Une trentaine d’olim français en lice pour les municipales – un record
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Une trentaine d’olim français en lice pour les municipales – un record

Le programme des différents candidats issus de l'immigration française se concentre essentiellement autour des solutions à apporter aux difficultés de l'intégration

Journaliste Société-Reportage

Des immigrants juifs de France arrivent à Tel Aviv, le 28 juillet 2015. (Crédit : Zed Films)
Des immigrants juifs de France arrivent à Tel Aviv, le 28 juillet 2015. (Crédit : Zed Films)

Le 30 octobre, pour la première fois, en vertu d’une nouvelle loi votée à la Knesset, les Israéliens se verront accorder un jour de congé afin de voter pour leurs représentants locaux. Un changement qui vise à faire sortir les électeurs de leur indifférence par rapport aux élections municipales.

Le but est de faire augmenter les taux de participation qui sont habituellement bas. Ces taux se situaient à une moyenne nationale de
51,9 % lors des élections précédentes en 2013; seulement 28,7 % à Tel Aviv-Jaffa, 36,1 % à Jérusalem, où les résidents arabes de Jérusalem Est boycottent le vote, et 32,7 % à Haïfa.

Quelque 6,6 millions de citoyens et résidents israéliens âgés de plus de 17 ans sont appelés à voter aux élections municipales, afin d’élire des fonctionnaires qui siègeront dans les 251 conseils municipaux et régionaux du pays, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.

Peut-être plus que lors des scrutins précédents, et sans doute à cause des nombreuses alyah de France de ces dernières années, plusieurs partis politiques ont attiré des personnalités d’origine française sur leurs listes électorales, notamment à Tel Aviv et Jérusalem, afin de tenter d’obtenir les postes de maire ou de conseillers municipaux.

Si 2017 a été une année de retour à la normale avec 3 500 alyah de France, après 2016 (5 000 départs), 2015 a été une année historique pour l’immigration des Juifs français vers Israël. Avec près de 8 000 départs pour la « Terre promise », l’alyah de France avait enregistré son plus grand nombre de départs depuis la création de l’Etat d’Israël.

En 2016, le nombre était retombé à 5 000. Mais ce chiffre correspond en réalité peu ou prou aux nombres de départs de 2013 (3 400), tandis qu’en 2012 on enregistrait 1 920 départs.

Des Olim de France arrivant en Israël le mardi 18 juillet 2017 (Crédit : IFCJ)

Si les chiffres de 2018 ne sont pas encore connus, les 5 premiers mois de cette année dévoilent que 759 olim [nouveaux immigrants] ont émigré depuis la France, contre 958 à la même période un an plus tôt.

Avant d’évoquer les candidats, un mot d’explication est sans doute nécessaire pour expliquer le système électoral municipal israélien, qui diffère au moins sur un point important du système français.

Lors des municipales israéliennes, l’électeur vote séparément pour un maire (bulletin et enveloppe jaune), et pour une liste de conseillers municipaux (bulletin et enveloppe blanche).

Ainsi, le maire élu lors du premier scrutin ne choisit pas sa liste de conseillers municipaux. Il présente son programme aux listes pouvant constituer une coalition majoritaire, et celle-ci, si elle y adhère, deviendra le nouveau conseil municipal de la ville.

Un ultra-orthodoxe met son bulletin dans l’urne dans un bureau de vote durant les élections municipales israéliennes, le 22 octobre 2013 (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

Comme le nombre de conseillers est limité (selon la taille de la ville), tous les membres d’une liste faisant partie de la coalition ne pourront pas siéger au conseil municipal. Les premiers de la liste ont plus de chance d’y accéder que les candidats plus éloignés de la première place – comme c’est le cas pour les listes présentées à la Knesset lors des législatives.

Si aucun candidat à la mairie ne reçoit plus de 40 % des voix le 30 octobre, un deuxième tour de scrutin – opposant les deux candidats qui ont obtenu le plus grand nombre de voix – sera organisé le 13 novembre.

Pour la première fois dans l’histoire d’Israël, des élections municipales et régionales sont organisées le même jour. Autre grande première : quatre municipalités druzes organiseront des élections sur le plateau du Golan, pour la première fois depuis 1967.

Selon le ministère de l’Intérieur, dans 18 conseils municipaux et 11 conseils régionaux, le candidat à la mairie ne fait face à aucune opposition.

Le plus jeune candidat aux élections municipales est âgé de 26 ans – Ayoub Abu Kaf pour le conseil régional de al-Kasom dans le Néguev – et les plus âgés ont 82 ans (Efraim Feinblum, candidat à la mairie de Beer Sheva et Tzvi Gov Ari, candidat à la mairie de Yavne).

Les candidats hommes continuent d’être 10 fois plus nombreux que les femmes aux postes à responsabilité : 665 hommes se disputent le poste de maire, contre 58 femmes. De même, 119 hommes et 14 femmes se présentent à la présidence des conseils régionaux.

Cependant, 750 femmes de plus qu’en 2013 se sont portées candidates à d’autres sièges dans les conseils municipaux, a déclaré le ministère de l’Intérieur.

Selon Ofer Kenig, chercheur à l’Institut israélien pour la démocratie et maître de conférences au Collège universitaire d’Ashkelon, la plupart des 3 400 listes de partis politiques en lice dans tout le pays ne sont pas affiliées aux partis politiques au pouvoir en Israël. C’est une conséquence des réformes adoptées dans les années 1970 qui ont séparé les élections locales des élections nationales.

« C’est un problème, parce que si ce n’est pas une idéologie qui peut me dire pour qui voter, alors la situation devient vraiment confuse », dit Kenig. « Le citoyen moyen ne connaît pas vraiment les différences entre tous ces candidats, et toutes ces listes locales aux noms étranges, comme « Notre Haïfa », « Haïfa pour toujours », ‘Ensemble à Haïfa’. »

« Les listes locales peuvent souvent être très similaires, car la plupart des gens veulent les mêmes choses pour leur ville : des logements abordables, de meilleurs transports publics, de bonnes écoles et des espaces verts », a-t-il ajouté. « Les candidats à la mairie ont progressivement découvert qu’une affiliation partisane à l’un des partis au pouvoir en Israël peut être un handicap plutôt qu’un atout », a-t-il fait observer.

Beaucoup de gens considèrent que la politique nationale et certaines questions comme le processus de paix n’ont pas leur place dans les administrations locales, mais Kenig n’est pas d’accord. L’Institut israélien pour la démocratie tente d’encourager les grands partis politiques à s’impliquer davantage au niveau local.

« Cela améliorerait leur réactivité, parce qu’ils resteraient plus au contact du citoyen moyen », a-t-il dit. Cela aiderait également les électeurs à faire la distinction entre les candidats.

« Parfois, la seule façon de faire la différence entre les candidats est de savoir lequel est le moins corrompu », dit Kenig. « Et cela peut être très superficiel. »

(Pour savoir où se trouve son bureau de vote, le gouvernement dispose d’un site internet, en hébreu, arabe, anglais et russe, mais pas encore en français… Il est cependant facile d’usage, et ne demande que d’entrer que sa date de naissance et son numéro de carte d’identité. Service également disponible par téléphone: 1-800-222-290).

Les fondateurs de Aleinou, (de gauche à droite) : Yomtob Kalfon, Michael Wolf, Moria Hadad-Rodrig, Benjamin Fellous. (Crédit : Avishag Shear Yishuv)

« C’est sans doute la première fois qu’autant de francophones sont à des places éligibles sur des listes de partis politiques à des élections municipales, » affirme Yomtob Kalfon qui co-dirige Aleinou, une initiative originale visant à faire grossir la représentation politique française dans le paysage politique israélien.

Selon ses créateurs, Aleinou se bat sur trois fronts : placer des candidats francophones sur des listes politiques d’autres partis qui cherchent à capter une partie de l’électorat francophone; se présenter en tant que parti dans les villes assez francophones pour qu’il soit pertinent d’y présenter une liste, comme à Raanana qui compterait selon Kalfon entre 7 % et 10 % de francophones; ou parrainer un parti « ami » constitué d’olim.

Yomtob Kalfon explique : « Plusieurs listes existantes nous ont contactés dans les villes où nous nous présentons, et nous ont proposé de nous placer à des places éligibles ».

A lire : Aleinou : un pied français dans la politique israélienne

Aujourd’hui les candidats francophones seraient au moins une trentaine sur l’ensemble du pays, dont une petite dizaine à Tel Aviv.

Leurs programmes sont en général assez proches les uns des autres : obtenir une meilleure représentation des francophones au conseil municipal de leur ville pour intégrer les commissions « Alyah et intégration »; une meilleure assistance pour les démarches administratives; une aide accrue à l’emploi, au logement, pour l’éducation des enfants; un soutien social pour les familles en difficulté éducative ou financière.

On y trouve aussi généralement un renforcement de l’apprentissage de l’hébreu au-delà des 500 heures d’apprentissage offertes aux nouveaux migrants par l’Etat – à travers l’oulpan, outil indispensable de l’intégration.

La « ville blanche » est une des destinations privilégiées des olim de France. A titre d’exemple en 2015, selon l’association Alyah et meilleure intégration (AMI) sur les 1 138 nouveaux habitants étrangers que la ville a accueillis, 929 provenaient de l’Hexagone.

Cette immigration laisse ici et là les traces de sa présence comme en témoigne par exemple l’ouverture du centre Lev du rabbin Elie Lemmel qui mêle service religieux et aide à l’intégration, de plusieurs synagogues, de commerces, ou de médias locaux à destination des Français.

Dans certains quartiers (Bograshov, Neve Tsedek et quelques autres), le français est devenu une langue de plus en plus entendue en dehors même des mois de juillet et août, où la ville est alors littéralement livrée aux touristes français.

Pourtant, Israël ne fait à ce jour toujours pas partie de l’Organisation internationale de la Francophonie, – probablement en raison du refus du Liban.

Les candidats de Tel Aviv :

Parmi les candidats aux élections municipales de Tel Aviv, Mickaël Kabrit a la particularité de se présenter sous la double étiquette du parti sioniste-religieux HaBayit HaYehudi dirigé par Naftali Bennett et d’Aleinou.

Un autre projet original est en lice pour le conseil municipal de Tel Aviv : Olim Bayahad [les nouveaux immigrants ensemble], une liste composée uniquement d’olim, emmenée par Olivier Rafowicz, ancien colonel de réserve passé par l’Agence juive et le Fonds National Juif (KKL), conférencier et ancien porte-parole de Tsahal, dont il a gardé les opinions tranchées sur les questions de sécurité.

« Le but est de rassembler des olim de tous horizons pour devenir une force au conseil municipal de Tel Aviv », affirme Rafowicz. « La ville de Tel Aviv est très riche, elle possède un budget de 5 milliards de shekels. Mais c’est une ville où il y a aussi beaucoup de précarité chez les personne nées en Israël, et chez les olim, dont certains éprouvent des difficultés à différents niveaux. Le social est donc une vraie question ».

Le candidat milite aussi pour qu’un rabbin représentant les olim de France entre au conseil religieux de la ville.

Au sein de Olim Bayahad, un parti à part entière cependant affilié à Aleinou, se trouvent des candidats venus de Russie, de France, des États-Unis, de Belgique, d’Amérique du Sud, d’Allemagne, avec la même revendication de faire entendre la voix des Français au sein du conseil municipal de Tel Aviv, et de mettre en place une meilleure intégration des personnes qui ne sont pas nées en Israël.

La liste compte un nombre significatif de francophones dont Claude Brightman, qui préside le Campus Francophone du Collège Académique de Netanya, Edgar Cohen, médecin et directeur du Centre Médical de Neve Tsedek, Jacques Amoyal, entrepreneur, et Sandie Benhamou, femme d’affaires.

Un peu plus marquée religieusement, la liste Maaminim [Nous croyons], un amalgame de plusieurs partis religieux et traditionnels dont HaBayit HaYehudi, Yahad, YaHadout HaTorah et du parti du judaïsme de Boukhara mise sur Mickaël Bensoussan pour attirer les électeurs francophones de Tel Aviv.

Mickaël Bensoussan, bien qu’arrivé récemment en Israël, en 2016, se prévaut déjà d’une expérience au sein de différentes associations francophones présentes en Israël, et au-delà des revendications déjà exprimées par les autres candidats souhaite apporter une solution aux problèmes de propreté de la ville.

Le maire de Tel Aviv Ron Huldai (à gauche) et le président d’honneur du Giro D’Italia Big Start Israël, Sylvan Adams, lors de l’inauguration du vélodrome de Tel Aviv le 1er mai 2018. (Crédit : avec l’aimable autorisation de Guy Yehiel/Municipalité de Tel Aviv)

Issu du même groupe francophone, Jonathan-Simon Sellem est 16e de la liste Tel Aviv 1 de Ron Huldaï, 74 ans, ancien pilote de chasse et maire sortant issu de la coalition Tel Aviv 1, un parti créé sous les auspices du Parti travailliste dont Huldaï est issu.

Progressiste, croisant parfois le fer avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la régulation des loyers trop élevés, ou le respect de la minorité arabe, Ron Huldaï est le maire indéboulonnable de Tel Aviv depuis 1998.

Cependant, même en cas de victoire de Huldaï, cette 16e position accordée au candidat francophone lui donne peu de chance de faire partie de la coalition. Elle est avant tout symbolique. Selon Yomtob Kalfon, Ron Huldaï, lui aurait néanmoins promis un rôle de « conseiller aux questions francophones » en cas de victoire.

A Jérusalem :

Le Centre national des étudiants francophones (CNEF) travaille à l’intégration des jeunes olim de France (Crédit : Cnef)

Placés par Aleinu sur la liste Itorerut d’Ofer Berkovitz, on retrouve Dan Ilouz en 5e place et Sabrina Castro-Moise en 19e position.

Joel Burstin issu du même groupe est 4e de la liste de Moshe Lion, tout comme Sam Kadoch, directeur du Centre national des étudiants francophones (Cnef) et actif depuis longtemps sur les questions d’intégration des francophones, qui est présent à la 3e place – donc éligible – de la liste du HaBayit HaYehudi.

Hors Aleinou, on retrouve Jeremy Bendesson, 5e sur la liste Meouhadim d’Arie King, Shmuel Marciano 5e sur la liste de Shas, et Tamar Abessira 4e sur la liste de Zeev Elkin.

A Raanana

La liste Aleinou Raanana-Yahad, qui regroupe des olim de France et d’ailleurs est dirigée par Joseph Salama et Michael Wolf (l’un des fondateurs).

A Netanya

Dans la ville la plus française d’Israël, le candidat Yoni Chetboun a concentré une partie de sa stratégie sur la conquête de l’électorat français. Lui-même né de parents issus de l’immigration française, Chetboun a placé une candidate francophone, Liora Levy, 2e sur sa liste.

Liora Levy, numéro3 sur la liste de Yoni Chetboun, pour les élections municipales à Netanya. (Crédit : Yoni Chetboun/Facebook)

Par ailleurs, Aleinou a placé trois candidats sur la liste Netanya 1 de Miriam Fierberg : Avi Slama (5e) Raphael Amzallag, (11e) et David Allouche est (14e).

A Givat Shmuel :

Moria Hadad-Rodrig (Aleinu) est 4e de la liste du HaBayit HaYehudi.

A Bat Yam :

Placés par Aleinou, Odely Gonzales et Benjamin Fellous sont 6e et 12e de la liste Likud de Tsvika Brot.

A Ashdod :

Gaelle Elkeslassi-Assaraf est 6e (en rotation sur la 3e place) de la liste féministe des « Leviot ». Virginie Hamias et Nurith Rosenhaft sont respectivement 14e et 17e de cette liste, où trois élus ont promis de démissionner au bout de 18 mois afin de laisser le poste à l’une des 2 autres personnes placées à cette troisième place.

A la communauté de communes Mate Binyamin :

Laly Derai est tête de liste de la liste Aleinu de Eli.

A Hadera:

Yaacov Ben Guigui est placé 3e de la liste Shas de Boaz Bitton.

A Maale Adumim :

Nathan Ben Shushan (Aleinou) 3e de la liste HaBayit HaYehudi-Yahad.

Dans la communauté urbaine de Hof haCarmel :

Sandrine Dray, avocate et notaire à Haïfa est en 13e position sur la liste Leeman Atlit de Afif Azik. Elle explique « être engagée depuis de longues années dans les questions relatives à l’intégration des olim de France » et dans le tissu associatif local. Elle est l’auteure d’un livre intitulé Comment réussir son intégration en Israël.

A Haïfa :

Le parti HaBayit HaYehudi, dirigé localement par Yoav Ramati, candidat au poste de maire a intégré un candidat originaire de France, Moshé Tordjman, 38 ans, né à Lyon, docteur en physique et chercheur au Technion. Il est en 3e position sur la liste avec une rotation avec Rossite Cohen, issue du milieu juif traditionnel.

« C’est la première fois qu’il y a un représentant des francophones dans une liste électorale à Haïfa », affirme-t-il. Aujourd’hui le parti représente potentiellement à peu près 2,6 sièges en fonction du nombre de militants actuels. Avec le soutien des olim de France réunis, nous pourrions accéder à un 3e siège ».

Depuis quelques années, plusieurs groupes d’olim français se sont installés dans la capitale du nord d’Israël, via des programmes d’intégration menés par Shalom Wach. Ces dizaines de familles sont venues renforcer une communauté francophone déjà existante, notamment autour de l’institution Or Vishuah du rabbin Eliahou Zini, située à proximité du Technion.

Marissa Newman a contribué à cet article.

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