NEW YORK — Faiblement éclairée, la pierre – ou la stèle – n’a pas l’air particulièrement intéressante, tout particulièrement si on la compare aux sphinx, aux bijoux et aux chaudrons nettement plus somptueux que l’on peut voir dans la même salle.

En effet, dans un message Twitter de cet automne, la chroniqueuse d’art Lee Rosenbaum a décrit la pierre de 33 sur 40 cm datant de 830 avant JC, comme très « modeste ».

Ce qui est notable avec cette pierre, que l’on peut voir au Metropolitan Museum of Art de New York [le Met] dans l’exposition « De l’Assyrie au monde ibérique à l’aube de l’âge classique » jusqu’au 4 janvier, c’est son inscription : la plus ancienne référence à la « Maison de David » en dehors de la Bible.

« Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un des objets les plus importants jamais trouvés en relation avec la Bible » a écrit Eran Arie, conservateur des périodes israélites et persanes au Musée d’Israël, pour le catalogue de l’exposition.

Comme on peut s’y attendre avec une pierre datant de près de trois millénaires, il manque des morceaux, et la traduction d’Arie des 13 lignes restantes du texte est pleine d’ellipses et d’additions entre crochets. Il est clair que le roi Hazael d’Aram-Tsova se vante d’avoir tué 70 rois, y compris celui d’Israël et de la « Maison de David » [le chiffre, selon les universitaires, est probablement exagéré, même si Hazael avait effectivement la réputation d’être à la fois sans pitié et prospère].

Les trous dans la pierre n’obstruent ni ne cachent l’inscription “BeiT DaViD”, ou « Maison de David », qui reste « absolument intacte et claire » a déclaré Ira Spar, professeur d’histoire antique au Ramapo College du New Jersey et chercheur spécialiste de l’Assyrie au sein du Met.

Selon Spar, les spécialistes et les historiens de la Bible sont presque unanimes par rapport à ces lettres qui signifient « Maison de David ». « S’il est clair que David était le roi d’Israël, la preuve archéologique quant à l’étendue de son royaume reste incertaine », explique-t-il.

Malgré son « inscription extraordinaire », la pierre, provenant des « Annales de Sennacherib » et datant du 7e siècle avant JC, et qui évoque  le siège de Jérusalem mentionné dans la Bible, a été « étrangement » ignorée dans les commentaires sur l’exposition du Met, note le site internet de la Société biblique archéologique.

Steven Fine, professeur d’histoire juive et directeur du centre pour les Etudes sur l’Israël antique à Yeshiva University juge lui aussi que ce manque d’attention est curieux. « C’est étonnant de voir que la presse juive l’ait si peu remarqué. »

Même si l’inscription n’a reçu que peu d’attention, Fine explique qu’il a observé un intérêt général du public pour les objets datant de l’époque biblique. Lorsqu’il faisait des visites en tant que conservateur des collections archéologiques de l’Université de Californie du Sud dans les années 1980, Fine se souvient avoir entendu beaucoup d’exclamations du public lorsqu’il montrait une lampe à huile de la période du Premier Temple.

« Pourquoi ? Parce qu’ils avaient entendu parler du roi David », explique-t-il.

« Les gens s’intéressent à ce type d’objets. Ils ne sont pas si intéressés par le Moyen âge. Ils veulent en savoir plus sur l’histoire biblique… et c’est en partie la réaction à une certaine laïcisation qui rend ces objets si importants aux yeux des gens ».

Même sans cette preuve, David Wolpe, auteur de David : le cœur partagé, un livre écrit cette année, a déclaré dans une interview qu’il y avait un consensus quasi unanime parmi les spécialistes pour affirmer que David existait bel et bien. Mais Wolpe, rabbin du mouvement « conservative » [une mouvance du judaïsme américain] du Sinai Temple à Los Angeles, a ajouté que « la taille et la portée du royaume de David étaient probablement beaucoup moins important qu’on ne l’a toujours estimé. »

Dans le catalogue de l’exposition du Met, Eran Arie du Musée d’Israël a écrit que l’évocation de David sur cette pierre, quelques 150 ans après son règne, équivaut à une « indication claire que la « Maison de David » était connue dans la région et que la réputation du roi n’était pas une invention littéraire d’une période plus tardive. Ceci, a-t-il ajouté, « valide clairement la description biblique d’une figure nommée David appelée à devenir le fondateur de la dynastie royale de Yehuda, à Jérusalem. »

Steven Fine pense également que la plupart des savants acceptent un « David historique », mis à part ceux qui se rallient à l’École d’interprétation biblique de Copenhague.

Bien que les archéologues soient globalement mal à l’aise avec le texte, explique Fine, certains pourraient dire que le roi David est « juste un nom » dont nous ne savons rien, tandis que d’autres voient David à travers les « yeux de l’histoire juive ».

Fine affirme que l’intérêt du public dans les artefacts de l’époque biblique est une bonne chose même si les connaissances sont parfois simplifiées à outrance par les programmes de télévision populaires.

« Il n’y aurait pas de champ de recherche si tout cet intérêt n’existait pas, » a-t-il confié. « Chacun d’entre nous a commencé en étant un enfant face à ce genre de sujets. »