L’Arabie saoudite a déployé des avions de combat sur une base aérienne en Turquie pour « intensifier » ses opérations contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) en Syrie, a annoncé un haut responsable du ministère saoudien de la Défense.

« Le royaume saoudien a aujourd’hui une présence sur la base aérienne d’Incirlik en Turquie », a déclaré le général de brigade Ahmed Assiri, qui s’exprimait dans la nuit de samedi à dimanche sur la chaîne Al-Arabiya à capitaux saoudiens.

« Des avions des forces aériennes saoudiennes sont présents (à Incirlik) avec leurs équipages pour intensifier les opérations aériennes (contre l’EI), parallèlement aux missions menées depuis les bases aériennes en Arabie saoudite », a-t-il ajouté.

Le responsable saoudien a expliqué que ce déploiement faisait suite à la décision de la coalition internationale anti-jihadiste, cette semaine à Bruxelles, d’ « intensifier les opérations aériennes contre Daech », acronyme arabe de l’EI.

Il a souligné, en réponse à une question, que ce déploiement à Incirlik s’inscrivait dans le cadre de la coalition internationale « dirigée par les Etats-Unis » et ne relevait « pas d’une action bilatérale » entre Ryad et Ankara.

Mevlüt Cavusoglu (Crédit : capture d'écran YouTube)

Mevlüt Cavusoglu (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a évoqué samedi un déploiement d’avions de chasse saoudiens sur la base d’Incirlik et indiqué que son pays et l’Arabie saoudite pourraient mener une opération terrestre contre l’EI en Syrie.

Le général saoudien a répété que le royaume était prêt à dépêcher des troupes au sol en Syrie dans le cadre de la coalition antijihadistes, sans donner de détails sur cet engagement.

« Il y a un consensus au sein des forces de la coalition sur le lancement d’opérations au sol et le royaume y est engagé », a-t-il dit, ajoutant que « des experts militaires vont se réunir dans les prochains jours pour mettre au point les détails, les effectifs et le rôle de chaque Etat », membre de la coalition.

La Turquie bombarde des secteurs kurdes dans le nord de la Syrie

La Turquie, mettant en application ses menaces, a bombardé samedi des secteurs du nord de la Syrie contrôlés par les forces kurdes, des frappes qui devraient encore un peu plus compliquer la donne en vue d’un dénouement de la crise.

A Munich, où il participe à la conférence sur la sécurité, le secrétaire d’Etat américain John Kerry a averti que le dossier syrien se trouvait à un « moment charnière » entre guerre et paix, quelques jours après que Washington et Moscou sont tombés d’accord sur une prochaine « cessation des hostilités ».

L’armée turque a frappé des cibles du Parti kurde de l’union démocratique (PYD) et du régime syrien, a rapporté l’agence officielle Anatolie.

Conformément aux règles d’engagement, les forces armées turques ont frappé des cibles du PYD près de la ville d’Azaz, dans la province d’Alep, selon une source militaire citée par Anatolie. L’armée turque a également riposté à des tirs de forces du régime syrien sur un poste militaire dans la région de Hatay (sud de la Turquie), selon la même source.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), l’artillerie turque a bombardé des secteurs du nord de la province d’Alep que les Unités de protection du peuple kurde (YPG), la principale force kurde en Syrie ont récemment repris à des rebelles islamistes.

Une source au sein des YPG a indiqué à l’AFP que les bombardements avaient notamment visé l’aéroport militaire de Minnigh, repris le 10 février par les forces kurdes.

Situé à une dizaine de km de la frontière turque, l’aérodrome de Minnigh se trouve entre deux routes importantes qui mènent de la ville d’Alep, deuxième ville du pays, à Azaz, plus au nord.

Et le fait de le contrôler donne aux forces kurdes une base de départ pour de nouvelles offensives contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

C’est à quelques km plus au sud de cette zone que le régime syrien, fort du soutien de l’aviation russe, mène une offensive d’envergure contre les rebelles.

Cette offensive, lancée le 1er février, a provoqué l’exode de dizaines de milliers de personnes qui restent notamment bloquées au nord d’Azaz, tout près de la frontière turque, espérant que les autorités turques les laissent entrer.

Au nord d’Alep, les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition arabo-kurde soutenue par les Etats-Unis, ont lancé samedi une offensive sur Tall Rifaat, aux mains d’autres rebelles, a rapporté l’OSDH, précisant que l’aviation russe avait mené samedi au moins 20 frappes sur cette ville.

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a mis en garde samedi contre toute intervention au sol des pays de la coalition lors d’un discours à la conférence de Munich, au cours duquel il a affirmé que le monde était entré dans une « nouvelle guerre froide ».

Les Etats-Unis accusent eux la Russie d’avoir « exacerbé » le conflit par son appui militaire aux forces gouvernementales, notamment dans l’offensive contre les rebelles dans la région d’Alep.

L’Arabie saoudite et la Turquie estiment que le départ du président syrien Bachar Al-Assad est indispensable pour une solution en Syrie, où la guerre a fait plus de 260.000 morts en près de cinq ans et jeté sur les routes plus de la moitié de la population.