La salle était pleine à craquer à la Knesset lundi pour une réunion d’urgence concernant « la vague d’augmentation des actes violents antisémites et anti-Israéliens balayant l’Europe », à laquelle étaient présents des membres du Parlement ou des leaders juifs de la diaspora, offrant des témoignages et émettant des condamnations.

Au cours de la réunion, présidée par le député Yoël Razvozov, des représentants des communautés juives et des diplomates de pays tels que la France, la Grèce, la Hongrie, la Belgique, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Danemark, l’Autriche, l’Allemagne et l’Italie, ont pris la parole lors d’une séance qui a dépassé l’heure de fin annoncée pour finir sur un goût d’inachevé.

La réunion a été convoquée par la commission des affaires de la diaspora de la Knesset, avec la coopération du Congrès juif israélien.

Les membres de la Knesset ont déploré la reprise de l’antisémitisme depuis le début de l’opération Bordure protectrice le 8 juillet, et des experts en sécurité et universitaires ont tenté de faire comprendre l’extrême importance de prendre des mesures concrètes afin de contrer et d’éduquer contre l’antisémitisme montant à travers l’Europe.

Vladimir Sloutzker, à la tête du Congrés juif israélien, a déclaré crument que « jamais depuis l’Holocauste nous avons vu une situation telle qu’aujourd’hui. Nous sommes peut-être face au début d’un nouvel Holocauste ».

« Ces événements vont uniquement aller croissant en Europe » a-t-il averti.

L’Holocauste et la période d’avant-guerre ont été des thèmes récurrents dans les propos de chaque orateur.

Nathan Norman Gelbart, le chef du Keren Haysesod d’Allemagne (Appel juif unifié), a fait savoir que la communauté juive allemande était effrayée « car ce sont des choses qui ne se sont plus déroulées depuis 1933 ». Il a cité les manifestants criant « Mort aux juifs » et d’autres slogans antisémites.

« Ces manifestants défilent dans le centre de Berlin en criant ces slogans, devant la police. Crier ‘Les juifs sont des porcs’ est une incitation : pourquoi la police allemande n’identifie-telle pas les personnes qui crient de manière agressive ‘Mort aux juifs’ ? » a demandé Gelbart.

Le professeur Robert Wistrich de l’Université hébraïque de Jérusalem, expert sur l’antisémitisme, a déclaré que « nous sommes entrés dans une nouvelle ère, très difficile, dans toute l’Europe ». Il a dit qu’il y avait
« un peu » de prise de conscience dans certains gouvernements, remarquant la position ferme de la France contre l’antisémitisme dans toutes ses formes, des plus hautes autorités publiques jusqu’en bas,
« mais nous voyons que ça ne fait pas beaucoup de différence – bien que ce soit important ».

Wistrich a remarqué que des années d’articles de médias
« unilatéralement » anti-israéliens avaient conduit à une image de l’Etat juif totalement en décalage avec la réalité. En plus, la constellation d’extrémistes à l’extrême droite comme à l’extrême gauche, sans compter les immigrés djihadistes, a créé un nouveau climat antisémite en Europe, a-t-il expliqué.

Il n’y a plus d’expressions antisionistes en façade pour ne pas être taxé d’antisémitisme, a remarqué Wistrich. « Tu as juste besoin d’entendre la rhétorique pour y croire. Nous avons besoin d’une discussion bien plus profonde ; nous sommes seulement à la pointe de l’iceberg en ce qui concerne le problème.

Plusieurs représentants d’ambassades européennes se sont sentis obligés de réitérer la sévère condamnation de l’antisémitisme par leur pays, mais ont attribué l’inaction des autorités au cours des récentes manifestations anti-israéliennes, au droit des citoyens à jouir de la liberté d’expression contre l’opération Bordure protectrice.

L’ambassadeur du Danemark Jesper Vahr a déclaré que « certains des événements que nous avons vus récemment sont clairement odieux et intolérables ». Il a cependant ajouté que le Danemark « en tant que société défend le droit des gens qui ont une opinion critique de l’opération à Gaza ».

Le président de la réunion Razvuzov a marqué sa désapprobation, affirmant que « il y a une différence entre les propos protégés et les propos incendiaires ». Le député Yoav Bentsur a acquiescé, disant
qu’ « il est impossible qu’en 2014, un Juif doive retirer les symboles juifs avant de descendre dans la rue en Europe… si vous ne prêtez pas attention au problème maintenant, il sera bientôt trop tard ».

La menace existentielle imminente contre la communauté juive a été abordée par Esther Voet, directrice du Centre d’information et de documentation sur Israël (CIDI) aux Pays-Bas. Elle a déclaré que bien qu’elle voyait des articles plus équilibrés dans la presse que durant l’opération Plomb durci de 2009, « aux Pays-Bas nous sommes réellement conscients que ce n’est pas une question de si quelque chose va arriver mais plutôt quand ».

Benjamin Albalas, président de la communauté juive de Grèce, a déclenché un plus pressant signal d’alarme.

« L’attitude de l’Europe est de promouvoir la délégitimisation de l’Etat d’Israël… et c’est une première étape vers l’intimidation du droit des Juifs d’habiter dans leur propre pays d’origine », a dit Albalas.

Plusieurs orateurs israéliens ont averti que la discussion à la Knesset touchait seulement la pointe de l’iceberg quant à l’antisémitisme envahissant l’Europe aujourd’hui.

Le conseiller diplomatique de la Knesset Oded Ben-Hur a dit,
« Malheureusement, la situation est bien pire que ce que vous décrivez… Un des problèmes n’est pas juste de savoir qui est antisémite, mais savoir qu’il y a tout un groupe de gens qui ne savent même pas qu’ils le sont – alors qu’ils le sont ».

Ben-Hur, l’un des très rares à offrir des suggestions concrètes, a proposé une augmentation dans l’enseignement interreligieux.

« Les envoyés parlent jusqu’à perdre la voix et il n’y a pas de fin à cette discussion… Au nom de la religion, plus de gens ont été tués que dans des fléaux ou désastres. Il y a une ignorance des religions : nous sommes bien dans notre propre bulle, mais nous devons montrer que nous sommes les enfants du même Dieu, et ne pas tuer au nom du Dieu qui nous a tous créés » a dit Ben-Hur.