Washington envisage de forcer Amman à extrader une terroriste palestinienne
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Washington envisage de forcer Amman à extrader une terroriste palestinienne

Suite à la lutte de la famille de la jeune israélo-américaine tuée dans l'attentat de Sbarro en 2001, l'administration Trump dit "explorer toutes options" pour juger Ahlam Tamimi

Réaction d'Ahlam Tamimi lorsqu'elle apprend que huit enfants ont été tués dans l'attentat de Sbarro de 2001 qu'elle a orchestré. (Capture d'écran)
Réaction d'Ahlam Tamimi lorsqu'elle apprend que huit enfants ont été tués dans l'attentat de Sbarro de 2001 qu'elle a orchestré. (Capture d'écran)

Les États-Unis envisagent de refuser leur aide à l’un de leurs plus proches partenaires arabes, la Jordanie, afin d’obtenir l’extradition d’une femme condamnée en Israël pour un attentat terroriste de 2001 qui a tué 15 personnes, dont deux citoyens américains.

La famille d’une de ces citoyennes américaines, Malki Roth, 15 ans, a mené une campagne pour extrader la terroriste vers les États-Unis, après son incarcération par Israël, puis sa libération.

L’administration Trump affirme qu’elle examine « toutes les options » pour pousser la Jordanie à extrader Ahlam Aref Ahmad Al-Tamimi, qui est recherchée par les États-Unis pour avoir conspiré en vue d’utiliser une arme de destruction massive contre des ressortissants américains. L’accusation a été déposée sous scellés en 2013 et annoncée par le ministère de la Justice quatre ans plus tard.

La question de l’extradition sera probablement soulevée cette semaine lorsque le roi Abdallah II de Jordanie s’adressera à plusieurs commissions du Congrès pour exprimer son opposition aux projets d’annexion de certaines parties de la Cisjordanie par Israël.

Tamimi figure sur la liste des « terroristes les plus recherchés » du FBI pour son rôle dans le convoyage du kamikaze de Ramallah à la pizzeria bondée de Jérusalem où il a frappé. Ce fut l’un des attentats les plus meurtriers de la seconde Intifada palestinienne. Elle n’a exprimé aucun remord et on l’a vue se réjouir d’avoir réussi à tuer des enfants israéliens.

Elle vit librement en Jordanie depuis qu’Israël l’a libérée dans le cadre d’un échange de prisonniers avec le groupe terroriste Hamas en 2011. Elle a alors été libérée, ainsi que plus d’un millier d’autres condamnés pour terrorisme, en échange du soldat de Tsahal Gilad Shalit, détenu par le Hamas. Les autorités jordaniennes ont rejeté les demandes américaines de la livrer, malgré un traité d’extradition. La Jordanie compte une très  importante population palestinienne et il n’est pas certain qu’une menace sur l’aide l’amènerait à revoir sa position.

Le roi jordanien Abdallah II, (à gauche), et la First lady américaine Melania Trump, (à droite), écoutent le président américain Donald Trump faire une déclaration à la presse avant une réunion dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 25 juin 2018 à Washington. (Crédit : AFP/Brendan Smialowski)

En prévision des interventions vidéo du roi Abdallah II au Congrès, prévues pour mercredi avec les commissions des relations étrangères du Sénat et des affaires étrangères de la Chambre des représentants, le Département d’État a déclaré que des milliards de dollars d’aide étrangère à la Jordanie pourraient servir de levier pour amener les autorités jordaniennes à extrader Tamimi.

La menace est venue des réponses écrites soumises par le candidat de l’administration à la fonction d’ambassadeur en Jordanie, Henry Wooster, à la commission sénatoriale des relations étrangères en réponse aux questions posées par le sénateur Ted Cruz, un républicain du Texas.

« Les États-Unis ont de multiples options et différents types de moyens de pression pour obtenir l’extradition d’Ahlam Aref Ahmad Al-Tamimi », a écrit Wooster. « Nous continuerons à dialoguer avec les responsables jordaniens à tous les niveaux, non seulement sur cette question, mais aussi plus largement sur le traité d’extradition. La générosité des États-Unis envers la Jordanie en matière de financement militaire étranger ainsi que de soutien économique et d’autres formes d’assistance est soigneusement calibrée pour protéger et promouvoir l’ensemble des intérêts américains en Jordanie et dans la région ».

À la question de savoir si l’aide à la Jordanie ferait partie de ce levier dans l’affaire Tamimi, M. Wooster a répondu : « Si cela est confirmé, j’explorerais toutes les options pour traduire Ahlam Aref Ahmad Al-Tamimi en justice, obtenir son extradition et aborder les questions plus générales liées au traité d’extradition ». Les réponses de Wooster aux questions ont été obtenues par The Associated Press.

La référence à l’aide dans la réponse de Wooster était inhabituelle. Auparavant, l’administration Trump, et l’administration Obama avant elle, avaient adopté une approche discrète à l’égard de Tamimi, l’évoquant dans des conversations privées avec des responsables jordaniens, mais se gardant bien d’engager un combat public avec un des rares pays arabes qui reconnaît Israël et qui a été une source fiable d’informations de renseignement sur la région, y compris sur la Syrie voisine.

Ahlam Tamimi sur la liste des personnes les plus recherchées par le FBI. (Autorisation)

Les États-Unis sont depuis longtemps un important fournisseur d’aide à la Jordanie. Début 2018, l’administration Trump a signé avec la Jordanie un accord d’aide de 6,4 milliards de dollars sur cinq ans, qui a permis d’augmenter le montant annuel de l’aide de 275 millions de dollars pour le porter à 1,3 milliard de dollars. Cette impulsion « met en évidence le rôle central que joue la Jordanie en contribuant à favoriser et à préserver la stabilité régionale et soutient les objectifs des États-Unis tels que la campagne mondiale pour vaincre l’Etat islamique, la coopération antiterroriste et le développement économique », avait alors déclaré le Département d’État.

Tamimi a été arrêtée par Israël quelques semaines après l’attentat et condamnée à 16 peines de prison à vie, mais elle a été libérée dans le cadre de l’échange de prisonniers entre Israël et le Hamas en 2011 et a déménagé en Jordanie. Elle a fait de fréquentes apparitions dans les médias, n’exprimant aucun remord pour l’attentat et se disant satisfaite du nombre élevé de morts.

Parmi les victimes de l’attaque se trouvait Malki Roth, une jeune fille israélo-américaine de 15 ans, dont le père, Arnold Roth, a mené une campagne pour obtenir l’extradition de Tamimi.

Malki Roth (Avec l’aimable autorisation de la famille Roth)

Dans une interview accordée lundi, M. Roth a déclaré que ses tentatives de parler aux responsables jordaniens, y compris une lettre envoyée à l’ambassadeur à Washington l’année dernière, ont été ignorées. « Les Jordaniens ont été extrêmement désagréables et peu coopératifs dans tous les domaines où nous avons essayé de les approcher », a-t-il déclaré.

M. Roth a déclaré qu’il avait commencé à faire des progrès auprès des membres du Congrès américain, citant une lettre du 30 avril signée par sept députés républicains à l’ambassadeur de Jordanie demandant l’extradition de Tamimi.

Arnold Roth participant à une réunion de la commission de surveillance du Congrès américain à Washington en 2016. (Avec l’aimable autorisation de la famille Roth)

« Ma femme et moi, nous nous battons depuis février 2012 pour que les États-Unis inculpent, extradent et poursuivent cette horrible fugitive qui se vante d’avoir assassiné tant d’enfants », a-t-il déclaré.

L’explosion du restaurant Sbarro, dans le centre de Jérusalem, a eu lieu dans l’après-midi du 9 août 2001. Le terroriste a déclenché des explosifs cachés dans un étui de guitare rempli de clous. Parmi les personnes tuées, sept avaient entre 2 et 16 ans, et plusieurs ont été blessées.

Tamimi, une terroriste du Hamas qui a choisi la cible et y a conduit le terroriste, a déclaré dans une interview accordée à l’AP en 2017 que les Palestiniens ont le droit de résister à la domination israélienne par tous les moyens, y compris en prenant délibérément pour cible des civils et des enfants innocents.

En 2017, la Haute Cour de Jordanie a statué qu’elle ne pouvait pas être extradée vers les États-Unis, déclarant que le traité d’extradition de 1995 n’avait pas été ratifié. Elle a également affirmé que les États-Unis n’avaient pas le droit de l’inculper car elle avait déjà été jugée et condamnée en Israël.

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