L’état d’esprit d’Israël au début de cette guerre avec le Hamas était plein d’une assurance confiante. Nous ne serions pas découragés par la menace des roquettes et le Hamas serait maîtrisé.

La situation a bien changé. Les roquettes sont maintenant le dernier de nos soucis. L’humeur nationale correspond à un mélange d’angoisse devant le nombre de morts dans l’armée en augmentation, de colère face à la réponse irresponsable d’une partie de la communauté internationale, notamment des Etats-Unis, et de confiance envers les troupes et (de manière atypique) envers les dirigeants politiques.

La mort de 30 Israéliens face au terrorisme n’est, effroyablement, pas nouvelle dans un pays qui a survécu aux vagues successives d’attentats à la bombe de la deuxième Intifada. Comme l’ancien chef du service de renseignement du Shin Bet Avi Dichter l’a souligné mardi, 30 Israéliens avaient été tués dans un seul attentat à la bombe à l’hôtel Park de Netanya à la veille de Pâques le 27 mars 2002. C’était la pire, mais pourtant seulement l’une des dizaines d’attaques qui ont frappé les bus, les restaurants et les centres commerciaux israéliens il y a dix ans.

Pourtant, perdre 30 soldats au cours d’un combat contre les vicieux islamistes extrémistes de Gaza produit une angoisse d’une nature différente. Nos soldats sont notre avenir. Ce sont les plus jeunes parmi nous à qui l’on a demandé, du fait du danger géographique et géostratégique spécifique qu’Israël doit affronter, d’aller au front pendant des années de service avant que leurs vies n’aient vraiment commencé.

Nous nous sentons coupables de les avoir entraînés dans la guerre. Nous, les civils en sécurité, puisons notre force dans leur haut niveau de détermination et de motivation à nous protéger. Nous, les adultes, voudrions être sur le front.. Nous aurions véritablement préféré que les roquettes, nous ciblant tous, aient été la menace principale.

Gérer la menace des roquettes s’est révélé relativement simple. Le Hamas avait prédit que Tel Aviv serait actuellement un champ de « ruines », a fait observer le Premier ministre Benjamin Netanyahu dimanche. La précision de cette déclaration a été mise en évidence mardi lorsque, inhabituellement, le système de défense de missile de Dôme de fer a échoué, et une deuxième roquette a directement frappé Yehud près de l’aéroport (déclenchant l’arrêt des vols de la plupart des compagnies étrangères vers Israël). La dévestation a été considérable.

Pourtant, dans l’ensemble, et sans minimiser le traumatisme d’être constamment attaqué, tout particulièrement dans le sud, ou le risque actuel, on tire toujours des roquettes par dizaines, notre bouclier de Dôme de fer a fonctionné.

Le danger principal, la deuxième partie de la stratégie de la terreur qui nous a conduit à envoyer nos troupes dans Gaza, s’est révélé être les tunnels creusés sous la frontière par le Hamas, dont l’ampleur n’était pas connu publiquement jusqu’à quelques jours. Le chef du parti travailliste Isaac Herzog a parlé mardi de l’inimaginable méga attaque de terreur que le Hamas préparait.

Ils voulaient envoyer des centaines de terroristes à travers ces tunnels pour massacrer des Israéliens dans les kibboutz et les moshav à proximité de Gaza. Netanyahu a déclaré dimanche que les attaques préparées par le Hamas sur le kibboutz, les jardins d’enfants, les maisons et les réfectoires auraient été « catastrophiques ».

A cinq reprises aux cours des derniers jours, essayant d’utiliser ces tunnels avant que l’armée ne les trouve, des groupes de terroristes bien armés ont traversé la frontière, entrant depuis des maisons dans les quartiers de Gaza à proximité de la frontière pour sortir dans le territoire israélien. Environ 20 hommes armés du Hamas ont été tués dans ces confrontations. Six soldats israéliens ont également perdu la vie.

Les kibboutz et les moshav aux alentours de Gaza ont été bouclés pendant de longues heures tandis que l’armée s’assurait qu’il n’y avait plus d’assassins en liberté. Le déploiement de troupes du côté israélien a fortement augmenté.

Ce sont pourtant de mesures défensives. La vraie bataille a lieu dans ces quartiers frontaliers de Gaza, Shejaiya, Beit Lahiya, Beit Hanoun entre autres. Des milliers de soldats israéliens y cherchent, maison après maison, les entrées des tunnels.

Des dizaines d’ouvertures ont été découvertes, des entrées multiples vers des passages souterrains qui disposent également de sorties multiples du côté israélien. A de nombreuses reprises, des hommes armés du Hamas ont cherché à surprendre les soldats israéliens en sortant de la terre depuis une de ses ouvertures pour ouvrir le feu. Ils ont largement échoué dans l’ensemble. Dix hommes armés du Hamas ont été tués dans une tentative depuis une ouverture de tunnel à l’intérieur d’une mosquée dimanche, selon des sources militaires. Un incident parmi tant d’autres.

Israël explique qu’environ 210 combattants du Hamas ont été tués, plus de 20 ont été capturés et fournissent des informations sur les tunnels.

Israël paie néanmoins le prix fort. Les soldats ont été tués dans des immeubles piégés. Six, peut-être sept sont morts alors que leur véhicule blindé a été frappé par un missile anti-char à Chajaya. Ils font face à des tentatives d’enlèvement. Ils rapportent avoir été attaqués par des enfants de Gaza à peine âgés de 13 ans avec des ceintures pour des attentats à la bombe. Les pertes sont importantes. « Nous sommes en guerre », a déclaré mardi le colonel Uri Gordin, commandant de la brigade Nahal.

Les Hamas utilise tous les coups tordus dont il dispose. Tout le monde sait maintenant que ce qu’Israël répète depuis des années, à savoir que le gouvernement terroriste de Gaza cache ses roquettes dans des écoles, tire à proximité des mosquées, enterre des munitions dans des maisons, installe ses centres de commandement et de contrôle dans des hôpitaux. Nous savons tous que lorsque ses roquettes sont trouvées dans des écoles dirigés par l’UNRWA (l’Office de secours et des Travaux des Nations unies), l’UNRWA les rend au Hamas (et les Etats-Unis continuent de financer l’UNRWA).

Plus terrible encore, le Hamas a averti ses citoyens à Shejaiya de ne pas écouter les conseils israéliens de quitter la zone, d’où plus de 150 roquettes ont été tirées, et de nombreux tunnels creusés, à l’approche des âpres combats qui y ont fait rage depuis la nuit de samedi. D’où le nombre terrible de victimes civiles. Dans le même temps, les combattants du Hamas attendaient sous terre. Ils préparaient des embuscades contre les troupes au sol israéliennes.

Le Hamas refuse toujours les appels pour un cessez-le-feu.

Pourquoi arrêterait-il alors que sa popularité est au plus haut parmi les résidents de Gaza pour sa résistance contre Israël détesté et quand il n’a que faire du destin des Gazaouis ? Une centaine de morts israéliens, même au prix de milliers de morts gazaouis, constituerait une victoire à ses yeux. Pourquoi s’arrêter alors qu’il est incité par des dizaines de milliers de manifestants autour du monde, certains souffrant d’un excès de passions et d’un déficit de bon sens, et d’autres étant rongés par la haine envers Israël ?

La plupart des gens, ici, pensent qu’Israël ne peut pas consentir à un cessez-le-feu non plus, à moins qu’il ait la garantie que le Hamas serait incapable de se réarmer, de se réorganiser, de reconstruire ces tunnels, de rechercher et de développer des roquettes pouvant surpasser technologiquement le Dôme de fer, et n’invente d’autres stratégies pour nous assassiner. Qui peut nous donner cette assurance ?

Le Dôme de fer en action à Ashdod pendant l'opération Bordure protectrice (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le Dôme de fer en action à Ashdod pendant l’opération Bordure protectrice (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Israël veut certainement mettre un terme à la perte des vies, mais le but que Netanyahu a fixé au début de la guerre, assurer un calme durable, peut uniquement être atteint par un affaiblissement du Hamas ou de ses remplaçants. S’il n’y a pas de solution politique viable, cela entraîne une action militaire israélienne, dynamisée par notre partenariat sécuritaire en développement avec l’Egypte d’Abdel Fattah el-Sissi, empêchant l’afflux d’armements et de matériels dans la bande. (On espère qu’il y a beaucoup de coopération entre Jérusalem et le Caire en ce moment). Israël a besoin d’un Gaza sans armes, et les Nations unies, les Etats-Unis, l’Union européenne ne sont pas plus capables d’assurer cela que la communauté internationale n’a été capable de désarmer le Hezbollah au Sud Liban.

Israël ne doute pas que l’armée puisse vaincre à Gaza pour dégrader la capacité du Hamas à nous nuire à plus ou moins long terme. Si l’offensive terrestre se poursuit encore plus une ou deux semaines, le gouvernement et les généraux déclarent, et la plupart des Israéliens croient que la force de combat du Hamas, ses tunnels et ses capacités de tirs de roquettes seront dévastés. A un prix terrible. Et sans rien pour empêcher un renouveau rapide du Hamas.

Alors que le conflit se prolonge, il entraîne également des divisions internes à Israël comme une augmentation des manifestations d’Arabes israéliens, préparées par des députés arabes extrémistes de la Knesset. Cela crée également des frictions entre les partisans du retrait à l’extrême gauche et ceux de l’action totale à Gaza à l’extrême droite.

Pourtant, la plupart des Israéliens, comme les sondages de jounaux et des télévisions l’indiquent, ont internalisé l’échelle de la menace du Hamas et soutiennent le gouvernement dans sa démarche pour la traiter.

Car malgré l’angoisse devant le nombre de morts, ou peut-être, en effet, à cause de cela, les critiques internes sont relatives faibles. Après tout, nous sommes en guerre.