‘Wonder Woman’ présente la meilleure exportation israélienne depuis Waze
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Critique

‘Wonder Woman’ présente la meilleure exportation israélienne depuis Waze

Dans un film doté de visuels éblouissants et de séquences d'action bien conçues, la performance toute en nuances de Gal Gadot en dit long

Capture d'écran de Gal Gadot dans  'Wonder Woman', adaptation du DC Comics, qui sortira le 1er juin en Israël  (Autorisation :  'Wonder Woman')
Capture d'écran de Gal Gadot dans 'Wonder Woman', adaptation du DC Comics, qui sortira le 1er juin en Israël (Autorisation : 'Wonder Woman')

Voilà quelque chose qui semble manifeste mais vous n’en prendrez pas conscience avant de l’avoir vu : C’est extrêmement gratifiant de voir une femme israélienne en mettre une sévère aux soldats allemands.

Maintenant, les méchants dans l’adaptation cinématographique très attendue de « Wonder Woman », héroïne de l’univers du DC Comics, ne sont pas exactement ces soldats allemands-là. Le film se déroule pendant la Première guerre mondiale. Et ce n’est pas vraiment une femme israélienne. Gal Gadot, la meilleure exportation de l’état juif depuis Waze, peut bien interpréter le rôle titre, mais Diana Prince est purement une demi-déesse issue de l’île mythique de Themyscira, uniquement habitée par des femmes.

Et pourtant, son accent (elle parle anglais majoritairement mais aussi un peu le français, le chinois et le sumérien ancien) est sans aucun doute celui de Sabra, et les actrices qui jouent ses compatriotes (Robin Wright, Connie Nielson, et de nombreuses autres d’origines diverses extrêmement musclées et aux talents remarquables à l’arbalète) ont inversé la conception de leur jeu pour avoir le même rythme. On ne peut pas le nier : La super-héroïne amazone incarne diablement l’Elue.

Racontons brièvement l’histoire. Si vous vous souvenez du navet intitulé « Batman V Superman: L’Aube de la justice », Bruce Wayne – interprété par Ben Affleck – découvrait la photographie d’une femme mystérieuse qui résistait à son charme (et qui, plus tard, devait se montrer pour rejoindre la lutte contre la bête monstrueuse en images de synthèse, avec des trilles de guitares électriques sur la bande-son). La photo « originale » était envoyée à Diana (qui travaillait au Louvre ?), ce qui devait amener la jeune femme à réfléchir.

Nous voyons donc sa jeunesse à Themyscira, île éblouissante et paradisiaque avec des cascades, des prairies verdoyantes, des portiques grecs et – on n’en doute pas – une note qui doit être plutôt appréciable chez TripAdvisor.

Là, les femmes passent leurs journées à cheval, tirant des flèches, se préparant à… Eh bien, à quelque chose. Très franchement, les premières scènes du film sont véritablement poussives, une exposition d’images ennuyeuses, et avec tant de belles femmes combattantes en joute avec de sublimes danseuses étoiles, j’ai assez vite réalisé que toute l’énergie mentale dépensée pour ce dialogue de sourds pourrait bien détourner l’attention de l’attrait visuel remarquable du film.

Finalement, je suis content de mon choix. Le point crucial là-dedans, c’est que Diana est « spéciale » (ils le sont tous dans ce genre de film) et que seule elle est en mesure de détruire Arès, le Dieu de la guerre, qui continue à captiver l’esprit des hommes et à empêcher la paix et l’harmonie de s’installer.

Le monde de Diana est pénétré par un avion tombé du ciel. Et c’est celui du très beau Steve Trevor (Chris Pine), un espion américain travaillant pour les Britanniques. Elle accepte de le ramener à la guerre (et dans « notre » réalité) s’il lui montre la direction du front. Elle est convaincue qu’elle y trouvera Arès, qui a probablement pris les traits d’un général allemand joué par Danny Huston, travaillant de mèche avec une experte en armes chimiques dépravée interprétée par Elena Anaya. (Le docteur Poison pour vous, les puristes des Comics).

Gal Gadot en Wonder Woman, aux côtés de Batman, joué par Ben Affleck (à droite) et Henry Cavill incarnant Superman (à gauche) (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Gal Gadot en Wonder Woman, aux côtés de Batman, joué par Ben Affleck (à droite) et Henry Cavill incarnant Superman (à gauche) (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Ok, vous avez tous suivi ? Extra, parce que c’est là que ça commence à être drôle. Une fois Diana arrivée dans le Londres de l’époque de la Première guerre mondiale, la comédie décalée peut commencer ainsi que l’histoire d’amour naïve que notre héroïne vit avec Trevor.

Gadot est merveilleuse quand elle se livre à son baratin innocent, les yeux écarquillés, et, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, elle est absolument sublime. Même si le film manque rarement une occasion de promouvoir un aspect du pouvoir des femmes, il y aura aussi un amusant montage de costumes. Elle est superbe en jupons, en chapeau melon, avec des lunettes. Et elle est diaboliquement belle dans l’armure qui caractérise le personnage de Wonder Woman.

Les scènes d’action sont remarquables (Elle soulève un tank à mains nues !) même si elles sont absurdes (personne ne semble surpris du tout par ses pouvoirs). Ces séquences – qu’un grand nombre d’étudiants en théâtre auraient du mal à qualifier de grand jeu – sont de ces moments extraordinaires qui créent des stars de cinéma.

La réalisatrice Patti Jenkins utilise un grand nombre de plans serrés, et les plans sur les réactions de Gadot sont palpitants, drôles, pleins d’émotion et sexy. Ce n’est pas surprenant de penser que Gal Gadot aurait fait une comédienne de film muet exemplaire. Elle obtient davantage grâce à un sourcil légèrement relevé que d’autres acteurs après un monologue sincère.

Capture d'écran de Gal Gadot, dans les airs, dans une scène de combat apparaissant dans un triler de 'Wonder Woman' produit par la Warner Bros. (Capture d'écran : YouTube)
Capture d’écran de Gal Gadot, dans les airs, dans une scène de combat apparaissant dans un triler de ‘Wonder Woman’ produit par la Warner Bros. (Capture d’écran : YouTube)

Pour être franc, lorsque le film exige qu’elle endosse le costume de la vraie comédienne (comme c’est le cas lors d’une faible voix-off à la fin du film), on va dire que ce ne sont pas les plus belles heures de Madame Gadot. Son travail le plus notable au cinéma s’est limité à la catégorie des films d’action et d’aventures jusqu’à présent et je ne pense pas qu’elle interprétera « Mademoiselle Julie » dans un futur proche. Toutefois, il y a une scène où elle hurle dans une salle remplie de généraux, et ce moment-là est réellement fantastique.

Dans cette séquence, Diana (qui découvre la modernité) est choquée de voir comment des officiers de haut-rang utilisent leurs soldats comme des pions et elle leur renvoie son mépris en termes d’éthique. Ce n’est pas vraiment de la grande philosophie, mais cela ressemble assez à cette mère juive qui hurle : « Mais tu te prends pour qui ? » J’ai trouvé cela aussi excitant que les jeux d’épée, les sauts défiant la loi de la gravité et les rochers fracassés.

Gadot, 32 ans, dans une scène de 'Wonder Woman.' (Crédit : Alex Bailey/DC Comics, via JTA)
Gadot, 32 ans, dans une scène de ‘Wonder Woman.’ (Crédit : Alex Bailey/DC Comics, via JTA)

La question dont vous cherchez tous la réponse : A quel point ce film ‘Wonder Woman’ est-il Juif ? Eh bien, si Diana a une doctrine conductrice, c’est bien celle du tikkun olam.

Elle quitte son île pour tuer Arès et amène un peu de la ‘Pax Themyscirienne’ au monde.

Sa mère, inquiète, ne veut pas qu’elle parte avec Steve Trevor : « Ils ne méritent pas notre aide », dit-elle, mais sa Tante (et d’autres dans le Sénat) reconnaissent que, alors que le monde est sur le point d’exploser, le moment est venu de tendre la main. D’être « une lumière dans les nations », si vous voulez.

Seule l’Elue (Diana) peut vaincre Arès, ou tout du moins le tenir à l’écart un petit moment, et aussi espérer que l’humanité peut encore évoluer. « Les Allemands seront à nouveau des hommes bons », promet Diana, « libérés de l’influence d’Arès ».

Elle tape fort, là, et esquive très certainement le sujet inquiétant d’une seconde guerre instiguée par les Allemands. Mais au-delà de ça, c’est un film de super-héroïne très propulsif et drôle.

La bagarre qui termine le film dure vraiment trop longtemps (beaucoup d’éclairs dans toutes les directions) mais tous ces films ont ce problème.

Ce qui est remarquable ici, c’est qu’il n’y a que des femmes au premier plan. Steve Trevor, pourtant un héros, reste vraiment en retrait, et cela – en soi – mérite des éloges. Que ce soit la mère israélienne de deux enfants qui se trouve sur le devant de ce qui promet d’être un succès international et une source d’inspiration pour de nombreux jeunes n’est pas mal non plus.

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