Une « tour » vieille de 2 200 ans près de Massada aurait servi à la collecte d’impôts
Les fouilles menées par l'IAA d'un tas de grosses pierres surplombant la mer Morte révèlent des artefacts suggérant qu'il servait de forteresse puis, à l'époque romaine, de tombeau
Pendant 2 000 ans, un amoncellement de grosses pierres dressées sur des collines surplombant la mer Morte est resté presque intact, un monticule construit par l’homme unique dans ce paysage serein.
Dans le cadre d’une vaste recherche pluriannuelle de manuscrits de la mer Morte supplémentaires dans le désert de Judée, une équipe d’archéologues israéliens a fouillé ces dernières semaines l’énigmatique structure pyramidale située près de Nahal Zohar, à vingt kilomètres au sud de Massada.
L’Autorité israélienne des Antiquités (IAA) a annoncé mardi dans un communiqué qu’une multitude d’objets remarquables, dont des papyrus, des récipients en bronze, des restes de meubles anciens, des pièces de monnaie et des textiles, ont suggéré que le site, communément considéré comme un lieu de sépulture, pourrait avoir été utilisé à l’origine comme forteresse destinée à défendre une ancienne route, puis reconverti en tombeau monumental des siècles plus tard.
« Le tas, composé d’énormes pierres, s’élève à cinq ou six mètres au-dessus de la surface de la colline », a expliqué le Dr. Eitan Klein au Times of Israel lors d’un entretien téléphonique.
« Nous avons immédiatement remarqué que quelqu’un avait creusé au sommet de la structure, probablement des pilleurs qui avaient identifié la tombe. »
« Au début, nous pensions que ces vestiges n’étaient qu’une tombe, mais plus tard, nous avons remarqué la forme des murs d’origine et nous avons compris qu’il s’agissait d’un bâtiment », a-t-il ajouté.
Des archéologues de l’Autorité israélienne des Antiquités fouillant un site vieux de 2 200 ans, au nord de Nahal Zohar, dans le désert de Judée, en mars 2025. (Crédit : Emil Aladjem/Autorité israélienne des Antiquités)
« Finalement, nous avons identifié qu’il s’agissait d’une tour ou d’une forteresse datant de la période hellénistique, c’est-à-dire il y a 2 200 ans. »
À cette époque, Israël était gouverné par le royaume ptolémaïque, un royaume grec dont la capitale était la ville égyptienne d’Alexandrie.
« Nous savons que la route principale reliant Edom, l’actuelle Jordanie, à Gaza passait directement sous notre structure », a précisé Klein, co-directeur des fouilles pour l’IAA aux côtés de Matan Toledano et Amir Ganor.
« Nous pensons que le bâtiment servait à protéger la route et qu’il a pu être utilisé par les fonctionnaires ptolémaïques pour percevoir les taxes des voyageurs. »
Les récentes fouilles s’inscrivent dans le cadre d’un projet pluriannuel plus vaste qui vise à étudier des centaines de grottes et de sites dans le désert de Judée, dont une partie se trouve en Cisjordanie.
Financée par le ministère du Patrimoine, le département d’archéologie de l’Administration civile de Judée-Samarie et l’IAA, l’opération vise à identifier et à sécuriser les antiquités et les découvertes archéologiques pour les protéger des pilleurs. Ce phénomène est très répandu dans la région depuis que les premiers manuscrits de la mer Morte ont été découverts et retirés de leur grotte d’origine par des bergers bédouins dans les années 1940.
L’extrême aridité du désert crée des conditions idéales pour la préservation des matières organiques qui, autrement, se décomposeraient avec le temps. Au cours de l’expédition dans le désert de Judée, les archéologues ont découvert de nombreux artefacts remarquables, notamment des rouleaux, des papyrus, des textiles et un panier vieux de 10 000 ans et exceptionnellement bien conservé.
L’équipe d’enquête de l’unité de prévention des vols de l’IAA a jusqu’à présent passé au crible 180 kilomètres de falaises et identifié environ 900 grottes. La région de Nahal Zohar a été étudiée pour la première fois dans les années 1960.
« Le Dr. Yohanan Aharoni avait déclaré à l’époque avoir localisé des poteries datant de la période du Premier Temple [1200-586 avant notre ère], mais jusqu’à présent, nous n’en avons trouvé aucune trace », a poursuivi Klein.
Bien que les pillards l’aient atteint en premier, les archéologues ont quand même réussi à récupérer une multitude de découvertes organiques et minérales, telles que des fragments de papyrus inscrits en grec, des outils en bois et des tissus.
Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires pour déchiffrer le contenu des papyrus, Klein estime qu’ils pourraient s’agir de documents de nature fiscale.
« Découvrir des documents écrits datant d’aussi loin est très rare, le rêve de tout archéologue », a-t-il noté.
Les archéologues ont également découvert une grande quantité de pièces de monnaie, ce qui permet de dater le bâtiment et de déterminer son appartenance culturelle.
« Nous avons découvert de nombreuses pièces de monnaie ptolémaïques, ainsi que d’autres provenant du royaume séleucide, qui avait régné sur Israël immédiatement après », a déclaré Klein, en précisant que le bâtiment avait été utilisé au 3ᵉ siècle avant notre ère et pendant la première moitié du 2ᵉ siècle.
Les pièces séleucides ont été frappées sous Antiochos IV Épiphane, le méchant de l’histoire de Hanoukka, qui a été vaincu par Judas Maccabée en 164 avant notre ère, alors que ce dernier luttait pour rétablir la domination juive sur la Judée.
« Jusqu’à présent, nous n’avons trouvé aucune preuve de la présence des Hasmonéens dans la région », a déclaré Klein.
« Par conséquent, il n’est pas possible de déduire la cause de la destruction du bâtiment, si celle-ci s’est produite dans le contexte de la guerre contre Antiochos ou si elle est due à d’autres causes, telles qu’un tremblement de terre ou un incendie. »
Après l’effondrement et l’abandon de la structure, quelqu’un, à l’époque romaine, l’a jugée propice à l’aménagement d’une tombe monumentale.
« Ils ont probablement été impressionnés par la beauté du lieu et de la structure », a ajouté Klein.
« Bien que les pilleurs aient déjà vidé la tombe avant que nous l’atteignions, nous avons quand même pu découvrir certains artefacts qui y étaient liés. »
Alors que les énigmes entourant le bâtiment persistent, les archéologues continuent de fouiller le site, dans l’espoir d’en savoir plus sur les personnes qui ont habité cette forteresse isolée et dans quel but, ainsi que sur les raisons pour lesquelles elle a été choisie comme dernière demeure par quelqu’un qui vivait en Terre d’Israël il y a environ 2 000 ans.
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