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Washington demande à Israël de publier ses conclusions sur les obsèques d’Abu Akleh

La police a déclaré l'enquête terminée, sans pour autant en publier les résultats ; aucun policier ne serait a priori sanctionné pour avoir pris d'assaut le cortège funéraire

Les violences entre policiers et Palestiniens pendant la procession funéraire de la journaliste Shireen Abu Akleh à Jérusalem, le 13 mai 2022. (Crédit :  AP Photo/Maya Levin)
Les violences entre policiers et Palestiniens pendant la procession funéraire de la journaliste Shireen Abu Akleh à Jérusalem, le 13 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Levin)

Les États-Unis ont demandé jeudi à Israël de rendre publiques les conclusions de l’enquête interne de la police sur les violences survenues lors des obsèques de la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, qui était citoyenne américaine.

La police israélienne a déclaré mercredi avoir terminé son enquête sur les violences commises lors des funérailles, sans pour autant en dévoiler les conclusions. Les médias israéliens ont indiqué jeudi qu’aucun officier ne ferait a priori l’objet d’une procédure disciplinaire pour sa participation à l’incident.

La police avait lancé cette enquête à la suite du tollé international provoqué par l’attaque des porteurs de cercueil par la police, certains à coups de matraque. Le cercueil avait alors échappé de peu à la chute..

Des milliers de personnes avaient assisté à la cérémonie à Jérusalem-Est, et des images des échauffourées avaient été diffusées en direct à la télévision. Les autorités israéliennes avaient accusé les manifestants palestiniens d’être à l’origine de ces scènes regrettables.

Abu Akleh a été tuée, le mois dernier, lors d’affrontements entre l’armée israélienne et des hommes armés palestiniens alors qu’elle couvrait une opération de l’armée israélienne à Jénine, en Cisjordanie. Selon une enquête palestinienne, c’est une balle israélienne qui l’aurait touchée. Israël affirme ne pas pouvoir statuer sans avoir examiné la balle, que l’Autorité palestinienne refuse de lui remettre pour analyses.

Abu Akleh possédait également la citoyenneté américaine et le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a émis des critiques sur l’attitude de la police israélienne lors des funérailles.

Le porte-parole du département d’État, Ned Price, a déclaré jeudi que les États-Unis souhaitaient obtenir davantage d’informations sur l’enquête.

« Il est logique, pour nous, que ces enquêtes – et leurs conclusions – soient rendues publiques », a déclaré M. Price aux journalistes à Washington. Il a réaffirmé que les États-Unis estimaient que les funérailles avaient donné lieu à des « intrusions inquiétantes dans ce qui aurait dû être une procession pacifique ».

Des personnes en deuil portent le cercueil de Shireen Abu Akleh, journaliste chevronnée d’Al Jazeera, lors de son enterrement au cimetière du Mont Sion, à l’extérieur de la Vieille Ville de Jérusalem, le 13 mai 2022. (Crédit: Hazem Bader / AFP)

Les médias israéliens ont dans l’ensemble indiqué que les policiers ne devraient pas être gravement sanctionnés pour leur conduite lors des funérailles. S’agissant des conclusions générales de l’enquête, les informations étaient plus disparates, et parfois contradictoires.

Selon la Douzième chaîne, l’enquête avait vocation à aider la police à tirer les conclusions et enseignements de l’incident, non à infliger des punitions. Toujours selon elle, la police aurait concédé que les agents n’auraient pas dû utiliser de matraques, tout en approuvant leur décision de pénétrer dans l’enceinte de l’hôpital.

Selon Haaretz, l’enquête interne aurait révélé l’existence de fautes commises par des officiers, au premier chef desquelles l’utilisation de matraques. Le radiodiffuseur public Kan, affirme pour sa part, que la police estimait l’utilisation des matraques justifiée.

La Douzième chaîne a rapporté jeudi qu’un proche d’Abu Akleh avait informé la police de problèmes lors des obsèques et demandé de l’aide. Le proche parent de la journaliste aurait déclaré à la police que des extrémistes s’étaient emparé du cercueil à l’hôpital, contre la volonté de la famille. Il aurait demandé à la police d’intervenir immédiatement, ce qui aurait donné lieu à l’intervention contre les porteurs de cercueil.

Shireen Abu Akleh, 51 ans, ex-journaliste d’Al Jazeera, tuée par balle lors d’une operation israélienne à Jénine le mercredi 11 mai 2022 (Crédit : Autorisation)

La famille nie cette version des faits et Anton, le frère d’Abu Akleh, a d’emblée rejeté le principe d’une enquête de la police.

« Nous nous moquons bien de ce que peut dire ou faire Israël : les images sont claires. La police est l’agresseur », a-t-il déclaré à l’AFP. « Ils cherchent à couvrir leurs actions et leurs erreurs ».

Jeudi, la chaîne d’information Al Jazeera, pour laquelle travaillait Abu Akleh, a publié une photo montrant ce qu’elle présente comme la balle qui a causé sa mort. Il s’agit de la première image publique de la balle, au cœur de la controverse.

La photo n’a permis de recueillir que peu d’informations, ce type de balle semblant etre couramment utilisé à la fois par l’armée israélienne et les groupes terroristes palestiniens.

La police a déclaré mercredi qu’elle ne publierait pas les conclusions de son enquête, précisant dans un communiqué les avoir remises au commandant en chef de la police, Kobi Shabtai ainsi qu’au ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev. Shabtai a rapidement fait une déclaration dans laquelle il semble reconnaître certaines fautes de la part des policiers.

« Le cortège funéraire de la journaliste Shireen Abu Akleh était un événement complexe. Il est impossible de rester indifférent à certaines scènes, difficiles », a-t-il déclaré dans une déclaration publiée à l’occasion de la remise des conclusions de l’enquête interne. Il a ajouté que l’incident devait faire l’objet d’un examen approprié, « afin que des événements délicats ne risquent plus, à l’avenir, d’être violemment perturbés par des émeutiers », façon de désigner les participants aux funérailles comme les responsables des scènes violentes qui ont émaillé les obsèques.

« Sous ma direction, la police a examiné la conduite des agents de terrain, afin d’en tirer les enseignements et d’améliorer la conduite opérationnelle lors de futurs incidents », a-t-il déclaré, réitérant sa confiance aux agents placés sous son commandement « pour faire leur travail correctement, au service de la sécurité de la population. »

La police est sous l’œil de la critique dans le monde entier depuis les heurts qui ont émaillé les funérailles, le 13 mai.

Shabtai avait lancé l’enquête interne dès le lendemain.

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