Un peu après 7 heures du matin, mon portable a commencé à sonner. C’était un numéro inconnu. Un responsable palestinien voulait se renseigner sur les dernières évolutions politiques en Israël.

Pour l’Autorité palestinienne également, ces élections sont déterminantes.

Pendant ces dernières 48 heures, la population palestinienne a commencé à montrer de l’intérêt pour ces élections israéliennes. Peut-être que la possibilité d’une révolution politique a sorti le peuple de sa torpeur et de la complaisance dans laquelle il était.

Les décideurs et les médias dans le monde arabe ont exprimé leur intérêt sans fin pour les moindres détails liés à l’élection, y compris sur le cauchemar que sera la formation de la coalition, la possibilité d’un gouvernement d’union, et pour ce que certains dans le monde arabe perçoivent comme un gouvernement dans l’impasse.

L’un des exemples les plus frappants en ce mardi matin est un article, sur le site de la chaîne satellitaire saoudienne Al-Arabiya, qui met en évidence les origines égyptiennes du dirigeant de l’Union sioniste, Isaac Herzog.

« Le personnage égyptien qui menace Netanyahu dans ces élections », titre Al-Arabiya, faisant référence à Ora Herzog, la mère du candidat au poste de premier ministre, née dans la ville égyptienne d’Ismaïlia.

Al-Arabiya retrace l’histoire familiale d’Herzog. Il informe que la famille d’Ora s’est exilée à Ismaïlia en 1915 lorsque le pays était encore sous la domination ottomane, la famille y a résidé pendant de nombreuses années et  Ora y est née en 1924. Elle a étudié dans une école française de la ville et a appris l’arabe égyptien. L’article fait le point sur les réalisations de la famille Herzog, les comparant aux Kennedy. L’article est aussi illustré avec un certain nombre de photos – flatteuses – d’Herzog.

Mais les preuves d’intérêt ne s’arrêtent pas là. Al-Jazeera, son concurrent qatari, aborde les élections en détail, et s’est longuement arrêté sur les dernières déclarations de Netanyahu quui refusent l’idée de la création d’un Etat palestinien.

Al-Jazeera a un certain nombre d’émissions spéciales programmées tout au long de la journée pour les élections israéliennes. Trois camions satellites ont été installés dans le pays et, à 22 heures, a déclaré Walid al-Omri, le chef du bureau d’Al-Jazeera en Israël, il y aura des émissions en direct des sièges du Likud, de l’Union sioniste, et de la Liste arabe unie.

Les remarques de Netanyahu contre un Etat palestinien ont également sorti le négociateur en chef palestinien de son sommeil profond. Jusqu’à lundi, Saeb Erekat est resté enfermé dans un silence suspicieux, mais la nuit dernière, il n’a pu se retenir et a attaqué le Premier ministre au sujet de ses déclarations.

Parmi les dirigeants palestiniens, il n’y a pas un consensus général sur le Premier ministre israélien qui serait « idéal » pour eux.

Le Hamas veut la victoire Netanyahu car des pourparlers de paix entre l’Autorité palestinienne et Israël compromettent la position politique du groupe.

Même de nombreux responsables du Fatah préfèrent une victoire de Netanyahu car, à leurs yeux, il les aidera dans la lutte diplomatique contre Israël. Une victoire d’Herzog et une coalition étroite ne pourra pas conduire à un changement véritable sur le front palestinien, maintiennent-ils. Et ils ont la certitude qu’un gouvernement d’union entre le Likoud et l’Union sioniste ne changera pas d’un iota la situation actuelle.

Cependant, il faut souligner qu’un nombre assez important de responsables palestiniens affirment qu’ils espèrent qu’Herzog sera en mesure de former une coalition avec le soutien de la Liste arabe unie 6 qui devrait ressortir de ces élections comme la troisième plus grande force politique.

L’Egypte et la Jordanie ont adopté une position légèrement différente. Ils ont appris à composer avec Netanyahu au cours de ces derniers mois mais l’absence d’un processus diplomatique avec les Palestiniens et les derniers commentaires en date de Netanyahu confirment leur suspicion sur le fait que si un gouvernement de droite devait être formé à nouveau en Israël, il n’y aura pas d’accalmie sur le front palestinien.

Le Caire n’apprécie pas non plus les politiques conciliantes de Netanyahu envers le gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza.

La Une de l’agence de presse palestinienne Maan de mardi matin concernait les élections. L’éditeur du site, Nasser Laham, a déclaré qu’il y a un immense intérêt pour ces élections, y compris parmi les Palestiniens. Tout le monde, sans exception, est « contre Netanyahu » affirme-t-il.

« Ce n’est pas vrai que les gens ne sont pas intéressés. Ils veulent du changement. Netanyahu est plus haï que [Ariel] Sharon, qui était jusqu’à présent le Premier ministre israélien le plus détesté. Les médias sociaux sont pleins de messages sur les élections, continue-t-il. Les chaînes de télévision, la radio, tout est est utilisé ces derniers jours pour couvrir les élections. Personne ne veut de Netanyahu, même le Hamas. »

La préoccupation des Etats arabes modérés devant la possible formation d’un gouvernement de droite n’est pas un secret.

Les responsables à Amman, à Riyad, aux Émirats Arabes Unis, au Caire et à Ramallah croient qu’un gouvernement Netanyahu-Bennett-Liberman rendrait les conflits avec les Palestiniens inévitables, conduisant à une détérioration éventuelle des relations avec Israël.