « S’ils veulent que les observateurs électoraux portent des caméras dans les villages arabes, ils devraient s’assurer que c’est la même chose dans les villes juives. »

52 % des électeurs arabes israéliens ont voté mardi, a estimé Yousef Makladeh, un statisticien arabe israélien.

Tamra, le 3 mars 2019. (Crédit :Adam Rasgon/Times of Israel)

Aux élections de 2013 et de 2015, environ 54 % et 63,7 % des Arabes israéliens, respectivement, avaient voté, selon des estimations effectuées après ces élections.

A Nazareth, la plus grande ville du pays à majorité arabe, la participation était seulement de 39,38 % pour l’élection de mardi. Seulement 49,3 % des électeurs ont voté à Rahat, la deuxième plus grande ville du pays à majorité arabe.

Makladeh, qui dirige Statnet, un institut de recherche basé dans le nord d’Israël, a expliqué qu’il n’est pas possible de déterminer exactement combien d’arabes israéliens ont voté parce que beaucoup d’entre eux vivent dans des villes mixtes de Juifs et d’Arabes.

« Les données disponibles ne donnent pas d’indications sur la communauté des personnes qui votent dans des villes mixtes », a-t-il déclaré au Times of Israël jeudi.

En Israël, il y a de nombreuses villes mixtes d’Arabes et de Juifs dont Haïfa, Ramle, Lod, Acre et d’autres.

Makladeh a expliqué qu’il est arrivé à l’estimation de 52 % en prenant en compte la participation générale dans des villes et villages arabes, 50 %, et en la pondérant vis-à-vis de villes arabes mixtes mais aussi en fonction du nombre d’électeurs arabes qui ne peuvent pas voter.

Mardi, la députée Meretz Michal Rozin a envoyé une lettre au procureur général Avichai Mandelblit pour lui demander de « mener une enquête urgente » afin de savoir si le Likud avait violé ou non le droit israélien. Elle a dit que le droit interdit de menacer un électeur de représailles, « s’il vote, ou évite de voter, totalement, ou pour une liste spécifique de candidats ».

Le procureur général Avichai Mandelblit lors d’une conférence à Jérusalem le 5 février 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Aida Touma-Sliman, députée du parti Hadash-Taal a également envoyé une lettre à Mandelblit pour lui demander d’ouvrir une enquête sur « l’implication du Likud et du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans le financement et la mise en place de caméras et d’appareils d’enregistrement dans des bureaux de vote des villes arabes ».

« Cette mesure s’inscrit dans la démarche de Netanyahu d’incitation à la haine contre les citoyens et les partis arabes », a-t-elle écrit dans sa lettre à Mandelblit, en ajoutant qu’il s’agissait d’une tentative de saper « la légitimité » des responsables de la communauté arabe.

Le mois dernier, Netanyahu a été critiqué par les Arabes israéliens et leurs alliés pour avoir déclaré qu’ »Israël n’est pas l’état de tous ses citoyens. Selon la loi de l’état-nation que nous avons approuvée, Israël est l’état-nation du peuple juif – et de personne d’autre ». Il avait aussi provoqué une polémique lors de l’élection de 2015 quand il avait publié une vidéo dans laquelle il appelait les électeurs de droite à voter parce que les Arabes israéliens se rendaient en « troupeaux » dans les bureaux de vote.

Jeudi, Adalah, un groupe israélien de défense des droits de l’homme, a également envoyé une lettre à Mandelblit, au procureur d’état Shai Nitzan et au chef de la police du district du nord Alon Asour, en leur demandant d’ »ouvrir une enquête criminelle sur l’affaire [des caméras], à cause des suspicions d’ingérence dans les élections et d’intrusion dans l’intimité des électeurs ».

Selon la chaîne publique Kan, la police a ouvert une enquête sur l’affaire des caméras.

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