Un papyrus rarissime de l’époque du Premier Temple revient en Israël
Le papyrus, vieux de 2 700 ans, est une lettre adressée à « Ismaël », rédigée en hébreu ancien. Mais ce n’est que le début de l’histoire..!

La chasse aux manuscrits de la mer Morte attire archéologues et aventuriers du monde entier dans le désert de Judée. Mais la chasse au papyrus datant de l’époque du Premier Temple a conduit le chef de l’unité de prévention du vol de l’Autorité des antiquités d’Israël (IAA) en un lieu hautement improbable : le Montana.
Ce fragment de 4 centimètres de haut sur 5 de large est, à ce jour, l’un des trois seuls fragments de papyrus connus revêtus d’inscriptions en hébreu ancien.
La chasse au trésor a pris fin cette année lorsqu’Eitan Klein, de l’IAA a retrouvé le propriétaire de ce papyrus extrêmement rare, dans le Montana, bien nommé “État de tous les trésors”.
L’inscription consiste en quatre lignes, fragmentaires, dont la première commence par l’intrigant « À Ismaël, envoie… » et s’arrête. Selon l’analyse épigraphique et la datation au carbone, ce papyrus daterait de la fin du VIIe ou du début du VIe siècle avant notre ère, soit les derniers jours du royaume de Judée.
La chasse au « papyrus Ismaël », qui vient de revenir en Israël, a commencé à la mort de l’épigraphiste en chef, le Dr Ada Yardeni, en juin 2018.
Son collègue, le professeur Shmuel Ahituv, de l’Université Ben Gurion, lauréat du prestigieux prix Israël, a été invité à terminer le dernier projet de Yardeni – un livre sur les écritures hébraïques de la période du Premier Temple. En parcourant ses notes, Ahituv trouve l’image d’un papyrus inconnu, non référencé et non vérifié scientifiquement. Il informe Klein de son existence.
Klein a confié au Times of Israel qu’après avoir reçu l’appel d’Ahituv, très enthousiaste à l’idée de l’existence d’un troisième papyrus rare de la période du Premier Temple, il s’est entretenu avec l’une des filles de Yardeni. Ensemble, ils passent en revue dossiers, ordinateur et courrier électronique, et finissent par retrouver la trace de ce papyrus, en pièce jointe de l’e-mail du professeur Bruce Zuckerman, de l’Université de Californie du Sud.

Klein contacte Zuckerman, qui retrouve la trace du fils du propriétaire original du fragment de papyrus. Il s’avère que le fragment a été acheté ou donné à la mère du propriétaire lorsqu’elle s’est rendue en Israël en 1965, dans le cadre d’une mission chrétienne. Cette mission a pris part à des fouilles dans les environs de Qumran et ses membres ont rencontré des personnes clés impliquées dans la recherche des manuscrits de la mer Morte, parmi lesquelles Halil Iskander Kandu, important marchand de rouleaux de Bethléem, et Joseph Saad, conservateur du Musée Rockefeller.
Après la visite, explique Klein, la femme a collé le fragment de papyrus sur un morceau de carton, avec d’autres souvenirs de sa rencontre avec Kandu et Saad. Elle les a encadrés et le papyrus est ainsi resté accroché au mur de sa maison du Montana jusqu’à récemment.
Klein prend contact avec le fils, qui souhaite rester anonyme, et le persuade de se rendre en Israël – avec le papyrus – pendant une semaine en tant qu’invité VIP de l’IAA. A l’issue de la semaine, au cours de laquelle on lui montre toutes les techniques de conservation du département des Rouleaux de la mer Morte de l’IAA à Jérusalem, il est convaincu que c’est l’endroit idéal pour le papyrus.

Selon Klein, bien que pleinement conscient de la valeur marchande du fragment de rouleau, le fils a préféré rendre hommage à sa mère et fait prévaloir ses valeurs chrétiennes en faisant don du papyrus à l’État d’Israël.
Mais qu’y a-t-il d’inscrit sur le papyrus ?
Selon Ahituv, « Le nom Ismaël, mentionné dans le document, était des plus communs à l’époque biblique. Il signifiait ‘Dieu entendra’ ».
Le plus célèbre Ismaël est évidemment le fils d’Abraham et d’Agar, mais on en trouve d’autres, précise Ahituv, dans des passages de la Bible, qui désignent d’autres personnes, « parmi lesquels Yishmael ben Netanyahu, qui a assassiné le gouverneur Gedaliah ben Ahikam ». Le nom se trouve également gravé sur des sceaux d’argile utilisés pour la correspondance.

« Il s’agit clairement d’une écriture hébraïque de la fin du 7e siècle, début du 6e siècle avant notre ère », explique Ahituv dans une vidéo en hébreu de l’IAA.
Il s’agit d’un message adressé à un certain Ismaël, précise-t-il, qui semble faire la liste de ce qu’il convient ou non d’envoyer.
« Il s’agit d’une simple lettre avec une commande. On lui dit : « N’envoyez pas. » Que n’est-il pas supposé envoyer ? Je l’ignore. Ensuite, on peut lire « d’aucune aide ». Qu’est-ce qui n’est d’aucune aide ?! Nous l’ignorons aussi », regrette Ahituv.
Il s’agit d’une lettre écrite à la hâte, précise Ahituv, car les lettres ne sont pas bien formées. « L’auteur a écrit comme nous écrivons aujourd’hui. Il a trempé son stylet dans l’encre et écrit. »

Il est presque impossible de trouver des matières organiques datant d’il y a 2 700 ans, mais la sécheresse qui règne dans les grottes du désert de Judée est particulièrement favorable à la conservation.
Il y a actuellement quelque 25 000 fragments de manuscrits de la mer Morte dans le laboratoire des Rouleaux de la mer Morte, des morceaux d’un millier de manuscrits. La grande majorité date de la période du Second Temple, vers l’an 70 de notre ère.
Ce nouveau fragment de papyrus – daté par radiométrie à l’Institut Weizmann de Rehovot – « est un document rarissime », explique le Dr Joe Uziel, chef du laboratoire du DSS.

« Vers la fin de la période du Premier Temple, l’écriture était répandue », confie Uziel, évoquant les ostraca – ces documents écrits sur des tessons de poterie – et sceaux estampillés avec des écritures.
Toutefois, il est rare que les documents de la période du Premier Temple rédigés sur des matériaux organiques – comme ce papyrus – aient survécu. Chaque nouveau document apporte un éclairage supplémentaire sur l’alphabétisation et l’administration au temps du Premier Temple », explique-t-il.
Après tant d’années, un nouveau « manuscrit de la mer Morte » ?
Ce fragment de papyrus rapatrié en Israël rejoint deux autres fragments de rouleaux de papyrus datant de l’époque du Premier Temple. L’un, surnommé le « papyrus de Jérusalem » parce qu’il porte la plus ancienne mention de Jérusalem en hébreu, a été dévoilé en 2016 après une opération de sauvetage menée en 2012 par Klein, alors que des voleurs d’antiquités tentaient de le revendre.
L’autre fragment de papyrus en hébreu datant de l’ère biblique a été découvert à Wadi Murabbaat, précise Klein. Il s’agit d’un acte de vente comportant des noms de personnes et des numéros.

Peut-on dire de ce nouveau fragment de papyrus qu’il s’agit d’un morceau des « Manuscrits de la mer Morte »?
« Oui, je le mettrais avec les Rouleaux de la mer Morte. Nous sommes certains qu’il provient du désert de Judée », précise Uziel.
« Le terme ‘manuscrits de la mer Morte’ est, en lui-même, impropre car ils n’ont pas été trouvés dans la mer elle-même, mais dans le désert qui l’entoure. »
Le terme hébreu de “Megilot Midbar Yehuda” – “rouleaux du désert de Judée” – est beaucoup plus pertinent, car la collection ne se limite pas à Qumrân ou à la période du Second Temple.
« Les Rouleaux de la mer Morte comprennent tous les documents du désert de Judée, quelle qu’en soit l’époque », explique Uziel.
« Donc, si l’on considère que nous avions auparavant 1 000 pièces des Rouleaux de la mer Morte, alors nous en avons aujourd’hui 1 001. »
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