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La police ne rendra pas publiques ses conclusions sur les funérailles d’Abu Akleh

Le chef de la police admet que l'on ne peut pas "rester indifférent" face à l'intervention brutale de la police, mais reproche aux "émeutiers" d'avoir perturbé le cortège

La police israélienne affrontant des personnes en deuil alors qu'elles portent le cercueil de la journaliste d'Al Jazeera tuée, Shireen Abu Akleh, lors de ses funérailles à Jérusalem-Est, le 13 mai 2022.(Crédit: AP Photo/Maya Levin)
La police israélienne affrontant des personnes en deuil alors qu'elles portent le cercueil de la journaliste d'Al Jazeera tuée, Shireen Abu Akleh, lors de ses funérailles à Jérusalem-Est, le 13 mai 2022.(Crédit: AP Photo/Maya Levin)

Mercredi, la police israélienne a refusé de rendre publiques les conclusions d’une enquête interne sur la conduite de ses agents lors du cortège funèbre de la journaliste d’Al Jazeera assassinée, Shireen Abu Akleh, au cours duquel la police israélienne a utilisé la force contre les Palestiniens qui portaient le cercueil de la journaliste, aux abords de l’hôpital de Jérusalem, manquant de le faire tomber.

Au lieu de cela, les responsables des forces de l’ordre se sont contentés d’une déclaration annonçant que les conclusions avaient été remises au chef de la police, Kobi Shabtai et au ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev, ainsi qu’une déclaration correspondante dans laquelle le Shabtai semblait reconnaître certains méfaits de la part des agents.

« Le cortège funéraire de la journaliste Shireen Abu Akleh était un événement complexe. Il est impossible de rester indifférent face à l’intervention brutale de la police », a affirmé Shabtai dans une déclaration publiée lors de la remise des conclusions de l’enquête interne lancée par la police sur la conduite des agents lors des funérailles.

Shabtai a déclaré que l’incident devait faire l’objet d’un examen approfondi, « afin que de [futurs] événements sensibles tels que ceux-ci ne soient pas, à l’avenir, perturbés par de violents émeutiers ». Ceci a semblé être une tentative apparente de désigner les participants aux funérailles comme les responsables de la réaction de la police et des scènes violentes qui se sont déroulées.

« Sous mes ordres, la police a examiné la conduite des agents sur le terrain, dans le but de tirer des leçons et d’améliorer la conduite opérationnelle lors de futurs incidents similaires », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il continue à faire confiance aux agents sous son commandement « pour faire leur travail afin d’assurer la sécurité de l’ensemble du public. »

À la question de savoir pourquoi il n’y avait aucune mention des conclusions de l’enquête, une source policière a déclaré à Ynet : « Ce sera tout pour le moment. »

La source a déclaré que l’enquête s’était bien déroulée et qu’aucun agent ne serait réprimandé.

La déclaration de la police a été publiée mercredi à 21h30, indiquant apparemment la volonté des responsables de l’application de la loi de ne pas attirer l’attention sur cette affaire.

La police a fait l’objet d’un examen approfondi et de critiques internationales concernant le comportement violent des agents lors des funérailles du 13 mai, au cours desquelles des agents ont pénétré dans l’hôpital Saint-Joseph, matraques à la main. Shabtai a ouvert une enquête interne le jour suivant.

Shireen Abu Akleh en reportage en Cisjordanie pour Al Jazeera dans un clip non daté (Crédit: capture d’écran Al Jazeera).

Selon un reportage de la Treizième chaîne du mois de mai, le rapport interne de la police a conclu que l’usage de la force – y compris des grenades assourdissantes – aurait pu être évité.

Le rapport a indiqué que l’enquête a également révélé que la police avait reçu des renseignements : des milliers de manifestants pouvaient potentiellement tenter d’atteindre la rue Haim Bar-Lev à Jérusalem, dans le but de troubler l’ordre public et d’essayer de blesser des passants juifs.

La police a déclaré qu’il était donc nécessaire d’empêcher la foule d’atteindre la rue, raison pour laquelle le cercueil a été transporté par un corbillard jusqu’à la porte de Jaffa, dans la Vieille Ville de Jérusalem.

Abu Akleh, une Américaine d’origine palestinienne et journaliste chevronnée depuis 25 ans de la chaîne satellitaire Al Jazeera, a été tuée le 11 mai lors d’affrontements entre les troupes israéliennes et des hommes armés palestiniens alors qu’elle couvrait un raid militaire israélien dans le camp de réfugiés de Jénine, en Cisjordanie. L’AP a accusé Tsahal de l’avoir délibérément prise pour cible, tandis qu’Israël a déclaré qu’il n’existait pas encore de preuves concluantes permettant de déterminer si elle avait été abattue par des soldats de Tsahal ou par des tireurs palestiniens.

Les responsables israéliens ont répété à plusieurs reprises que seule une analyse balistique de la balle – qui est détenue par l’AP – et des armes des soldats pouvait déterminer qui des deux avait tiré le coup fatal.

L’Autorité palestinienne a refusé de remettre la balle, affirmant qu’elle ne faisait pas confiance à Israël et rappelant les précédents cas de meurtres commis par des soldats qui n’ont été que peu ou pas punis.

Des scènes montrant la police israélienne en train d’utiliser la force contre les Palestiniens qui portaient le cercueil de la journaliste, aux abords de l’hôpital de Jérusalem où se trouvait son corps, manquant de le faire tomber, ont été largement condamnées.

Le chef de la police, Kobi Shabtai, assiste à une cérémonie en l’honneur des forces de l’ordre israéliennes, à la Knesset à Jérusalem, le 17 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Certains de ces clips vidéo – dont des images de sécurité de l’intérieur de l’hôpital Saint-Joseph – ont été présentés par des dirigeants chrétiens locaux lors d’une conférence de presse au cours de laquelle ils ont critiqué la conduite de la police pendant les funérailles d’Abu Akleh.

Le service d’urgence du Croissant-Rouge palestinien a indiqué que ses secouristes avaient soigné 33 Palestiniens blessés lors des funérailles, dont six qui ont été hospitalisés.

Selon les premiers comptes rendus de l’événement, la police avait prévu que le cortège funéraire commence à la porte de Jaffa, mais un groupe de Palestiniens à l’hôpital a saisi le cercueil d’Abu Akleh pour tenter d’entamer une marche impromptue.

Après une brève impasse, les policiers se sont rués sur la foule, frappant les personnes en deuil et tirant des grenades paralysantes dans la foule.

Des policiers israéliens à l’entrée de l’hôpital d’où est parti le cortège funèbre de la journaliste d’Al Jazeera Shirin Abu Akleh, à l’hôpital Saint-Joseph de Jérusalem, le 16 mai 2022. (Crédit : Capture d’écran/Twitter)

Lors de déclarations officielles, la police a ensuite déclaré qu’il avait fallu neutraliser « 300 émeutiers » qui s’étaient violemment saisis du cercueil contre la volonté de la famille, et avait l’intention de marcher avec de l’hôpital à la porte de Jaffa, en violation de l’accord que la police avait conclu avec la famille. Anton Abu Akleh, le frère aîné de Shireen, a déclaré au Times of Israel ne jamais avoir consenti aux conditions établies par la police. La famille et les personnes en deuil avaient espéré organiser une « procession sans heurts » mais ils ont été « bombardés » par les policiers à la sortie de l’hôpital, a-t-il expliqué.

Le corps d’Abu Akleh a finalement été conduit en camionnette de l’hôpital, escorté par la police, jusqu’à l’église grecque melkite près de la porte de Jaffa, et de là, en procession à pied pour être enterré dans un cimetière du mont Sion. Les officiers ont arraché les drapeaux palestiniens de la camionnette avant de l’escorter jusqu’à l’église.

« Si vous n’arrêtez pas ces chants nationalistes, nous devrons vous disperser en utilisant la force et nous empêcherons les funérailles d’avoir lieu », a déclaré dans une mégaphone un policier israélien en direction de la foule, selon une vidéo diffusée par la police.

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