35 Arabes blessés par la police lors d’une manifestation contre la criminalité
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35 Arabes blessés par la police lors d’une manifestation contre la criminalité

Selon les autorités, les protestations hebdomadaires contre la généralisation du crime organisé vont se poursuivre ; le tribunal de Haïfa libère 3 suspects arrêtés par la police

Des policiers interpellent un manifestant à Umm al-Fahm, le 26 février 2021. (Capture d'écran : Twitter)
Des policiers interpellent un manifestant à Umm al-Fahm, le 26 février 2021. (Capture d'écran : Twitter)

Samedi, des responsables de la communauté arabe d’Israël ont sévèrement critiqué la police. Ils exigent une enquête après des affrontements survenus lors d’une manifestation la veille, qui a vu au moins 35 participants blessés, parmi lesquels un maire et un parlementaire.

Des centaines de manifestants s’étaient rassemblés vendredi dans la ville arabe israélienne d’Umm al-Fahm pour protester contre le crime organisé dans la communauté et l’incapacité de la police à y mettre fin. Mais des dizaines de personnes ont été blessées après que la police a tiré des balles enrobées de caoutchouc, des gaz lacrymogènes, des grenades assourdissantes et des canons à eau alors qu’elle affrontait les manifestants.

Des responsables de la municipalité d’Umm al-Fahm et du Haut Comité de suivi des citoyens arabes d’Israël, un groupe de dirigeants de la communauté arabe, ont décidé lors d’une réunion samedi que les protestations se poursuivraient vendredi prochain, et ont déclaré qu’une « commission d’enquête d[evai]t être immédiatement établie ».

Parallèlement, des dizaines de manifestants se sont rassemblés samedi devant le tribunal de première instance de Haïfa pour protester contre l’arrestation de quatre suspects lors des affrontements de vendredi. Le tribunal en a ensuite relâché trois d’entre eux.

Les responsables arabes israéliens ont accusé la police d’avoir un comportement raciste et d’avoir fait un usage excessif de la force pour gérer les protestations. Une vidéo de la scène montre la police en train de battre et de frapper à coups de pied les manifestants alors qu’ils sont allongés au sol.

Depuis près d’un mois et demi, les habitants d’Umm al-Fahm organisent des manifestations hebdomadaires contre la violence et le crime organisé. Depuis le début de l’année 2021, 21 Arabes sont morts dans des actes de violence en Israël.

Selon les médecins, au moins 35 manifestants ont été blessés lors de la manifestation de vendredi, dont le député Yousef Jabareen de la Liste arabe unie. Jabareen a été atteint dans le dos par une balle en caoutchouc pendant la manifestation ; le député a été transporté d’urgence dans un hôpital local et a pu sortir plus tard dans la soirée.

Le maire d’Umm al-Fahm, Samir Subhi Mahameed, qui accompagnait Jabareen, a également été frappé par des officiers et a dû être soigné.

Un autre homme était dans un état grave après avoir apparemment été atteint à la tête par une grenade paralysante. La victime, un résident d’Umm al-Fahm identifié uniquement par son prénom, Muhannad, a été emmené à l’hôpital Rambam à Haïfa pour y être soigné en urgence.

Au moins 11 des manifestants ont été hospitalisés, tandis que les autres ont été soignés sur place.

La police a déclaré que huit officiers ont été légèrement blessés et que la police réagissait aux manifestants qui leur lançaient des pierres.

« Malgré des tentatives répétées au cours de la semaine pour parvenir à des accords avec les leaders de la protestation, dont le maire, nous n’avons pas reçu leur coopération, ce qui a conduit à une violente émeute [dans laquelle] des civils et des policiers ont été blessés », a déclaré la police dans un communiqué.

Selon la police, les officiers avaient fait face à une violente émeute au cours de laquelle les manifestants avaient tenté de bloquer l’entrée d’Umm al-Fahm ainsi qu’une autoroute adjacente. Quatre personnes ont été arrêtées sur les lieux pour participation à des troubles violents.

Le maire Mahameed a nié que la police ait été attaquée, disant que les protestations étaient pacifiques jusqu’à ce que les forces de l’ordre commencent à utiliser la force pour disperser la foule.

« Ceux qui ont commencé, c’est la police, sans aucune provocation de notre part », a déclaré Mahameed au Times of Israel.

« Il y a eu une prière silencieuse. Le prédicateur a fait un sermon le vendredi, disant aux fidèles de ne pas se comporter violemment. Puis de jeunes militants ont commencé à marcher avec 21 cercueils, symbolisant les 21 victimes de cette année dans la société arabe. Sans aucune provocation, la police a commencé à asperger d’eau les manifestants et à lancer des grenades paralysantes et des balles en caoutchouc », a raconté M. Mahameed.

Les images de la scène montrent des officiers le bousculant après qu’un commandant a pointé dans sa direction.

Puis j’ai entendu le commandant de la brigade dire à ses forces : « Je ne veux voir personne ici », et a demandé à ses officiers de m’attaquer spécifiquement. C’est là qu’ils m’ont frappé à la tête », a déclaré le maire.

Mahameed a reconnu que certains habitants d’Umm al-Fahm avaient jeté des pierres à la police, mais a maintenu que la police avait provoqué l’affrontement. Avant que la police ne commence à disperser la foule par la force, a-t-il dit, la manifestation avait été entièrement pacifique.

« Quant à communiquer avec nous et à travailler pour établir le calme ? Il n’y a rien eu de tel. Aujourd’hui, ils ont commencé à tabasser les jeunes manifestants immédiatement », a déclaré Mahameed.

Une vidéo montre la police en train de pousser une femme dans la circulation avec un bouclier anti-émeute.

Dans une autre vidéo, on voit des agents qui évacuent la place principale à l’aide de boucliers de police, l’un des policiers poussant au sol une femme âgée sans méfiance qui était tournée dans l’autre direction lorsqu’un autre agent s’est jeté sur Jabareen.

« La police brutale et raciste a attaqué des manifestants non violents qui réclamaient simplement leur sécurité personnelle face à la criminalité d’Umm al-Fahm », a déclaré Jabareen, ajoutant qu’un officier l’avait frappé dans le dos avec une grenade paralysante, ce qui a entraîné des blessures nécessitant une hospitalisation.

« Le commandant du commissariat de Umm al-Fahm doit démissionner immédiatement. C’est la demande de l’ensemble de la population arabe. La police, qui est dure avec les manifestants et faible avec les criminels, ne nous brisera pas. Nous continuerons à protester », a ajouté le député.

Le crime organisé est largement considéré comme le moteur de la propagation de la violence dans les villes arabes. Les Arabes israéliens accusent la police d’être incapable de sévir contre les puissantes organisations criminelles.

Le nombre d’homicides parmi les Juifs israéliens depuis 2016 est resté relativement constant : 38 en 2016, 44 en 2017, 35 en 2018 et 36 en 2019, selon la police israélienne.

Chez les Arabes israéliens, cependant, elle a augmenté de manière significative au cours de cette même période : 64 en 2016, 67 en 2017, 71 en 2018, 89 en 2019 et 96 en 2020, selon l’organisation à but non lucratif Abraham Initiatives, qui s’emploie à faire progresser les initiatives de société commune en Israël.

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

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