Un des suspects arrêtés dans le cadre de l’assassinat de l’adolescent Mohammad Abou Khdeir mercredi dernier à Jérusalem aurait avoué le crime après avoir été arrêté dimanche, impliquant un certain nombre d’autres suspects.

Le suspect, décrit par la police comme un extrémiste juif, a admis l’enlèvement et le meurtre d’Abou Khdeir commis dans le quartier de Shuafat à Jérusalem Est, ont rapporté dimanche soir plusieurs sites d’information israéliens.

Selon le site de nouvelles Walla, d’autres suspects parmi les six auraient avoué le crime devant les enquêteurs du Shin Bet, le service de sécurité intérieur.

Un tribunal de Petah Tikva a jugé dimanche après-midi que cinq des suspects resteront en détention provisoire pour une période supplémentaire de huit jours, tandis que le suspect final sera détenu cinq jours de plus.

Hussein Abou Khdeir, le père de l’adolescent tué, a affirmé que la nouvelle de l’arrestation ne lui a donné aucune sorte de satisfaction.
« Personne ne va me ramener mon garçon », a-t-il déclaré dimanche.
« Mon fils a été brûlé à mort ». Il a également accusé l’atmosphère anti-arabe en Israël après les massacres des trois adolescents israéliens, apparemment par des terroristes du Hamas, qui ont constitué un « feu vert » pour les attaques contre les Arabes.

« Ce crime ressemble à la façon dont les Allemands ont brûlé les Juifs. Et aujourd’hui, les Juifs nous brûlent. Ils sont maintenant comme les nazis, les nouveaux nazis », a déclaré Hussein Abou Khdeir.

Les six personnes arrêtées – elles n’ont pas le droit de rencontrer un avocat pour le moment – ne font pas partie d’un groupe extrémiste formel, comme cela avait déjà été signalé, mais sont plutôt un groupe de jeunes radicaux qui ont décidé de se faire vengeance par eux-mêmes, a fait savoir la Deuxième chaîne.

Des sources palestiniennes ont déclaré samedi que Mohammad Abou Khdeir avait été brûlé vif dans la forêt de Jérusalem avant que son corps soit retrouvé mercredi. Les enquêteurs israéliens pensent qu’il a été frappé à la tête après avoir été enlevé, puis brûlé vif, a rapporté dimanche soir la Deuxième chaîne.

Un certain nombre de suspects sont également soupçonnés d’avoir en vain tenté d’enlever un garçon palestinien de 9 ans – Moussa Zalum – la veille de l’enlèvement d’Abou Khdeir. La mère du garçon, Dina, a affirmé s’être défendue avec d’autres pour combattre les assaillants qui avaient attrapé son garçon par le cou, et qu’elle a décrit comme des « Juifs de langue hébraïque ». Le garçon a pu montrer aux journalistes les plaies sanglantes sur son cou.

La police est arrivée sur les lieux, mais a affirmé avoir demandé à la famille de déposer un rapport formel, ce que la famille n’a jamais fait. La police soutient en outre que le père de l’enfant n’a pas dit que les coupables étaient des Juifs jusqu’à ce que Abou Khdeir ait été enlevé et tué. La famille palestinienne a affirmé avoir transmis l’information mais selon elle, la police n’avait pas réagi comme il fallait.

Le fonctionnaire a décrit les six suspects comme des jeunes hommes, dont plusieurs mineurs, venant de Jérusalem, de Beit Shemesh et d’Adam, une implantation de Cisjordanie, près de Jérusalem. Trois sur les six seraient soupçonnés d’avoir la veille tenté d’enlever Moussa Zalum.

Certains des suspects étaient connus de la police pour des activités criminelles précédentes, a rapporté la Deuxième chaîne. Ils ne faisaient pas partie d’une organisation souterraine, et n’étaient pas surveillés par le Shin Bet, a encore précisé la chaîne.

La petite amie de l’un des suspects a déclaré au site Walla que son petit ami est un étudiant et travaille pour l’entreprise de son père. Il vient
d’« une famille très respectée », a -t-elle affirmé précisant que « c’est un foyer ultra-orthodoxe, mais lui est moderne-orthodoxe ». Elle a affirmé que le détenu n’a jamais parlé de vengeance et a dit : « Je ne croirai jamais qu’il a fait quelque chose comme ça. Il n’aurait pas risqué sa vie pour quelque chose comme ça – je le connais ».

Les voisins d’un autre suspect se sont dit consternés par l’arrestation, et ne peuvent pas croire que le suspect en question puisse être impliqué dans l’assassinat. Les parents eux-mêmes se sont barricadés dans leur maison et n’ont parlé à personne depuis que leur fils a été impliqué, a fait savoir un voisin.

Le suspect vient d’une famille « civilisée », « avec la vision du monde du Shas », a-t-il encore précisé, en référence au parti politique séfarade ultra-orthodoxe.

La censure sur certains détails était toujours en place dimanche soir. Une conférence de presse sur les arrestations prévues pour 17 heures a été annulée au dernier moment. Les images vidéo montrant les visages de deux des ravisseurs et meurtriers présumés d’Abou Khdeir ont été téléchargées sur YouTube plus tôt dimanche.

Dans la vidéo, deux jeunes hommes semblent converser avec une troisième personne, vraisemblablement Abou Khdeir, qui n’est pas visible dans le cadre. Selon la police, Abou Khdeir a été contraint à rentrer dans un véhicule quelques instants plus tard.

Après l’enlèvement, plusieurs passants qui ont été témoins de l’incident ont tenté de prendre en chasse la voiture avant de retourner à Shuafat pour informer les parents d’Abu Khdeir. A 4h05 du matin, le père d’Abou Khdeir a appelé la police. Le corps de l’adolescent a été localisé dans l’heure, grâce à son téléphone portable.

Les Palestiniens affirment que Mohammad Abou Khdeir a été tué par des extrémistes juifs pour venger les meurtres de trois adolescents israéliens, qui avaient été enlevés en Cisjordanie le 12 juin. La police a d’abord expliqué qu’ils enquêtaient sur diverses pistes, y compris les motifs criminels ou personnels, tandis que les médias sociaux israéliens abondaient en rumeurs selon lesquelles il aurait été tué parce qu’il était homosexuel ou encore dans le cadre d’une querelle de famille.

Samedi, le procureur général de l’Autorité palestinienne a déclaré que Abou Khdeir avait été brûlé vif, selon les résultats préliminaires de l’autopsie. Il aurait, d’après l’agence palestinienne Maan, subi de graves brûlures sur 90 % de son corps, y compris à la tête, où il a également été battu.

Un matériau inflammable a été retrouvé dans les poumons d’Abou Khdeir et dans ses voies respiratoires, ce qui indiquerait qu’il était encore vivant quand le feu a été allumé. Le procureur a ajouté que des tests de laboratoire supplémentaires étaient nécessaires et que le rapport d’autopsie final ne sera délivré qu’après ces tests soient réalisés.

Le meurtre a suscité plusieurs jours d’émeutes à Jérusalem et dans le nord d’Israël.