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2 fois plus d’abus sexuels chez les écoliers religieux que chez les laïcs – étude

Ces conclusions révélatrices proviennent d’un rapport établi par un groupe orthodoxe libéral, basé sur les données du ministère des Affaires sociales

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Des écoliers israéliens vus le premier jour de la rentrée des classes dans une école de Jérusalem, le 1er septembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Des écoliers israéliens vus le premier jour de la rentrée des classes dans une école de Jérusalem, le 1er septembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Selon un rapport affligeant publié dimanche par une organisation orthodoxe libérale et basé sur des données du ministère des Affaires sociales, les élèves qui fréquentent des écoles religieuses ont deux fois plus de chances d’avoir été victimes d’abus sexuels que les élèves des écoles publiques laïques.

Sur 1 000 élèves du système scolaire public laïc, 1,04 ont été pris en charge, d’une manière ou d’une autre, par le ministère des Affaires sociales après avoir subi des abus sexuels. Dans le système ultra-orthodoxe, ce chiffre était presque doublé – 1,98 – et dans le système scolaire religieux public, il était plus de deux fois plus élevé, soit 2,39, selon l’étude du mouvement Neemanei Torah VaAvodah, un groupe progressiste de défense des droits religieux.

Shmuel Shattach, directeur du mouvement Neemanei Torah VaAvodah, a déclaré que l’étude montrait que la mixité, proscrite dans les écoles ultra-orthodoxes et dans de nombreuses écoles religieuses publiques, ne fait pas forcément de différence en matière de prévention des abus sexuels sur les enfants.

« Les gens disent : séparons les écoles par sexe et ce sera plus sûr. Et c’est vrai que dans les écoles mixtes, il y a sans aucun doute des abus. C’est ce que tout le monde me disait. Donc, nous avons vérifié [si c’était vrai] », a-t-il déclaré.

Les chiffres utilisés dans le rapport ont été glanés auprès du Bureau central des statistiques, qui les a recueillis dans les rapports des bureaux des services sociaux municipaux, rassemblés par le ministère des Affaires sociales. Les chiffres n’indiquent que le type d’école fréquentée par les victimes, ce qui signifie que les abus ne se produisent pas nécessairement dans les écoles.

Ils ne comprennent en outre que les cas d’abus sexuels signalés. Les cas non signalés ne sont pas inclus et ne sont pas estimés. Selon Shattach, les chiffres réels sont probablement encore plus élevés, car les abus ne sont généralement pas signalés par la communauté religieuse israélienne.

« Aucun des experts que nous avons consultés pour cette étude n’a été surpris par les résultats. Aucun d’entre eux n’a dit : « Non, vos chiffres doivent être faux ». Tous les professionnels qui traitent de cette question ont déclaré que les chiffres que nous avons trouvés reflétaient généralement la réalité », a déclaré Shattach.

Shmuel Shattach, chef du mouvement Ne’emanei Torah Ve’Avodah, sur une photo non datée. (Crédit : Autorisation)

L’étude a révélé que les taux d’abus étaient plus élevés chez les étudiants et les étudiantes des écoles religieuses publiques et des écoles ultra-orthodoxes, ou haredi. Les élèves masculins de ces établissements religieux ont enregistré des taux d’abus beaucoup plus élevés – plus de trois fois supérieurs – que leurs homologues laïques. Selon les chiffres, 0,61 élève de sexe masculin sur 1 000 dans les écoles laïques ont été traités à la suite d’un abus sexuel, alors que ce chiffre était de 2,07 dans les écoles haredi et de 2,3 dans les écoles religieuses nationales.

Les données n’ont pas ventilé les taux d’abus par école individuelle mais plutôt en fonction du type d’école, limitant ainsi la possibilité pour Shattach de tirer des conclusions plus larges concernant les taux d’abus dans les écoles mixtes par rapport aux écoles séparées, puisque pas toutes les écoles religieuses ne séparent leurs classes.

« Je ne peux pas prouver de manière catégorique que les environnements mixtes sont meilleurs, mais je peux absolument prouver que la séparation des sexes n’aide pas », a-t-il déclaré.

Shattach – qui a établi une distinction claire entre les résultats, fondés sur des données sans équivoque, et son analyse de ces données, qui reflète son point de vue et celui de son organisation – a avancé un certain nombre de raisons qui expliqueraient pourquoi les taux d’abus seraient plus élevés chez les élèves qui fréquentent des écoles religieuses.

Il a noté que les écoles religieuses publiques séparées comptent un plus grand nombre d’enseignants masculins, qui sont statistiquement plus susceptibles de commettre des abus sexuels que les enseignantes.

Les enseignants des écoles religieuses publiques ne sont généralement pas aussi bien formés ou supervisés que ceux des écoles laïques, selon plusieurs rapports du contrôleur d’État.

La plupart des villes présentant les taux les plus élevés d’abus sexuels signalés sont des implantations situées en Cisjordanie, qui ne bénéficient généralement pas du même niveau de surveillance gouvernementale que les municipalités situées sur le territoire israélien non contesté.

Shattach, qui plaide en faveur de la mixité dans les écoles, a déclaré que les écoles séparées par sexe insufflent un faux sentiment de sécurité aux parents et n’ont généralement pas de programmes d’éducation sexuelle sérieux, même si, selon lui, elles ont fait des progrès notables et louables sur ce dernier point.

« Dans une société mixte, nous n’avons pas de faux sentiment sur la sécurité. Nous sommes constamment sur le qui-vive avec nos enfants. Où vas-tu ? Avec qui es-tu ? Qui sont tes amis ? Nous parlons aussi des [abus sexuels], il y a des conversations à ce sujet. Qu’est-ce qui constitue un abus ? Les enfants ont la terminologie nécessaire pour comprendre la question, pour comprendre ce qui est bien et ce qui est mal », a déclaré Shattach.

Des enfants juifs ultra-orthodoxes dans une école fondée par le Rabbin Shmuel Stern à Jérusalem le 9 août 2021 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Dans les sociétés où les hommes et les femmes sont séparés, il y a ce faux sentiment de sécurité. Les parents se disent : ‘OK, il n’y a que des garçons' », a-t-il déclaré. « On y fait généralement moins attention. Les enfants n’ont donc pas cette terminologie. Pour un garçon qui a grandi dans ce système éducatif, même s’il était témoin d’un incident, il ne parviendrait pas à y associer quoi que ce soit. »

Selon lui, le soutien de son organisation à la mixité découle en partie d’un désir de forcer les adultes à enseigner aux enfants les complexités du monde.

Si vous placez les enfants dans une bulle, « ils n’ont pas cette exposition », a-t-il dit.

Shattach estime que les structures familiales chez les religieux, qui ont tendance à avoir plus d’enfants que leurs homologues laïques, pourraient également être un facteur contribuant aux taux plus élevés d’abus.

« Lorsque vous avez des familles nombreuses, il est concrètement plus difficile de contrôler ce qui se passe », a-t-il déclaré. « Lorsque vous avez trois enfants, vous savez où ils sont tous. Quand vous en avez 10, c’est plus difficile ».

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