Yad Vashem : La loi risque de « fausser sérieusement » la complicité polonaise
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Yad Vashem : La loi risque de « fausser sérieusement » la complicité polonaise

Le mémorial de la Shoah dit qu'une nouvelle loi polonaise pourrait bien "brouiller les vérités historiques" sur l'aide que les Allemands ont reçue des Polonais

L'entrée du camp d'extermination nazi d'Auschwitz-Birkenau avec le tristement célèbre mot d'ordre "Arbeit macht frei" (Le travail libère). (Crédit : Joël Saget/AFP)
L'entrée du camp d'extermination nazi d'Auschwitz-Birkenau avec le tristement célèbre mot d'ordre "Arbeit macht frei" (Le travail libère). (Crédit : Joël Saget/AFP)

Dans un contexte d’escalade des tensions entre Israël et la Pologne concernant un nouveau projet de loi adopté à la chambre basse du Parlement polonais qui rendrait illégale toute incrimination des Polonais dans les crimes de la Shoah, le centre du mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem a estimé que « tandis que le terme ‘camps de la mort polonais’ est une déformation de l’Histoire », le centre s’oppose à cette législation.

Ce nouveau projet de loi ferait encourir trois ans de prison ou une amende aux individus ou aux organisations utilisant des phrases comme « camps de la mort polonais » pour se référer aux sites d’extermination que l’Allemagne nazie avait installés dans la Pologne occupée pendant la guerre.

Tandis que le projet de loi est partiellement une réponse à des cas, ces dernières années, où les médias étrangers ont utilisé l’expression « camps de la mort polonais » pour qualifier Auschwitz et d’autres camps dirigés par les nazis, ses dispositions vont bien au-delà de la simple utilisation de cette phrase. Elle s’appliquerait aux Polonais et aux étrangers, notamment aux survivants de l’Holocauste.

Yad Vashem a fait savoir dans un communiqué « s’opposer à la nouvelle législation adoptée par le Parlement polonais qui est susceptible de brouiller les vérités historiques concernant l’assistance reçue par les Allemands de la part de la population polonaise durant l’Holocauste. »

« Il n’y a aucun doute sur le fait que ‘camps de la mort polonais’ est une déformation de l’histoire : Les camps d’extermination ont été établis dans la Pologne occupée par les nazis dans le but d’assassiner le peuple juif dans le cadre de ‘la solution finale’, a-t-il noté.

« Toutefois, les restrictions sur les déclarations des spécialistes et d’autres concernant la complicité directe ou indirecte du peuple polonais avec les crimes commis sur leurs terres durant l’Holocauste sont une distorsion sérieuse », a indiqué Yad Vashem, ajoutant que l’institution continuera à soutenir les recherches « qui ont pour objectif d’exposer la réalité complexe concernant l’attitude de la population polonaise envers les Juifs pendant l’Holocauste ».

Dans la matinée de samedi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a donné pour instruction à l’ambassadeur israélien en Pologne d’organiser une rencontre urgente avec le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki pour exprimer la « forte opposition » au projet de loi du Premier ministre. Le vice-ambassadeur polonais en Israël a été convoqué au ministère israélien des Affaires étrangères dimanche.

« Il est impossible de réécrire l’histoire », a dit Netanyahu dans un communiqué. « Il est impossible de nier la Shoah ».

Samedi également, le président du parti Yesh Atid, Yair Lapid, s’est engagé dans un échange vif sur Twitter avec l’ambassade polonaise en Israël sur la législation qu’il a qualifiée d’initiative visant à réécrire l’histoire.

« Je condamne fortement la nouvelle loi qui a été adoptée en Pologne, qui tente de nier l’implication de nombreux citoyens polonais durant la Shoah », a écrit Lapid dans un tweet samedi.

« Aucune loi polonaise ne changera l’histoire, la Pologne a été complice durant la Shoah. Des centaines de milliers de Juifs ont été assassinés sur son sol sans qu’ils n’aient rencontré un seul officier allemand ».

L’ambassade polonaise en Israël a riposté à Lapid, tweetant que « ses revendications insupportables montrent combien il est désespérément nécessaire que l’Holocauste soit enseigné, même ici en Israël ». L’objectif de la loi polonaise, a-t-elle fait savoir, « n’est pas de blanchir le passé mais de protéger la vérité contre de telles calomnies ».

Un message auquel Lapid a répondu avec indignation, demandant des excuses : « Je suis le fils d’un survivant de l’Holocauste. Ma grand-mère a été assassinée en Pologne par des Allemands et des Polonais. Je n’ai pas de leçon sur l’Holocauste à recevoir de vous. Nous vivons avec ses conséquences chaque jour inscrites dans notre mémoire collective. Votre ambassade doit faire des excuses immédiates ».

Le ministère des Affaires étrangères a appelé le gouvernement polonais à amender la législation avant qu’elle ne soit présentée au Sénat et au président polonais pour approbation.

« Aucune législation ne peut changer la vérité historique », a dit le ministère dans un communiqué, alors que des politiciens israéliens exprimaient leur opposition à la loi.

Dans un discours prononcé devant la chambre basse du parlement vendredi, le vice-ministre de la Justice polonais Patryk Jaki a indiqué que « les organisations non-gouvernementales indiquent que tous les jours, la phrase ‘camps de la mort polonais’ est utilisée dans le monde. En d’autres mots, les crimes de l’Allemagne nazie sont attribués aux Polonais ».

« Et jusqu’à présent, l’Etat polonais n’a pas été en mesure de lutter de manière efficace contre ce type d’insultes à la nation polonaise », a-t-il ajouté, soutenant la loi.

Les critiques disent que faire appliquer la loi à l’étranger serait impossible hors des frontières de la Pologne et qu’au sein du pays elle aura un effet glaçant sur les débats historiques et nuira à la liberté d’expression.

Tandis que la loi contient une disposition excluant les travaux universitaires et spécialisés, les opposants y voient encore un danger.

Ils s’inquiètent tout particulièrement de ce qu’elle puisse étouffer les recherches et le débat sur des sujets qui auraient la forme d’anathèmes pour les autorités nationalistes polonaises, notamment la question douloureuse des Polonais qui avaient fait du chantage aux Juifs ou les avaient dénoncés pendant la guerre.

Dorota Glowacka, conseillère juridique de la Fondation Helsinki des droits de l’Homme de Varsovie, a déclaré que la portée plus large du projet de loi augmentait le potentiel d’abus.

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