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Une tribune contre les aides indirectes au journal d’extrême droite Rivarol

Le journal et son directeur ont été condamnés une vingtaine de fois, en particulier pour provocation à la haine, contestation de crime contre l'humanité et injure raciste

Capture d’écran de la page YouTube du journal Rivarol.
Capture d’écran de la page YouTube du journal Rivarol.

Une trentaine d’historiens, d’universitaires et de personnalités, parmi lesquels Beate et Serge Klarsfeld, ont publié ce lundi une tribune dans Le Monde dénonçant le fait que le journal d’extrême droite Rivarol, raciste et antisémite (et condamné plusieurs fois pour ces faits), reçoive toujours des aides publiques indirectes.

Dans leur texte, ils déplorent ainsi que « tandis que la France se trouve pour six mois à la présidence du Conseil de l’Union européenne, avec par conséquent le regard de l’Europe braqué sur la France, notre pays continue de manière incompréhensible à accorder un financement public indirect à l’hebdomadaire le plus raciste, le plus antisémite et le plus négationniste qui soit, Rivarol ».

« Créé en 1951 par René Malliavin, Rivarol s’inscrit dans un courant ‘national-catholique’ qui cherche aussi bien à réhabiliter le régime de Vichy qu’à banaliser les crimes du IIIe Reich, ou à exhaler une certaine nostalgie de l’Algérie française. Véhiculant des idées racistes et antisémites, l’hebdomadaire promeut très tôt le négationnisme », rappellent-ils.

Le journal et son directeur de la publication, Jérôme Bourbon, ont été condamnés une vingtaine de fois, encore récemment, en particulier pour provocation à la haine, contestation de crime contre l’humanité et injure raciste.

« Or, malgré ces condamnations, Rivarol est distribué par les Messageries lyonnaises de presse (MLP) et bénéficie donc d’une large distribution sur notre territoire : en kiosque, dans les Relais H, à Carrefour, à Monoprix, ainsi qu’aux rayons ‘presse’ de certaines supérettes, alors même que la distribution de la presse imprimée en France est encadrée par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, qui inclut son article 24 bis contre le négationnisme. Condamné à plusieurs reprises pour ce motif, Rivarol devrait être exclu du catalogue des MLP », écrivent les rédacteurs de la tribune.

Ils regrettent également que la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) a renouvelé l’adhésion du journal en 2018, cela lui permettant d’obtenir des aides publiques indirectes.

Jérôme Bourbon. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Cela donne droit à la publication d’accéder aux avantages du régime économique de la presse, avec une TVA à taux réduit de 2,1 % (au lieu de 20 %), des tarifs postaux préférentiels et un accès aux aides à la presse.

Le journal bénéficie de ces aides car il « prétend appartenir à la catégorie ‘publications d’information politique et générale (IPG)’, qui ‘couvre en principe tout le champ de l’actualité’ pour autant que ces informations tendent à éclairer le jugement des citoyens », rappellent les rédacteurs.

« Or, Rivarol n’a jamais satisfait à de telles exigences ! », indiquent-ils. « La charte de la CPPAP, qui précise que ‘les publications négationnistes, incitant à la haine raciale, à la xénophobie’ ne sauraient être acceptées, contient heureusement l’obligation de refuser ou de retirer un de ses agréments en cas de non-respect des critères réglementaires. »

En novembre dernier, à l’Assemblée nationale, le député LRM Jean-Louis Touraine avait soumis à Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, une question écrite, mentionnant son incompréhension des aides attribuées à Rivarol. Aucune réponse n’a néanmoins été apportée par la ministre, et aucun changement n’a eu lieu.

Au même moment, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA), qui avait qualifié le journal de raciste, d’antisémite et de négationniste, avait elle aussi estimé que la publication ne satisfaisait pas aux conditions pour pouvoir obtenir ces aides et appelé la CPPAP à retirer l’agrément accordé à Rivarol.

Dans une vidéo l’automne dernier, Jérôme Bourbon avait alors estimé que « sur l’ensemble d’une année, [le retrait de cet agrément] ferait perdre près de 100 000 € au journal, ce qui n’est tout de même pas rien ». Il avait ainsi déclaré que ce serait « une volonté de nous tuer ».

Fin octobre, les activistes des Sleeping Giants, des anonymes qui luttent contre le financement par la publicité des médias ou émissions qu’ils estiment prôner la haine, avaient lancé une campagne destinée à interpeller la CPPAP au sujet de Rivarol. Estimant que ce dernier « n’est pas un journal mais un torchon antisémite », ils avaient appelé la CPPAP à ne plus lui allouer de subventions et d’avantages, y compris indirectement.

« Dans une démocratie comme la France, où l’antisémitisme et le négationnisme sont reconnus comme des délits, il n’est pas admissible que cette propagande entrave la mission de l’État et salisse le travail des historiens », concluent les rédacteurs dans leur tribune au Monde. « En niant les faits historiques, Rivarol fait le lit des génocidaires, insulte les rescapés, les familles des victimes et leur mémoire. Le travail éducatif qui incombe à l’État et aux historiens ne peut souffrir de laisser Rivarol diffuser ses appels à la haine. Il est grand temps que le président de la République, Emmanuel Macron, honore sa parole. Nous appelons donc la CPPAP à prendre ses responsabilités en réexaminant dans les meilleurs délais le certificat d’IPG et l’immatriculation de Rivarol. »

Outre Beate et Serge Klarsfeld, figurent par les signataires Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch ; Dominique Sopo, président de SOS Racisme ; Mario Stasi, président de la LICRA ; François Heilbronn, professeur associé à Sciences Po ; Valérie Igounet, historienne spécialiste du négationnisme et directrice adjointe de Conspiracy Watch ; ou encore Johann Chapoutot, professeur d’histoire contemporaine à Sorbonne Université. La liste complète est disponible sur le site du Monde.

François-Xavier Rochette, éditorialiste de Rivarol, a répondu à cette tribune dans l’édition papier du 9 mars de son journal.

« Non seulement Rivarol est sourcilleux quant au respect des lois même si naturellement il s’interroge parfois sur les conditions politiques, sociologiques de la naissance de certaines d’entre elles (et si le journal est quelques fois condamné au nom de certaines de ces lois, il purge sa peine. Aussi est-il scandaleux que des ennemis déclarés de Rivarol puissent l’essentialiser en le démonisant ainsi sur l’autel de l’antiracisme et de la lutte contre l’antisémitisme en se posant comme leurs gardiens auto-proclamés et en agissant comme les sbires d’intérêts spécifiques), mais aussi, mais surtout, le journal Rivarol couvre, sans aucune contestation possible ‘tout le champ de l’actualité’ », a-t-il écrit.

« Seuls des partisans, ennemis indéfectibles d’une presse qu’ils ne sauraient souffrir du fait de son anticonformisme et de sa liberté de ton, seuls des gens cultivant une animosité toute particulière envers une publication qu’ils ne lisent qu’en filigrane pour dénicher systématiquement les propos polémiques pour les mettre à son passif, peuvent écrire une chose pareille dans le but évident de nuire à des journalistes qui font consciencieusement leur travail : informer ! »

L’auteur a ainsi défini les rédacteurs de la tribune comme un « petit clan ne s’arrêtant pas à exiger de l’État qu’il foule aux pieds les lois en cours dans le but de ruiner Rivarol, puisqu’il fait également pression, par la grâce médiatique que lui accorde le journal vespéral, sur l’appareil logistique et commercial qui autorise la distribution de notre hebdomadaire ». Il juge leur comportement « intolérable et que l’on peut légitimement considérer comme du harcèlement moral exercé contre des professionnels et des employeurs et dont le métier ne peut en aucun cas se confondre avec celui de procureur ou de zélote fanatique ».

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