Zone de prière mixte : la crise ne s’estompe pas et tout ne va pas bien
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Zone de prière mixte : la crise ne s’estompe pas et tout ne va pas bien

Depuis l'Arche de Robinson, Tzachi Hanegbi promet au conseil d'administration de l'Agence juive d'améliorer l'apparence du site, mais rejette les exigences des chefs de la Diaspora

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre Tzachi Hanegbi s'adresse au conseil d'administration de l'Agence juive à l''Ezrat Israel' l'espace de prière égalitaire au mur Occidental, le 30 octobre 2017 (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)
Le ministre Tzachi Hanegbi s'adresse au conseil d'administration de l'Agence juive à l''Ezrat Israel' l'espace de prière égalitaire au mur Occidental, le 30 octobre 2017 (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Le gouvernement ne mettra pas en œuvre l’accord pour l’espace de prière égalitaire au mur Occidental, a déclaré Tzachi Hanegbi, ministre de la Coopération régionale, chef du judaïsme de la Diaspora.

Hanegbi a affronté la colère des délégués de l’Agence juive réunis, excédés par le gel de l’accord au mois de juin. Cet accord aurait permis d’améliorer considérablement l’espace de prière égalitaire mitoyen sur l’esplanade principale du lieu saint.

Afin de les apaiser, il a promis de changer visuellement l’apparence du site non-orthodoxe. Cependant, il a été très clair sur le fait que le gouvernement ne créera pas d’entrée commune avec les autres espaces mur Occidental, comme l’avaient convenu le gouvernement et les organisations juives.

« Il est vrai que l’entrée ne sera pas commune », a déclaré Hanegbi au conseil d’administration de l’Agence juive durant une visite de la zone appelée Arche de Robinson.

« Je ne pense pas que le peuple juif a prié pour une entrée pendant 3 500 ans. Nous n’avons pas prié pour une entrée, ce n’est pas grand-chose », a-t-il dit.

La plateforme de prière temporaire construite en 2013 dans le part archéologique de Davidson de la Vieille ville de Jérusalem, le 12 avril 2016 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)
La plate-forme de prière temporaire construite en 2013 dans le parc archéologique de Davidson de la Vieille ville de Jérusalem, le 12 avril 2016 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israël)

Hanegbi, désigné par le gouvernement pour gérer la controverse du mur Occidental, a déclaré que son propre fils avait célébré sa bar-mitsva sur l’esplanade principale, et qu’il n’avait pas apprécié que sa femme et sa mère soient mises à l’écart.

« Donc je comprends votre frustration », a-t-il dit, face à une esplanade construite précipitamment, que de nombreux dirigeants juifs appellent « la terrasse ».

Les chefs de la Diaspora et les représentants des courants non-orthodoxes ont réagi avec frustration à la position d’Hanegbi. Ils déplorent « la trahison » du gouvernement et s’engagent à continuer à se battre pour obtenir la reconnaissance qu’ils souhaitent.

Le gouvernement a alloué 17 millions de shekels à l’amélioration de cet espace, a indiqué Hanegbi, avant d’ajouter qu’il était conscient que les travaux de cet espace de prière égalitaire s’imposaient.

Des escaliers glissants et imprégnés d'eau mènent à la plateforme temporaire de prière égalitaire qui a été construite en 2013 au parc archéologique de Davidson dans la Vieille ville de Jérusalem, tels qu'ils apparaissaient le 12 avril 2016 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)
Des escaliers glissants et imprégnés d’eau mènent à la plate-forme temporaire de prière égalitaire qui a été construite en 2013 au parc archéologique de Davidson dans la Vieille ville de Jérusalem, tels qu’ils apparaissaient le 12 avril 2016 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israël)

Selon l’accord de janvier 2016, que le cabinet a approuvé après 4 ans de négociations, une entrée commune serait créée pour les trois espaces de prières (la section homme et la section femme de la zone orthodoxe, et l’espace appelé « Ezrat Israël », où hommes et femmes peuvent prier ensemble).

En juin, après que des sites ultra-orthodoxes ont fustigé cet accord, le cabinet a décidé de geler de nombreuses clauses, notamment celle qui prévoyait la création de l’entrée commune et la supervision de l’espace égalitaire par les courants non-orthodoxes. Ces derniers percevaient cette entrée commune comme une forme de reconnaissance.

Naftali Bennett, alors ministre des Affaires religieuses, inaugure une plateforme temporaire de prière égalitaire, au mur Occidental de Jérusalem, en août 2013. (Crédit : Ezra Landau/Flash90)
Naftali Bennett, alors ministre des Affaires religieuses, inaugure une plate-forme temporaire de prière égalitaire, au mur Occidental de Jérusalem, en août 2013. (Crédit : Ezra Landau/Flash90)

« Bien qu’une décision gouvernementale officielle ne soit pas possible, le Premier ministre [Benjamin Netanyahu] est déterminé à faire progresser le projet de création d’un espace de prière égalitaire, et œuvre pour atteindre cet objectif », a assuré Hanegbi.

« Je reconnais et je suis conscient que la suspension de l’accord du mur Occidental vous ait donné l’impression de ne plus être les bienvenus en Israël, et qu’Israël n’accueillait pas tous les Juifs. Rien n’est plus éloigné de la vérité. Israël est l’endroit de tous les Juifs. Que vous portiez sur la tête un schtreimel (chapeau en fourrure porté par les membres du mouvement hassidique), une kippa tricotée, une perruque, ou rien du tout. »

Mais les dirigeants juifs sont restés de marbre.

« Bien qu’il soit important que les membres du conseil d’administration aient l’opportunité d’entendre le ministre Hanegbi en tant que représentant du gouvernement, nous n’avons observé aucun progrès sur ce projet depuis la regrettable décision en juin, et rien n’indique que les choses vont évoluer », a déclaré le président de l’Agence juive Natan Sharansky.

« Ce qui a été gelé il y a 4 mois reste gelé. Nous restons néanmoins engagés envers les principes initialement prononcés par le Premier ministre Benjamin Netanyahu : un mur pour un peuple. »

Les dirigeants des mouvements non-orthodoxes américains n’ont pas été aussi diplomatiques.

« Vous nous avez trahi », a accusé le rabbin Steven Wernick, PDG de la United Synagogue of Conservative Judaism.

Le rabbin Steven Wernick (Crédit : Ethan Weg)
Le rabbin Steven Wernick (Crédit : Ethan Weg)

« Il n’y pas d’excuse pour un gouvernement qui fait une promesse, fait adopter cette promesse par son cabinet, et qui revient ensuite sur cette promesse pour des motifs purement politiques. »

Simplement améliorer l’aspect de l’espace égalitaire, comme l’a promis Hanegbi, n’est pas suffisant, a affirmé Wernick. Il a insisté pour que le gouvernement reconnaisse les courants non-orthodoxes en construisant une porte commune aux différents espaces.

« Un mur pour un peuple, cela veut dire une entrée. »

Le rabbin Rick Jacobs, président d’Union for Reform Judaism, a déclaré qu’il s’agissait là d’une « erreur stratégique pour délégitimer la majorité des Juifs du monde ».

Le président de l'Union pour le judaïsme réformé, le rabbin Rick Jacobs, au centre, pendant un service de prière au mur Occidental, à Jérusalem, le 4 juillet 2016 (Crédit : autorisation de l'UJR)
Le président de l’Union pour le judaïsme réformé, le rabbin Rick Jacobs, au centre, pendant un service de prière au mur Occidental, à Jérusalem, le 4 juillet 2016 (Crédit : autorisation de l’UJR)

Après qu’Hanegbi a expliqué que le gouvernement serait tombé sur Netanyahu qui n’avait pas gelé l’accord, Jacobs a reconnu les restrictions inhérentes à la coalition de Netanyahu.

« C’est tout à fait compréhensible, mais c’est mal », a-t-il dit. « Et cela ne doit pas, et ne sera pas toléré. »

Les Juifs de la Diaspora et les courants non-orthodoxes en Israël assurent que le gouvernement tiendra sa promesse dans un futur proche, a soutenu Jacobs.

« La dissension que nous ressentons maintenant déchire le peuple juif. Le Premier ministre a beau nous dire que [la crise entre Israël et la Diaspora] s’estompe et que tout va bien, mais c’est faux. »

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