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Des archéologues se félicitent d’avoir réussi à commencer à endiguer le vol d’antiquités

Six ans après le début d'une vaste opération d'exploration des grottes du désert de Judée, peu de fragments des rouleaux de la mer Morte ont été découverts, mais selon l'IAA ça pourrait changer

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Des archéologues retirant avec précaution les épées de l'entrée de la grotte où elles ont été découvertes dans le désert de Judée. (Crédit : Emil Aladjem/IAA)
Des archéologues retirant avec précaution les épées de l'entrée de la grotte où elles ont été découvertes dans le désert de Judée. (Crédit : Emil Aladjem/IAA)

En 2016, les médias internationaux s’étaient embrasés lorsqu’il avait été confirmé que les archives nationales israéliennes détenaient la mention hébraïque la plus ancienne de la ville de Jérusalem. Selon une datation au carbone 14 qui vient d’être rendue publique, cette pièce fragile de papyrus remonterait ainsi au VIIe siècle avant notre ère, à la période du Premier Temple.

Ce papyrus extrêmement rare – il n’y en a que trois, datant de cette période et écrits en hébreu, qui ont été découverts par les archéologues jusqu’à présent – aurait été obtenu par l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA) au cours d’une opération sous couverture menée contre un trafiquant d’antiquités, qui avait été arrêté en 2012 alors qu’il achetait des artéfacts auprès de pilleurs.

Une découverte qui, si elle avait été en elle-même monumentale, selon le chef de l’unité de prévention des vols de l’IAA, Amir Ganot, avait toutefois représenté bien davantage. En effet, le papyrus avait été un signal d’alarme.

« Nous avons commencé à examiner l’origine probable du papyrus de Jérusalem et nous avons déterminé qu’il provenait du désert de Judée », a expliqué Ganor au Times of Israel au nouveau siège de l’IAA, mercredi à Jérusalem. Et, comme d’habitude,  a-t-il poursuivi, « à chaque fois que nous allions dans une potentielle grotte, nous découvrions qu’elle avait d’ores et déjà été pillée » – avec peu d’objets susceptibles d’être sauvés par les archéologues.

L’IAA s’était alors tournée vers le ministère des Affaires et du Patrimoine de Jérusalem, qui était alors placé sous l’autorité du Bureau du Premier ministre. Elle avait eu le feu vert – et le budget nécessaire – concernant la formation d’une équipe quelque peu particulière d’archéologues spécialisés dans l’escalade, pour qu’ils puissent se lancer dans l’étude sans précédent de toutes les grottes du désert de Judée.

S’exprimant auprès du Times of Israel lors de la présentation des découvertes les plus récentes de son équipe – il s’agit de quatre glaives romains dans un état de conservation optimal, qui dateraient de l’époque de la Révolte de Bar Kochba – le Dr. Eitan Klein, directeur-adjoint de l’Unité de prévention des vols au sein de l’IAA, a noté qu’avec l’opération menée dans le désert de Judée, c’était la première fois que l’unité passait à l’offensive contre les pilleurs – elle avait tenté, jusque-là, de tenir un rôle exclusivement défensif.

De droite à gauche : Asaf Gayer, Oriya Amichay, Eitan Klein et Amir Ganor, avec quelques-unes des épées romaines, au bureau de l’IAA, à Jérusalem. (Crédit : Yoli Schwartz/IAA)

L’équipe avait commencé ses activités dans la région de la mer Morte, explorant les falaises situées à proximité de Qumran en utilisant des drones et des technologies de cartographie high-tech. Jusqu’à présent, environ 800 grottes ont été examinées sur les plus de 170 kilomètres d’un territoire qui chevauche l’État d’Israël et la Cisjordanie. Souvent perchée dans les saillies rocailleuses des falaises, l’équipe de l’IAA a, jusqu’à aujourd’hui, réalisé 24 fouilles qui ont permis de faire des milliers de découvertes – et notamment quelques nouveaux fragments des rouleaux de la mer Morte.

Aujourd’hui, il y a 50 grottes supplémentaires qui sont prêtes à être fouillées et environ trois années de financement pour réaliser ce travail, a dit Ganor. Klein, de son côté, a ajouté que certaines zones du désert, à l’ouest, n’ont pas encore été touchées du tout – pas par l’IAA tout du moins.

Ganor reconnaît que les pilleurs ne savent que trop bien que les conditions qui prévalent à l’intérieur des grottes du désert de Judée en font des petites capsules temporelles qui recèlent un trésor d’antiquités. Mais alors qu’il lui a été demandé ce qui l’a le plus surpris dans le cadre de ce projet intensif de six ans, il a répondu : « C’est le fait qu’il y ait encore tellement de choses à découvrir dans les grottes. »

Le pillage des trésors nationaux contre des liquidités

La stèle d’Heliodorus exposée au Musée d’Israël, à Jérusalem, fait partie de cent antiquités pillées que Michael Steinhardt a accepté de rendre dans un accord conclu avec le Bureau du procureur du district de Manhattan. (Crédit : Asaf Shalev/JTA)

Les institutions internationales ressentent les effets d’un changement de tendance, alors même qu’un grand nombre de gens, dans le public, se montrent de moins en moins tolérants face aux artéfacts exposés dont la provenance n’a pas été clairement déterminée. De nombreux musées, sur tout le globe, s’impliquent dorénavant dans des recherches visant à restituer les objets à leur propriétaire d’origine, certains rendant de précieuses antiquités aux pays auxquels elles appartenaient.

Le marché privé des antiquités a, de la même manière, fait l’objet d’une plus grande attention lors de cette dernière décennie. Matthew Bogdanos, procureur-adjoint du district de Manhattan, par exemple, s’est intéressé de près aux collections de philanthropes de premier plan tels que Michael Steinhardt ou Shelby White, qui ont finalement dû rendre une partie de leurs collections respectives à qui de droit.

En Terre sainte, les choses sont – comme d’habitude – un peu plus compliquées. Dans certaines parties du territoire, notamment dans les collines de Judée et dans le désert de Judée, il est extrêmement difficile de localiser l’origine des artéfacts qui ont pu être pillés. Et il est peut-être plus difficile encore de savoir sous quelle autorité, sous quelle instance gouvernementale ils doivent être restitués.

Au mois de janvier 2023, les États-Unis avaient rendu un objet culturel à l’Autorité palestinienne (AP) pour la toute première fois – une cuillère à encens assyrienne, datant du VIIe siècle avant notre ère, qui faisait partie de la collection Steinhardt. Un autre objet de la même collection qui a été égaré sera restitué à l’AP s’il est retrouvé.

Un masque du néolithique prêté par le milliardaire américain Michael Steinhardt au Musée d’Israël, le 5 janvier 2022. (Crédit : Maya Alleruzzo/AP Photo)

Dans la collection saisie de Steinhardt, le procureur de district de New York a aussi récupéré 28 autres artéfacts volés qui sont originaires d’Israël et des Territoires palestiniens, notamment des objets qui sont encore exposés au Musée de Jérusalem, comme la stèle d’Heliodorus et des masques datant du néolithique. Selon un communiqué transmis par le procureur de district, l’ensemble de masques à l’effigie de visages humains stylisés, qui date de l’an 7000 avant notre ère environ, est collectivement évalué à trois millions de dollars.

Ces objets étaient arrivés sur le marché mondial des antiquités grâce au pillage. Et il est évident que tant que certains détourneront le regard et seront prêts à verser des sommes astronomiques pour acquérir ces artéfacts, le pillage des sites archéologiques continuera.

Selon un article paru en juin 2020 dans l’Al-Aqsa University Journal (For Human Science), « le nombre total, selon les estimations, d’objets archéologiques pillés et trafiqués entre le mois de mai 1967 et le mois de juin 2019 (…) est d’approximativement 8,4 millions (…). En ce qui concerne le nombre total de pilleurs d’antiquités, il est estimé à un chiffre situé entre 100 000 et 120 000 individus (un pilleur, défini dans cet ouvrage comme une personne ayant participé – seule ou en groupe – à la fouille d’un site ou d’un élément archéologique à une ou plusieurs reprises), et les intermédiaires et trafiquants d’antiquités représentent quelques centaines d’individus ».

De nouvelles tactiques pour une bataille perdante

Des inspecteurs de l’Unité de prévention des vols de l’Autorité israélienne des Antiquités avec trois ossuaires récupérés dans une grotte funéraire du nord d’Israël qui a été presque détruite par des travaux de construction. (Crédit : Yoli Schwartz/IAA)

Chaque année, l’unité de prévention des vols de l’IAA attrape environ 60 voleurs à travers le pays sur environ 400 événements de pillage, a déclaré Ganor, ajoutant que le prorata n’est pas si terrible, compte tenu du fait qu’il y a quelque 3 000 sites archéologiques dans le pays. Mais, franchement, ce n’est pas très bon non plus.

Cependant, depuis le lancement du Judean Desert Survey Project (projet d’étude du désert de Judée) il y a six ans et la présence accrue de l’IAA sur place, il n’y a eu qu’un seul cas de pillage connu, a déclaré Ganor.

La causalité entre la présence de l’AAI et l’absence de pillage est évidente, ont déclaré Ganor et Klein. L’unité espère lancer des projets similaires dans d’autres régions du pays où le pillage est endémique, comme la région du Shephelah, ce qui nécessiterait nécessairement un budget et une main-d’œuvre plus importants.

L’opération actuelle de l’IAA est menée en coopération avec l’officier d’état-major du Département d’archéologie de l’Administration civile en Judée et Samarie (COGAT) et le ministère du Patrimoine. Chaque organisme a alloué environ un tiers du budget total du projet à partir de ses institutions.

Des archéologues retirant les épées de l’anfractuosité de la roche où elles étaient cachées il y a environ 1 900 ans dans une grotte du désert de Judée. (Crédit : Emil Aladjem/IAA)

De même, lorsqu’elles découvrent des objets importants, comme les épées vieilles de 1 900 ans exposées mercredi, les universités s’empressent de s’associer à l’IAA et de prendre en charge une grande partie des recherches coûteuses en laboratoire, a déclaré Klein.

Dans le cas des épées, l’équipe espère effectuer des analyses C14 sur les manches en bois et les fourreaux en cuir, des tests métallurgiques sur les lames, des prélèvements d’ADN pour déterminer l’origine du bois et du cuir, et peut-être même trouver du sang sur les lames bien usées pour savoir sur qui elles ont été utilisées. L’évolution de l’archéologie high-tech laisse entrevoir de nouveaux horizons.

Pour Klein, la découverte la plus surprenante et la plus excitante de ces six dernières années est la cache de quatre épées, une découverte d’une ampleur sans précédent dans la région et extrêmement rare dans l’ensemble de l’empire romain. Ces épées sont étonnamment bien conservées, grâce aux conditions uniques du désert, et il pense qu’elles ont été volées à des soldats romains ou prises sur le champ de bataille. Chaque épée massive a été fabriquée sur mesure pour le soldat qui l’a maniée ; il n’y en a pas deux pareilles.

« La littérature romaine ne nous raconte pas toute l’histoire de la Révolte de Bar Kochba. « C’est à l’archéologie de compléter le tableau. »

Des archéologues tamisant la terre de la grotte du désert de Judée où quatre épées romaines ont été découvertes, avec vue sur la mer Morte. (Crédit : Matan Toledano/IAA)

Le Judean Desert Survey Project a été lancé dans le but de récupérer les fragments des manuscrits de la mer Morte qui n’ont pas encore été découverts, mais pour Klein, ce n’est plus la priorité. Il s’efforce de relier les peuples qui ont habité la région à différentes époques.

« C’est maintenant un récit historique, une histoire de fuite, de réfugiés et, lorsque l’on parle des premiers prêtres ou des habitants de Qumran, d’auto-isolement », a-t-il expliqué.

« En nous déplaçant de grotte en grotte dans le désert de Judée, nous parvenons à protéger notre patrimoine national », a déclaré Klein.

« Nous sommes très heureux d’avoir réussi à protéger ces épées des mains des pilleurs. »

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