Une orthodoxe visant un siège à la Knesset veut être la Ayelet Shaked de gauche
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Interview

Une orthodoxe visant un siège à la Knesset veut être la Ayelet Shaked de gauche

Michal Zernowitski, 38 ans, est pour les transports le jour du Shabbat et soutient les unions civiles, mais affirme que les appels à la fermeture du rabbinat sont "populistes"

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Michal Zernowitski, une militante du Parti travailliste qui se présente aux primaires du parti en 2019 (Autorisation)
Michal Zernowitski, une militante du Parti travailliste qui se présente aux primaires du parti en 2019 (Autorisation)

Elle soutient les transports publics le jour du Shabbat, soutient le mariage homosexuel et les unions civiles, dénonce la séparation des sexes dans les collèges universitaires ultra-orthodoxes et est catégorique : un accord de paix avec les Palestiniens est pleinement à notre portée si Israël le veut bien.

Dans l’ensemble, ses positions ne sont pas particulièrement étonnantes pour une candidate travailliste aux prochaines élections des primaires du parti d’opposition. Mais quand cette candidate se trouve être une mère ultra-orthodoxe de quatre enfants, certains pourraient involontairement écarquiller leurs yeux.

C’est une réaction à laquelle Michal Zernowitski, 38 ans, est habituée. Et que l’ancienne programmatrice informatique espère changer avec sa campagne, sous la bannière « Shattering Conventions » [Brisons les conventions].

« Je suis au Parti travailliste et non au parti YaHadout HaTorah ou au Shas », a-t-elle fait remarquer dans une récente interview au Times of Israel, à propos de ses opinions libérales et pacifistes, et « ce n’est pas seulement parce qu’il n’y a pas de place [dans ces partis] pour les femmes ».

Au quartier général de sa campagne dans le sud de Tel Aviv, dans un espace de travail commun, une pancarte manuscrite sur la porte indique : « Nous ferons notre part, et Dieu fera le reste ».

Sa part : Essayer d’obtenir une place de choix sur la liste du Parti travailliste le 12 février. Les primaires du parti accueilleront une foule de 44 candidats, dont 14 membres de la Knesset – dont certains sont considérés comme des « pointures » – qui se disputent des places. Des sondages récents montrent que le parti de centre-gauche, ouvertement mécontent et divisé, sous la direction d’Avi Gabbay s’apprête à se voir attribuer moins de 10 sièges, à moins de fusion avec les autres partis. Zernowitski reconnaît l’état de « crise » au sein du parti en conflit, qui attend la création d’un bloc de centre gauche en vue du vote national du 9 avril.

Le chef du parti travailliste Avi Gabbay et la députée Shelly Yachimovich lors d’une conférence du Parti travailliste à Tel Aviv, le 14 septembre 2017. (Flash90)

Fondatrice militante de la branche ultra-orthodoxe du Parti travailliste en 2016 (qui comprend des « centaines » de militants travaillistes Haredi), Zernowitski espère obtenir les voix du « New Haredim », la cohorte des travailleurs israéliens ultra-orthodoxes intégrés, qui ne se sentent pas liés par les ordres de leur rabbin qui les incite à voter pour les partis Haredi YaHadout HaTorah et Shas.

Il s’agit d’un « partenariat naturel », a insisté Mme Zernowitski, faisant référence aux segments de la communauté ultra-orthodoxe et au Parti travailliste. Les Haredim « sont plutôt modérés du point de vue diplomatique, et sur les questions économiques, ont tendance à se tourner légèrement vers la gauche ».

« Il n’y a pas de femmes Haredi en politique ».

Née et élevée dans la ville ultra-orthodoxe de Bnei Brak dans le centre d’Israël, Zernowitski a fait ses études dans le système scolaire de Beis Yaakov et a été parmi les premières à poursuivre des études de licence (dans son cas, en informatique) offertes aux femmes ultra-orthodoxes dans le cadre de programmes universitaires adaptés à la communauté. Diplôme en poche, elle a ensuite travaillé dans le domaine de la haute technologie en tant que programmatrice pendant 15 ans avant de démissionner pour poursuivre sa carrière politique.

Enfant, la politique l’intéressait, mais ce n’est qu’au cours des dernières années qu’elle a sérieusement envisagé de s’y intéresser, a-t-elle confié.

« Quand on est une petite fille ou une adolescente, on peut rêver et se dire ‘je serai ceci ou cela’, mais très vite on comprend la réalité dans laquelle on vit, qu’il n’y a pas de femmes Haredi en politique, qu’il est vraiment peu évident qu’on puisse y entrer », a-t-elle ajouté. (La seule femme ultra-orthodoxe à siéger au Parlement a été l’ancienne députée du parti de gauche Meretz Tzvia Greenfeld).

« Et puis on abandonne parce qu’on se dit que ce n’est pas pour moi, c’est pour les autres. Et puis il a fallu quelques années avant que je me dise : Après tout, pourquoi pas ? »

Les partis YaHadout HaTorah et Shas lors d’une réunion d’urgence à la Knesset concernant la décision prise par la Cour suprême sur l’exemption des ultra-orthodoxes du service militaire obligatoire, le 13 septembre 2017 (Crédit : Flash90)

Dans le cadre de son activisme, Zernowitski a également participé à la campagne « No Representation, No Vote » menée par les femmes Haredi pour protester contre la non-inclusion des femmes dans les partis ultra-orthodoxes lors des précédentes élections à la Knesset. « Je pense que l’une des deux choses suivantes va se produire très rapidement : Soit il y aura des femmes dans les partis Haredi, soit il n’y aura pas de partis Haredi », a-t-elle déclaré concernant le refus persistant des partis de présenter des candidatures féminines.

En 2010, elle a rejoint le Parti travailliste à la demande de l’ancien dirigeant Amir Peretz. Trois ans plus tard, elle a lancé une campagne infructueuse pour siéger au conseil municipal d’Elad, où elle vit actuellement.

Sortir du « ghetto »

Quand Zernowitski a entamé ses études supérieures il y a vingt ans, la journaliste israélienne Yair Sheleg a inventé le terme « New Haredim » pour désigner ceux qui ont commencé à s’intégrer dans la population active israélienne. Les Nouveaux Haredim sont de plus en plus en vogue, s’habillent à la mode, prennent des vacances, font du shopping, fréquentent les restaurants, sont plus à l’aise avec le monde moderne et la société israélienne que leurs aînés et sont de moins en moins sensibles, dans l’ensemble, à l’autorité de leurs rabbins. Si Sheleg avait écrit ses articles en 2019 au lieu de 1999, sa description aurait probablement fait référence à l’utilisation des smartphones ou à l’omniprésence des écouteurs Bluetooth.

Considérée comme péjorative dans les milieux les plus conservateurs du monde ultra-orthodoxe, cette appellation a été fièrement adoptée par ceux qui se sont identifiés à sa description sociologique et persiste, vingt ans après.

C’est cette mouvance non structurée d’électeurs (dont le nombre exact est inconnu), profondément israélienne et lasse de la politique axée sur la communauté, que Mme Zernowitski espère courtiser et qui, selon elle, pourrait représenter 3-4 des 120 sièges que compte la Knesset.

Une société high-tech emploie des femmes ultra-orthodoxes à Modiin Illit, 2009 (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

L’establishment ultra-orthodoxe, quant à lui, a dans une large mesure ignoré sa candidature sur la scène politique, a-t-elle dit.

« C’est une communauté qui vit en quelque sorte en marge de la société israélienne, avec un système éducatif séparé, dans des villes séparées. C’est une sorte de vie dans un ghetto », dit-elle de la communauté Haredi. « Au cours des dernières années, des dizaines et des centaines de milliers de personnes ont mis un pied en dehors de [la communauté] – non pas au sens religieux, parce qu’elles sont religieuses et Haredi – mais dans le sens de l’intégration dans l’enseignement supérieur, dans la vie active, certains d’entre eux vont à l’armée.

« Ils sont également moins dépendants de la communauté et beaucoup d’entre eux entraînent des changements dans la communauté Haredi. Ils veulent la rendre plus libérale ou s’attaquer à toutes sortes de questions comme les droits du travail, l’éducation, etc. Et ils ont le sentiment de ne pas avoir de représentation politique ».

Citant les récentes élections municipales à Beit Shemesh, où des centaines de résidents ultra-orthodoxes ont voté pour Aliza Bloch au lieu du candidat sortant Haredi, assurant de justesse sa victoire, Zernowitski a vanté ce qu’elle a décrit comme une base électorale non exploitée. A Jérusalem aussi, bien qu’il n’ait pas gagné, le candidat laïc Ofer Berkovitch avait le soutien de sa circonscription, a-t-elle fait remarquer.

Des jeunes filles ultra-orthodoxes entrent dans leur école à Beit Shemesh, le 8 septembre 2014. (Flash90)

« Si vous ramenez ça au niveau national, et que vous dites que 20 % des Haredim ne voteront pas pour [les partis] Haredi, c’est un nombre énorme de votes, c’est fou. »

« Je pense que ça ne fera que monter en puissance. C’est comme un auto-cuiseur qui va exploser », dit-elle.

Mais les électeurs New Haredi, comme Zernowitski, sont-ils de gauche ? Les chiffres d’une étude menée en 2016 par le Pew Research Center sur les Israéliens ont révélé que 52 % des Haredim sont identifiés comme centristes, 47 % comme étant de droite et seulement 1 % comme étant de gauche. Cette même étude a révélé que 64 % des Haredim ont déclaré qu’un État palestinien ne peut coexister pacifiquement avec Israël, alors que 22 % ont déclaré qu’il le peut.

« Je pense que dans l’ensemble, les Haredim sont quelque peu centristes », a-t-elle dit.

« La société israélienne dans son ensemble n’est pas tellement à gauche », a-t-elle reconnu. « Mais c’est le travail. Parce que je pense que si vous vous asseyez avec quelqu’un et que vous lui demandez sa position, la plupart des Israéliens – dans des pourcentages très élevés – y compris les Haredim, croient en un État providence, pensent que… les gens devraient recevoir de bons soins de santé dans le système public, et c’est un sujet qui nous concerne tous » en Israël.

La plupart, a-t-elle ajouté, appuieraient la création d’un État palestinien sous de bonnes conditions.

Shabbat, mariage et éducation publique

Dans le cadre de son programme, Mme Zernowitski est en faveur de l’augmentation des transports publics le samedi, jour de repos des Juifs.

« Je suis religieuse et je ne voyage pas le Shabbat ; il y a ceux qui le font. Cela n’a pas de sens que ceux qui ont une voiture le puissent – et que ceux qui n’en ont pas, et qui veulent rendre visite à leur grand-mère à Beer Sheva, ne le puissent pas. Par conséquent, notre position est de laisser aux autorités municipales le soin de décider de ce qui se passe dans chaque ville, en fonction du caractère de la ville et de ses habitants. Et entre les villes, il faut des transports en commun avec une sorte d’horaire de Shabbat ».

Alors qu’elle exprime son soutien au mariage non orthodoxe en Israël, qui n’existe pas actuellement, Zernowitski affirme que les appels à la dissolution du Grand Rabbinat – qui supervise toutes les questions du statut personnel en Israël – sont « incendiaires ou populistes ».

« Dans le domaine des services – encore une fois, je suis sociale-démocrate – l’État devrait offrir à ses citoyens des services religieux gratuits, chacun selon sa religion, mais il n’est pas nécessaire que cela soit coercitif. Le problème aujourd’hui n’est pas que le rabbinat assure des prestations religieuses – c’est qu’il les impose. Si vous voulez vous marier, vous devez le faire par leur intermédiaire ou partir à l’étranger. »

Mme Zernowitski se fait également la championne de l’intégration du système scolaire ultra-orthodoxe privé dans le système public, une mesure qui, selon elle, contribuerait à augmenter le taux d’enrôlement des Haredim – dont la plupart évitent le service militaire – lorsqu’ils atteignent l’âge de 18 ans. Le temps que l’État intervienne pour encourager l’intégration dans l’armée ou sur le marché du travail, l’eau a le temps de couler sous les ponts, a-t-elle expliqué.

« En fin de compte, un garçon qui fréquente une école publique de 3 à 18 ans, peu importe qu’il étudie avec des Haredim et qu’il soit imprégné des valeurs Haredi… En attendant, il recevra une éducation publique… À partir de là, l’enrôlement sera plus simple et plus évident », dit-elle.

Des soldats étudient des textes religieux dans l’unité ultra-orthodoxe « Netzah Yehuda » de l’armée israélienne à la base militaire de Peles dans la vallée du Jourdain, en août 2013. (Yaakov Naumi/Flash90)

« Les solutions ne commencent pas à l’âge de 18 ans. Tout comme les solutions pour l’emploi ne peuvent pas commencer à 18 ans. C’est ce qui se fait aujourd’hui, alors il y a ceux qui réussissent, et il y a ceux qui échouent et qui n’arrivent pas à rattraper 12 ans d’études en six mois. Mais c’est pareil. »

Dans le même souffle, elle a dit qu’Israël devrait se concentrer sur la conclusion d’un accord de paix et que « nous ne devrions pas penser à la manière ‘d’enrôler tout le monde’, mais au contraire : Comment faire en sorte que nous ayons moins besoin de l’armée ».

« C’est simplement notre responsabilité d’obtenir un accord, de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour parvenir à un accord et toutes les paroles du genre ‘il n’y a pas de partenaire, il y a un partenaire’ ne sont tout simplement pas pertinentes », a-t-elle dit au sujet des pourparlers de paix avec les Palestiniens. « Nous, nos dirigeants, devons entrer dans une salle avec leurs dirigeants – peu importe qui ils sont… et ne pas partir avant d’avoir conclu un accord. Je pense que c’est une question de volonté, et rien d’autre. S’il y a une volonté, il y aura un accord. »

Mme Zernowitski a déclaré qu’elle pense que de nombreux Palestiniens veulent un accord de paix, « et qu’en fin de compte, leurs dirigeants en ont la volonté, ils l’ont prouvé depuis de nombreuses années ».

Un parti en « crise »

« Oui, le parti est en crise, on ne peut pas dire le contraire. Mais on ne peut pas savoir ce qui se passera jusqu’aux élections », a déclaré Mme Zernowitski à propos du Parti travailliste, notant que d’autres partis ont décliné puis fait un retour en force.

Alors qu’il est question de former une alliance de centre-gauche pour contrer le Likud, elle dit : « Nous sommes en faveur de la fusion [avec d’autres parties]. Je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un qui y soit opposé. C’est clair, parce que personne ne veut que chacun d’entre nous finisse avec 10 sièges [chacun] avec ce que cela va engendrer – ce n’est pas ainsi qu’on fait une révolution ».

Le député Amir Peretz du Parti travailliste israélien (à droite), Avi Gabbay, chef du Parti travailliste israélien (C) et le directeur général du Jewish National Fund – KKL Danny Atar à une conférence du Parti travailliste à Tel Aviv, le 22 janvier 2019. (Flash90)

Tout en déclarant qu’elle soutenait son président de parti, Gabbay, pour le poste de Premier ministre, elle a précisé que quiconque serait élu chef d’un bloc de centre-gauche recevrait son soutien, appelant les dirigeants des différents partis centristes – Benny Gantz de Hossen LeYisrael, Yair Lapid de Yesh Atid, le Parti travailliste, Tzipi Livni de Hatnua, et d’autres, à se réunir et conclure un accord.

Elle a également rejeté les accusations selon lesquelles la rupture brutale par Gabbay de l’alliance de l’Union sioniste avec Livni – devant des caméras de télévision en direct, sans la prévenir au préalable – était soit sexiste, soit inacceptable.

« Tout d’abord, je pense qu’il faut retirer de l’équation la question de la ‘femme’. Parce que Tzipi Livni est une femme très forte. Elle a aussi fait ce genre de choses au cours de sa carrière politique. Je pense que dire que c’est parce que c’était une femme la rabaisse et rabaisse toutes les femmes », a-t-elle dit.

Le président de l’Union sioniste, Avi Gabbay (à gauche), annonce la rupture brutale de l’Union sioniste avec son ancienne partenaire, Tzipi Livni, chef de l’opposition, pendant une réunion du parti à la Knesset, le 1er janvier 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Mais ça a probablement atteint un point entre eux où ils ne pouvaient pas continuer ensemble, et nous ne savons pas, nous n’étions pas dans la pièce », a-t-elle suggéré.

« Comme je l’ai dit, j’espère que tout le monde finira par s’unir », a-t-elle ajouté.

Parmi les députés israéliens, elle fait l’éloge de plusieurs députés travaillistes, d’Ilan Gilon de Meretz et de l’ancien député Dov Khenin (ex-Liste arabe unie) pour leurs activités législatives. De l’autre côté de l’échiquier, bien qu’elle ait trouvé déplorable le point de vue de la ministre de la Justice Ayelet Shaked, l’éthique de travail de la puissante ministre lui a valu son admiration et ses rares éloges pour une parlementaire de droite.

Sa remarque suscite une curieuse ressemblance en miroir : Jusqu’à récemment, Shaked était la seule députée laïque d’un parti sioniste religieux de droite ; si Zernowitski entre au Parlement, elle serait peut-être la seule députée religieuse d’un parti de gauche. Et toutes deux partagent un certain professionnalisme indiscutable.

« Elle a une vision du monde diamétralement opposée à tout ce en quoi je crois ; en fait, je ne pense pas qu’il y ait une seule chose sur laquelle nous soyons d’accord. Mais sa façon d’agir politiquement, d’arriver le matin et de savoir ce à quoi elle veut que le pays ressemble et de tout faire pour réaliser cette vision, et quoi qu’elle réussisse à faire, elle le fait ».

La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, lors d’une conférence de l’Association du barreau israélien à Jérusalem, le 17 janvier 2019. (Noam Rivkin Fenton/Flash90)

« J’espère que lorsque j’arriverai à la Knesset, c’est exactement comme ça que je fonctionnerai », a-t-elle conclu.

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