Les autorités islamo-conservatrices turques ont inauguré jeudi en grande pompe la synagogue restaurée d’Edirne, l’ancienne Andrinople (nord-ouest), qui abritait jusqu’au milieu du XXe siècle une importante communauté juive aujourd’hui réduite à une seule famille.

Après cinq ans de travaux, la Grande synagogue remise à neuf a été réouverte par le vice-Premier ministre Bülent Arınç. Une centaine d’invités étrangers assistaient à la cérémonie ainsi que le rabbin des juifs de Turquie, Ishak Ibrahimzadeh, qui a dirigé un premier office religieux, a rapporté l’agence de presse progouvernementale Anatolie.

Ouverte en 1907, la synagogue d’Edirne, à la croisée des frontières avec la Grèce et la Bulgarie, a été érigée sur l’ordre du sultan Abdülhamid II pour remplacer 13 synagogues ravagées lors d’un incendie en 1905.

Au début du vingtième siècle, 350 000 juifs étaient établis dans l’Empire ottoman, dont 20 000 environ à Edirne, terre d’accueil des séfarades qui fuyaient les persécutions de l’Inquisition en Espagne et au Portugal au XIVe siècle.

Avec la fondation de l’État d’Israël en 1947 et les politiques nationalistes en Turquie, les juifs ont quitté progressivement le pays et ne sont plus aujourd’hui qu’entre 20 000 et 25 000, pour la plupart à Istanbul, le coeur économique de la Turquie.

Progressivement tombée en ruines, la synagogue d’Edirne a fermé ses portes dans les années 1980.

Le gouverneur d’Edirne, Dursun Sahin, avait provoqué la polémique en 2014 en annonçant son intention d’en faire une mosquée, pour protester contre la décision de l’Etat hébreu d’interdire aux Palestiniens l’accès à la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem.

« Pendant que ces bandits soufflent le vent de la guerre et massacrent des gens dans la mosquée Al-Aqsa, nous rénovons leurs synagogues », s’était exclamé le responsable.

Face au tollé suscité par ses propos, le gouverneur était revenu sur ses propos.

« La restauration fidèle et la réouverture de la Grande synagogue constitue un nouvel exemple de la culture de coexistence pacifique qui règne sur le sol anatolien », s’est réjoui jeudi le bureau du Premier ministre truc dans un communiqué.

Le gouvernement turc s’est brouillé avec Israël après l’attaque menée en 2010 par un commando israélien sur un navire humanitaire au large de Gaza, qui a tué dix Turcs.

Le président Recep Tayyip Erdogan, habitué des violentes sorties anti-israéliennes, avait assimilé le sionisme à un crime contre l’Humanité.