Le monde doit agir pour empêcher la nucléarisation de l’Iran, d’autant plus que « l’échéance pour qu’il atteigne ce but s’approche inexorablement ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait prononcé ces paroles il y a environ vingt ans, lors de son premier discours devant le Congrès américain le 10 juillet 1996.

Quinze ans plus tard, au printemps 2011, Netanyahu était intervenu à cette même tribune à une deuxième reprise. « La dernière fois que je me suis tenu ici, j’ai évoqué les conséquences qu’il y aurait si L’Iran développe les armes nucléaires », s’était-il remémoré.

« Aujourd’hui on n’a plus le temps. La roue de l’Histoire pourrait bientôt tourner, car le plus grand danger qui nous concerne tous pourrait s’abattre sur nous : un régime islamiste activiste armé de l’arme nucléaire ».

Mardi prochain, Netanyahu projette de remonter sur cette tribune pour la troisième fois. Et ce, malgré les appels de nombreux politiciens et d’experts – même ceux qui accueillent généralement avec bienveillance ses politiques – à annuler ce discours pour le bien des relations entre Jérusalem et Washington. Mais il reste intransigeant. Le Premier ministre d’Israël ira au Congrès une nouvelle fois armé d’un discours dont on se souviendra pour plusieurs raisons.

L’une des premières raisons est que Netanyahu deviendra la deuxième personne de l’Histoire à réussir ce triplé.

Il surpasse en effet Nelson Mandela et Yitzhak Rabin, qui y sont intervenus à deux reprises. (Chaim Herzog, Ehud Olmert et Shimon Peres ne l’ont fait qu’une fois.)

Le seul dirigeant qui a réussi la prouesse de prononcer un discours trois fois devant le Congrès, c’était Winston Churchill, un homme politique que Netanyahu admire pour avoir mis en garde le monde contre les dangers du nazisme et pour l’avoir vaincu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'adresse au Congrès américain à Washington, le 24 mai, 2011 (Crédit : Avi Ohayon/GPO/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’adresse au Congrès américain à Washington, le 24 mai, 2011 (Crédit : Avi Ohayon/GPO/Flash90)

Certains commentateurs politiques affirment que Netanyahu doit s’adresser au Congrès une troisième fois – peu importe du fossé que cela creuse avec l’administration Obama – précisément parce qu’il est le « Churchill de notre temps ».

Comme le dirigeant britannique d’avant-guerre dans les années 1930 et l’Allemagne nazie, « Netanyahu tire la sonnette d’alarme au sujet des activités nucléaires et terroristes inquiétantes de l’Iran », avait affirmé le magnat de la presse et candidat à la présidence Steve Forbes. « Le Congrès a besoin d’entendre la vérité au sujet de ce que fait l’Iran et des conséquences de ces activités désastreuses ».

Alors même que le discours ne Netanyahu n’a pas été finalisé – il a commencé à travailler dessus cette semaine avec son confident, l’ambassadeur israélien à Washington, Ron Dermer – l’Iran sera au centre de cette allocution.

« Nous savons déjà ce qu’il va dire », indique John Yarmuth, un membre du congrès de Kentucky.

Bien qu’il fasse attention à ne pas offenser des responsables américains personnellement, Netanyahu va s’attaquer avec force au futur accord que les six puissances mondiales, sous le leadership américain, devrait signer avec l’Iran sur son programme nucléaire.

« L’accord qui est en train d’être rédigé entre l’Iran et les principales puissances est dangereux pour Israël et de ce fait, je me rendrai aux Etats-Unis la semaine prochaine dans le but d’expliquer au Congrès américain, qui pourra influencer le destin de cet accord, que cet accord est dangereux pour Israël, la région et le monde entier », avait expliqué le Premier ministre dimanche.

Benjamin Netanyahu reçoit une ovation de la part du vice-président Joe Biden et du président de la Chambre, John Boehner lors d'un discours au Congrès prononcé le 24 mai 2011. (Crédit : Avi Ohayon / GPO / Flash90)

Benjamin Netanyahu reçoit une ovation de la part du vice-président Joe Biden et du président de la Chambre, John Boehner lors d’un discours au Congrès prononcé le 24 mai 2011. (Crédit : Avi Ohayon / GPO / Flash90)

Et même si la constitution américaine accorde le pouvoir sur la politique étrangère au président, Netanyahu a ajouté mardi que le Congrès « est probablement le dernier frein » avant que tout accord ne soit scellé.

L’objectif est clair : convaincre les législateurs d’adopter rapidement une loi qui imposera plus de sanctions contre l’Iran.

Ses collaborateurs ont refusé de dire cette semaine si le Premier ministre va encourager activement le Congrès à légiférer pour imposer des sanctions supplémentaires, en affirmant simplement qu’il présentera à quoi un bon accord pourrait ressembler et qu’il insistera sur le fait qu’un mauvais accord doit être évité à tout prix.

Le dirigeant israélien est conscient que ses efforts pourraient s’avérer futiles, voire contre-productifs, et pourtant il reste déterminé à essayer.

« Maintenant, est-ce que je peux garantir que mon discours au Congrès permettra d’éviter qu’un accord dangereux avec l’Iran ne soit signé ? Honnêtement, je ne sais pas. Personne ne sait » a-t-il a admis la semaine dernière. « Mais je sais ceci – c’est mon devoir sacré en tant que Premier ministre d’Israël de défendre le cas d’Israël ».

L’insistance de Netanyahu pour s’adresser au Congrès deux semaines avant les élections de la Knesset a suscité de nombreuses accusations selon lesquelles il cherche à exploiter le discours des fins électoraux.

Le souci de la question partisane qui est la raison que le président américain Barack Obama a présentée pour expliquer son refus d’accueillir le dirigeant israélien à la Maison Blanche cette fois.

D’autres démocrates n’ont pas hésité à attaquer le dirigeant israélien sur ce terrain, chose qui n’était jamais arrivée auparavant à Washington. « Je pense que le timing du discours du Premier ministre au Congrès – juste quelques jours avant les élections israéliennes – est vraiment inapproprié », a fustigé le sénateur Tim Kaine cette semaine.

« Ce discours est le théâtre de la campagne de réélection en Israël », avait déclaré le membre du Congrès Steve Cohen du Tennessee dans un communiqué.

Il a rappelé que Netanyahu avait utilisé les images de son discours de 2011 au Congrès dans une vidéo de campagne qui a été diffusée juste avant les élection de 2013, et qui a joué « grandement à son avantage ». Cohen a exigé que la troisième invitation à présenter une allocution devant les législateurs inclut la condition que celle-ci ne soit pas utilisée dans une vidéo de campagne.

Le projet de Netanyahu d’agiter le débat sur un futur accord est « irresponsable » a ajouté Cohen. La manière dont le discours a été organisé est « dangereuse pour Israël ainsi qu’inappropriée ». (Un autre Cohen – le conseiller sur la sécurité nationale de Netanyahu, Yossi – aurait affirmé à ses interlocuteurs à Washington qu’il était aussi opposé à ce discours, même si Cohen a rapidement nié avoir tenu ses propos.)

Plus d’une vingtaine de membres de la Chambre des Représentants et trois sénateurs ont déclaré qu’ils seront absents lors de l’allocution de mardi, et de nombreux membres du Congrès se demandent encore s’ils assisteront ou pas au discours.

Le vice-président Joe Biden et le secrétaire d’État John Kerry ont déjà annoncé qu’ils ne seront pas présents ; tous deux ont cité des engagements pris à l’étranger pour justifier leur absence.

Les disputes sans fin autour de l’allocution – qui a été surnommée « le discours le plus controversé d’un dirigeant étranger lors d’une session conjointe du Congrès » – a transformé la question de l’accord iranien en un véritable problème partisan, analyse Ammon Cavari, qui enseigne la politique américaine au Centre interdisciplinaire d’Herzliya.

« Ce discours tombera dans des oreilles partisanes », explique-t-il. « Les Républicains seront d’accord, les Démocrates ne seront pas d’accord. Et tout cela va transformer Israël en une question polarisante aussi ».

Netanyahu veut que le Congrès légifère davantage sur des sanctions à imposer à l’Iran pour obtenir un meilleur accord.

Mais Obama a clairement fait savoir qu’il allait bloquer un tel projet de loi, et les républicains n’ont pas la majorité des deux tiers nécessaire pour renverser le veto présidentiel, note Cavari.

En passant dans le dos d’Obama et en exhortant potentiellement le Congrès à adopter des lois contre la volonté expresse du président, Netanyahu pourrait « causer plus de tort à Israël » que l’aider.

« Obama peut imposer son veto sur le projet de loi des sanctions. Il a dit qu’il imposerait son veto. De ce fait, on ne peut pas s’attendre à un changement de politique américaine par ce discours », précise Cavari.

Cependant, ajoute Cavari, Netanyahu peut affirmer qu’en poussant les législateurs à légiférer sur des sanctions, il fournit indirectement un levier au président américain pour les négociations avec l’Iran.

Le Congrès n’est pas satisfait des termes de l’accord actuel, pourrait expliquer Obama aux Iraniens, de ce fait, il faudrait que vous fassiez quelques compromis pour que je puisse le faire accepter à la maison. « C’est l’un des arguments qu’avance les supporter de Netanyahu. Ils savent qu’il ne réussira pas à faire changer la politique américaine à cause du veto d’Obama ».

Barack Obama lors de son discours sur l'état de l'Union, le 28 janvier 2014 au Capitole, à Washington  (Crédit : Pool/AFP Larry Downing)

Barack Obama lors de son discours sur l’état de l’Union, le 28 janvier 2014 au Capitole, à Washington
(Crédit : Pool/AFP Larry Downing)

Mais Cavari persiste sur le fait qu’au final, il est extrêmement improbable que le discours change quoique ce soit sur l’accord avec l’Iran. « Et même si c’était le cas, cela ne vaut pas le coup de créer des tensions entre l’administration Obama et Jérusalem ».

Les alliés de Netanyahu en Israël et aux Etats-Unis ne sont pas d’accord, et bien sûr affirment que la menace suprême posée par un Iran nucléaire est plus importante que toutes autres inquiétudes. Mais ce discours qui va à l’encontre de la volonté du président américain est un pari dangereux – un pari qui, si Netanyahu perd, pourrait transformer Israël en un endroit moins sûr.

Cela a toujours été peu probable que le Congrès soit en mesure de renverser le veto d’Obama sur tout projet de loi sur des sanctions, mais maintenant cette possibilité est proche de zéro, avec de nombreux membres du Congrès déterminés à ne pas laisser un dirigeant israélien impudent avoir le dernier mot au détriment de leur propre président.

Pire encore, l’hostilité croissante entre l’administration et le gouvernement israélien réduira probablement la mesure dans laquelle Washington prendra en considération les préoccupations de Jérusalem au cours des négociations avec l’Iran.

« L’accord sera donc signé », prédit Dov S. Zackheim, un ancien fonctionnaire haut gradé proche de plusieurs instances républicaines dans Foreign Policy. « Est-ce qu’Israël répondra à un accord qu’il considère comme étant mauvais en attaquant les installations nucléaires de Téhéran ? Et s’il le fait, au regard de l’ambiance que Netanyahu a créé à Washington, peut-il sérieusement s’attendre à un soutien américain. Combien de temps cela prendrait-il à l’Iran de se remettre de cette attaque et d’obtenir l’arme nucléaire ? Cinq ans ? Dix ans ? Sans le soutien américain, dans quelle mesure les Israéliens seront-ils en sécurité dans dix ans ? ».

Être du mauvais côté du président pourrait également s’avérer préjudiciable sur une variété d’autres domaines, étant donné le généreux soutien armé, diplomatique, et financier dont Israël jouit actuellement – et dont il dépend.

D’un point de vue israélien, le futur accord nucléaire avec l’Iran, au moins tel qu’il est décrit, semble en effet faible.

Les Américains ont fait trop de concessions, et les Iraniens pourraient se rapprocher dangereusement de l’obtention de la capacité nucléaire.

Mais la stratégie de Netanyahu pour empêcher l’accord en présentant un discours provocateur au Congrès semble également inefficace. Il pourrait non seulement s’avérer inefficace pour empêcher l’accord, mais pourrait également contrarier le gouvernement l’allié le plus proche et le plus puissant d’Israël pour les années à venir.