La découverte du rouleau de la mer Morte pourrait en annoncer d’autres
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La découverte du rouleau de la mer Morte pourrait en annoncer d’autres

Alors que 20 grottes vont encore être fouillées dans le désert de Judée, les découvertes extraordinaires faites dans la grotte de l'Horreur ne devraient pas être les dernières

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Le travail de tamisage à l'entrée de la grotte de Murabaat. (Crédit : Yoli Schwartz, Autorité israélienne des antiquités)
Le travail de tamisage à l'entrée de la grotte de Murabaat. (Crédit : Yoli Schwartz, Autorité israélienne des antiquités)

En cette journée marquée par le dévoilement par l’Autorité israélienne des antiquités de fragments de rouleaux bibliques – les premiers à avoir été retrouvés depuis des décennies – et de nombreux autres artéfacts étonnants découverts lors de fouilles dans la dite « grotte de l’Horreur », au-dessus de la mer Morte (avec, entre autres, un panier tissé dans un état de préservation excellent qui avait été fabriqué il y a 10 200 ans, le plus vieux du monde), la nouvelle la plus extraordinaire est qu’il reste encore 20 grottes prometteuses, qui pourraient elles aussi héberger des trésors, que les archéologues doivent explorer.

Cela signifie que les dizaines de fragments qui ont été montrés au public, mardi pourraient marquer le début d’une nouvelle ère de découvertes enthousiasmantes, soixante ans après la découverte des premiers rouleaux d’une importance majeure.

Depuis 2017, l’Autorité des antiquités israéliennes (IAA) a pris la tête d’une opération de secours sans précédent d’artéfacts antiques dans 500 grottes de tout le désert de Judée, une opération d’une ambition sans précédent et physiquement audacieuse – impliquant des performances d’escalade et de descente en rappel et la création de camp de travail sur des falaises abruptes.

L’objectif est d’anticiper les pilleurs d’antiquités qui se rendent dans ces grottes, là où avaient été trouvés les rouleaux de la mer Morte – des milliers de fragments d’écrits antiques datant d’une période allant de l’an 400 à l’an 300 avant l’ère commune – par des bergers bédouins à partir de 1946.

Amir Ganot, chef de l’unité de prévention des vols au sein de l’unité, évoquant l’opération actuellement en cours lors d’une conférence de presse animée dans les bureaux de Jérusalem de l’IAA, a déclaré que les plus de 600 grottes du désert de Judée avaient été cartographiées en utilisant les technologies offertes par les drones et la cartographie hi-tech. Ce travail, a-t-il dit, a révélé qu’il existait 20 grottes présentant « le potentiel de contenir des artéfacts intéressants » qui, avec un peu de chance, seront minutieusement fouillées lors de la phase 2 du projet. Il a ajouté qu’environ 25 % du désert devait encore être contrôlé dans le cadre de la première phase.

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L’opération a été entreprise par l’IAA, en coopération avec l’officier d’état-major au sein du département d’archéologie de l’administration civile en Judée et Samarie, et elle a été financée par le ministère des Affaires et du patrimoine de Jérusalem. Environ un tiers du budget total a été versé par chacune de ces instances.

Cette coopération est essentielle pour la réussite de l’opération : près de la moitié du désert de Judée, et notamment le lieu initial où avait été trouvée la plus grande partie des rouleaux de la mer Morte, à Qumran, est située en Cisjordanie, au-delà de la Ligne verte, où l’IAA n’a aucune compétence. Mais les archéologues du COGAT ont été largement intégrés dans les équipes, a noté Ganor, ce qui a permis d’élargir le travail à tout le désert de Judée.

« Maintenant, nous savons ce qu’il se passe dans 500 grottes – ce qui vaut la peine d’être laissé, ce qui vaut la peine d’être sauvé, ce qui vaut la peine d’être inspecté », a continué Ganor. L’équipe associe plusieurs méthodes de surveillance hi-tech pour protéger les grottes les plus prometteuses, a-t-il poursuivi sans donner davantage de détails.

Anticiper les pilleurs

Et peut-être plus important encore, a souligné Ganor, c’est la toute première fois depuis qu’il a pris son poste à l’unité de Prévention des vols, il y a 25 ans, qu’Israël parvient à anticiper les voleurs. Depuis que le travail intensif de l’Autorité a commencé dans le désert de Judée, il y a plusieurs années, il n’y plus eu de pilleurs dans le secteur. « Ils ont vu que nous sommes forts, que nous investissons des personnels et de l’argent et ils se tiennent dorénavant à l’écart », a-t-il commenté.

« Israël a été battu pendant 60 ans et aujourd’hui, enfin, nous remportons la victoire ; nous sommes là avant les voleurs », a-t-il dit. Tout artéfact que découvre l’équipe est une victoire en soi, précise-t-il, et empêche « le vol de notre patrimoine et la destruction de l’Histoire humaine ».

Ganor, un homme épais et grand, est l’un des hauts-responsables de l’opération à avoir descendu en rappel les falaises et à être entré à l’intérieur de grottes exigües pour découvrir des trésors jusqu’à présent oubliés.

Le docteur Ofer Sion, 60 ans, a pris la tête d’une équipe qui s’est introduite dans la bien-nommée « grotte de l’Horreur », à environ 80 mètres en-dessous du sommet d’une falaise, où une quarantaine de squelettes de rebelles de Bar Kochba avaient été découverts au cours de fouilles menées dans les années 1950 et au début des années 1960 sous l’autorité de Yochanan Aharoni.

Sion, à la tête du programme d’études de l’IAA, connaît bien le désert de Judée et la descente en rappel – il avait enseigné cette dernière à Ein Gedi, juste au nord, sur les rives de la mer Morte, entre 1984 et 1986. En tout, s’est amusé Sion, cela fait 40 ans qu’il erre dans le désert.

Le moment où le rouleau du Livre des douze petits prophètes a été découvert dans la grotte de Murabaat. Ofer Sion est devant, au centre. Crédit : Highlight Films, Autorisation : Autorité israélienne des antiquités)

Initialement, a expliqué Sion – qui s’est exprimé devant les médias en portant un coquet bonnet en laine – il n’était pas sûr qu’il resterait beaucoup de choses à trouver dans la grotte, celle-ci ayant déjà été fouillée auparavant. Toutefois, a-t-il ajouté, « j’ai remarqué en m’agenouillant une sandale en cuir et deux pièces de monnaie et j’ai réalisé à ce moment-là que la cavité pouvait potentiellement avoir beaucoup encore à nous offrir ».

Une découverte centennale

Dans les années 1950, a poursuivi Sion, Aharoni avait fait des fouilles conformément aux pratiques mises en œuvre à l’époque, et avec la technologie disponible à ce moment-là. Durant les trois semaines passées par la nouvelle équipe dans la grotte, ce qui a été découvert a été principalement des objets « oubliés » par le précédent archéologue et ses assistants – dont les fragments de rouleau, des pièces, et même le corps momifié d’un enfant mort il y a 6 000 ans.

Sion a déclaré que la découverte d’environ 80 fragments de rouleaux – certains d’entre eux étaient tellement minuscules que les lettres n’apparaissent même pas complètement – n’a été rendue possible que par le travail fastidieux de criblage de la terre laissé derrière lui par Aharoni.

Des fragments du rouleau du Livre des douze petits prophètes qui a été découvert lors d’une expédition dans le désert de Judée. (Crédit : Ofer Sion, Autorité israélienne des antiquités)

« C’est une découverte centennale », a-t-il dit en évoquant les morceaux de rouleaux bibliques trouvés dans la grotte de l’Horreur. Et elle aurait pu ne jamais arriver : seule la vue perçante de l’archéo-botaniste de l’équipe, habitué à voir des semences et des pollens minuscules, a discerné les lettres dans la poussière.

« Il y avait de la poussière partout, sur les lunettes, sur le visage et les fragments de rouleau avaient une couleur de pierre. Seul l’archéo-botaniste a aperçu les mots minuscules. C’était étonnant », a-t-il commenté.

Ensuite, a-t-il continué, deux membres de l’équipe chargés de gérer les détecteurs de métaux – une technologie qui n’existait pas à l’époque d’Aharoni, qui avait ainsi négligé une cachette qui dissimulait des pièces de monnaie frappées à l’époque de la révolte de Bar Kochba — sont venus à lui avec une poignée de quelque chose « qui ressemblait à des déchets ». Il s’est avéré qu’il s’agissait de plusieurs amas de fragments de rouleaux.

« Nous, archéologues, nous sommes un peu fous », a déclaré Sion. Chaque jour, il a descendu en rappel la falaise pour accéder à la grotte, la réescaladant le soir. « Le jour où j’ai eu les fragments dans mon sac, j’ai mis moins d’une minute à remonter », s’est-il exclamé.

Cette vaste opération n’a pas impliqué que des archéologues aguerris comme Ganor et Sion — mais aussi des membres de l’équipe qui ignoraient tout de l’archéologie. Rotem Raz, âgé d’une vingtaine d’années, a été intégré au projet après des études de géologie – et après avoir acquis une forte expérience dans la descente en rappel.

La descente en rappel vers la grotte de l’Horreur. (Crédit : Eitan Klein, Autorité israélienne des antiquités)

Raz avait été chargé dans un premier temps de la surveillance des grottes à l’aide de drones, descendant à l’entrée des cavités et préparant les grottes pour les archéologues, notamment en descendant leurs équipements. Parmi les préparatifs, les fixations à installer pour les cordes de rappel et les poignées de métal qui ont toutes été enlevées à l’issue des fouilles, a-t-il précisé.

Il a collecté de nombreuses données pendant l’opération sur le terrain « qui donnent une image d’ensemble plus complète », selon lui, et des recherches sont encore en cours.

Si un financement supplémentaire devant être alloué à ces explorations, la prochaine phase de l’opération pourrait offrir des possibilités illimitées.

« Nous sommes les seuls à pouvoir faire ce travail et à pouvoir le faire maintenant. On est là et, pour une fois, on remporte la victoire sur les pilleurs », a souligné le docteur Joe Uziel, qui dirige l’unité des rouleaux de la mer Morte. Le travail nécessitera la continuation de la coopération interdépartementale et interministérielle et, bien sûr, davantage de fonds. Mais le facteur temps est essentiel et c’est une course contre la montre, a-t-il poursuivi.

« Si nous étions venus seulement deux semaines plus tard dans la grotte de l’Horreur », a-t-il expliqué, « je crains que nous aurions découvert les fragments de rouleaux en vente sur internet. Le panier aurait été sur le marché – ou entièrement détruit ».

« Il ne s’agit pas de textes religieux », a-t-il insisté, « mais bien de patrimoine culturel ».

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