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Une série Netflix raconte l’histoire d’une famille de réfugiés palestiniens au Texas

La comédie dramatique 'Mo' de l’acteur Mohammed Amer est un conte autobiographique sur l’identité, l’appartenance et le déracinement

Mo Amer, dans le rôle de Mo Najjar, mange de l’huile d’olive et de la pita, dans un épisode de la série Netflix 'Mo.' (Courtoisie : Netflix)
Mo Amer, dans le rôle de Mo Najjar, mange de l’huile d’olive et de la pita, dans un épisode de la série Netflix 'Mo.' (Courtoisie : Netflix)

Pour Mo Najjar, le houmous est une affaire sérieuse.

Le personnage principal de la nouvelle série Netflix « Mo » ne supporte guère que l’on touche à la recette de son plat préféré, qualifiant le houmous en barquette de « crime de guerre » et disant à une femme vendant du houmous au chocolat : « Vous savez ce qu’avec ce que vous venez de faire, vous venez d’insulter ma grand-mère ? »

C’est le genre de phrase susceptible d’unir Israéliens et Palestiniens derrière une cause commune.

La série, créée et interprétée par le comédien et acteur de stand-up Mohammed Amer, est fortement autobiographique, inspirée de son identité et de son histoire bousculée. Comme Mo Najjar, Mo Amer est né au Koweït dans une famille palestinienne originaire du village de Burin, près de Naplouse, en Cisjordanie.

Sa famille a fui le Koweït pour le Texas après la guerre du Golfe en 1991, lorsque Mo avait 9 ans, et s’est installée à Houston, où elle a passé 20 ans à tenter d’obtenir la résidence tout en vivant sans papiers, assurance maladie ou documents de travail.

Réalité et fiction fusionnent dans “Mo” avec l’histoire de cette femme catholique mexicaine avec laquelle il a une relation, les chocs culturels et les déceptions familiales. Les deux Mo, celui du monde réel et celui de la série, ont tous deux connu le traumatisme de la guerre et de la perte du père à l’adolescence.

Amer avait déjà évoqué son identité compliquée dans deux émissions spéciales de stand-up diffusées sur Netflix, « Mo Amer: The Vagabond » en 2018 et « Mohammed in Texas » en 2021. Il a également joué dans la série « Ramy », produite par Hulu, racontant l’histoire d’un musulman américain de première génération, avec des racines égyptiennes, installé dans le New Jersey.

(De gauche à droite) Lee Eddy dans le rôle de l’avocate Lizzie Horowitz, Cherien Dabis dans celui de Nadia, Farah Bsieso dans celui de Yusra, Omar Elba dans celui de Sameer et Mo Amer dans le rôle de Mo lors d’une audience sur des questions d’immigration dans la série Netflix « Mo. » (Rebecca Brenneman/Netflix)

Le comédien confie avoir ressenti une grande responsabilité lors de l’écriture et du tournage de « Mo ».

« C’est la toute première émission [américaine] à mettre en vedette un Palestinien avec une famille palestinienne qui a fui la guerre », a déclaré Amer à CNN la semaine dernière.

« Comment je le vis ? Comment je trouve mon équilibre avec toutes ces histoires en moi ? J’ai eu l’embarras du choix parce que c’est basé sur ma vie, et – heureusement et malheureusement -, j’ai vécu beaucoup de choses, beaucoup d’épreuves. »

L’identité palestinienne de Mo est au cœur de la série, car il évoque constamment son lien fort avec cet endroit qu’il n’a jamais vu. (Après avoir finalement obtenu la citoyenneté américaine en 2009, Amer et sa famille ont effectivement pu se rendre en Cisjordanie et à Jérusalem en 2016).

« Je me considère comme un Américain d’origine palestinienne : en tant que réfugié en Amérique, j’ai fait en sorte de m’intégrer et de me construire un sentiment d’appartenance. Je suis en quelque sorte un caméléon », a confié Amer à NPR, la radio publique américaine, la semaine dernière.

« Je me considère comme un Palestinien texan. Je sais que cela ressemble à une contradiction et que ces deux mondes devraient entrer en collision, mais je me sens très à l’aise avec ces deux mondes en moi. »

À la fois déchirant et très drôle, “Mo” met en lumière l’identité d’Amer en tant que musulman, palestinien, réfugié et demandeur d’asile et même habitant de Houston. Les références au conflit israélo-palestinien prêtent plus souvent aux rirex qu’aux larmes.

Dans l’un des épisodes, Mo interrompt ainsi deux de ses amis – un arabe et un juif – qui se chamaillent : « Rabin, Arafat, vous avez fini d’enregistrer votre podcast? »

À un Texan auquel il vient de dire qu’il est palestinien et qui lui répond « Shalom », Mo dit :« Oui, on a un vrai problème de marketing. »

Et alors qu’il joue à des jeux vidéo un soir, il confie à ses amis : « C’est un peu comme lancer des pierres : les Palestiniens devraient être les meilleurs là-dedans. »

Kamal Zayed interprète le rôle de Nazeer et Alan Rosenberg celui d’Aba, tandis que Mo Amer est Mo, dans un épisode de la série humoristique de Netflix « Mo ». (Rebecca Brenneman/Netflix)

La présence d’un avocat juif, venu remplacer l’inefficace avocat palestinien de la famille, donne lieux à des moments comiques et d’autres, plus profonds.

Amer a déclaré qu’il était important que son identité soit au cœur de la série sans pour autant la considérer comme une sorte de propagande.

« Évidemment, cela fait partie de notre histoire et de nos origines », a-t-il déclaré à Variety. « Il était important de communiquer cela très clairement, mais sans excès. De nombreuses séries ou spectacles s’apparentent à des actes de propagande et y mettent une pression exagérée. Alors qu’il s’agit simplement de l’histoire douce-amère d’une famille qui fait son possible pour vivre et se reconstruire après un deuxième exil. »

En fin de compte, explique Amer, l’idée est de raconter sa propre histoire, dans ce qu’elle a de plus individuelle, pour toucher des publics beaucoup plus larges.

« Cette histoire n’est que la mienne, l’histoire de réfugiés, d’immigrants: il y en a tant d’autres. Beaucoup de gens ressentent ce que je ressens, ou peuvent s’identifier à moi », a-t-il déclaré à MSNBC.

« Cela touche à l’appartenance, au sentiment d’égalité avec vos voisins : n’importe qui peut s’y identifier. »

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