60 rabbins appellent à la fin des importations « criminelles » d’animaux vivants
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60 rabbins appellent à la fin des importations « criminelles » d’animaux vivants

Le grand rabbin de Beer-Sheva a affirmé que quiconque achetait une telle viande était complice d'une activité contre la moralité humaine et la Torah

Emission "60 Minutes" diffusée à la télévision australienne le 8 avril 2018 consacrée aux importations d’animaux (Crédit : capture d'écran de l'émission "60 minutes")
Emission "60 Minutes" diffusée à la télévision australienne le 8 avril 2018 consacrée aux importations d’animaux (Crédit : capture d'écran de l'émission "60 minutes")

L’un des rabbins les plus importants d’Israël a déclaré que quiconque achetait de la viande issue d’animaux importés de l’étranger en Israël pour y être abattus dans d’horribles conditions était complice d’un crime.

Dans une lettre publiée jeudi par des militants des droits des animaux, le rabbin Yehuda Deri, grand rabbin de la ville de Beer-Sheva et membre du Conseil du Grand Rabbinat, a appelé tous les rabbins israéliens à protester contre les importations de moutons et de bovins depuis des destinations lointaines et leur abattage en Israël.

Il a affirmé qu’il prévoyait de soulever la question lors d’une prochaine réunion du Conseil.

« Il est clair que quiconque achète cette viande est complice et favorise ceux qui commettent ce crime diabolique », a-t-il écrit. « Chaque rabbin en Israël doit prendre part à cette manifestation jusqu’à ce que le problème soit résolu. »

La lettre était accompagnée d’une pétition contre les importations, signée par 60 rabbins éminents de toute la sphère religieuse.

Capture d’écran de l’émission « 60 Minutes » diffusée à la télévision australienne le 8 avril 2018 et consacrée aux importations d’animaux. (Crédit : capture d’écran)

La lettre faisait suite à la diffusion d’un reportage de l’organisation Animals Australia dans l’émission « 60 Minutes » sur la télévision australienne, consacré aux conditions épouvantables dans lesquelles des moutons ont été importés au Moyen-Orient lors de cinq voyages.

La pétition affirme « qu’autoriser une telle cruauté envers les animaux n’est ni dans la voie de la Torah ni dans la moralité humaine ».

Parmi les signataires figuraient des membres du Conseil du Grand Rabbinat : le rabbin Deri, le rabbin Ratzon Arusi et le rabbin Shimon Elitov ; ainsi que des lauréats du Prix Israël : le rabbin professeur Daniel Sperber, le rabbin Avraham Steinberg et le rabbin Eli Sadan ; et le regretté rabbin Elyashiv Knohl, décédé il y a deux semaines.

On trouvait également Shmuel Rabinowitz, rabbin du mur Occidental ; Avigdor Nebenzahl, ancien grand rabbin de Jérusalem, membre de la faculté du Yeshivat HaKotel et rabbin de la synagogue Ramban dans la Vieille Ville ; le docteur Israel Meir Levinger, expert en cacheroute et vétérinaire ; Itamar Wahrhaftig, expert de l’université Bar-Ilan concernant la loi juive ; Ronen Neubert, co-fondateur de l’organisation Beit Hillel ; et Shlomo Sheffer, rabbin de l’université Bar-Ilan.

« Nous avons été choqués de découvrir les dures réalités et la grande souffrance des veaux et des moutons, créatures de Dieu envoyées par des navires australiens et européens pour être massacrés en Israël », explique la pétition, qui représente la plus grande mobilisation rabbinique à ce jour concernant ces importations qui, depuis l’Australie, peuvent prendre trois semaines ou plus.

« Causer de telles souffrances aux animaux uniquement dans le but de satisfaire notre désir de viande fraîche n’est ni dans la voie de la Torah ni dans la moralité humaine. En outre, la viande qu’ils produisent coûte plus cher que de la viande fraîche importée en Israël. »

La pétition se conclut en affirmant que les importations devaient être cessées.

Dans des images du documentaire, filmées par un lanceur d’alerte présent sur le navire et diffusées par la suite sur la chaine Hadashot, on peut remarquer un surpeuplement à bord, les animaux étant si serrés que beaucoup d’entre eux ne pouvaient pas atteindre la nourriture et l’eau.

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Posted by ‎אנונימוס לזכויות בעלי-חיים‎ on Tuesday, 10 April 2018

Incapables de s’asseoir ou de s’allonger, la plupart sont couverts de leurs propres excréments et semblent chercher de l’air frais dans cette chaleur extrême – un signe qu’ils sont sur le point de mourir de chaud.

« Ils se font littéralement cuisiner de l’intérieur pendant le voyage », a déclaré le vétérinaire Yuval Samuel à Hadashot.

Au cours de l’un des voyages qui a été documenté, 2 400 moutons ont péri et ont été jetés par-dessus bord.

Cette protestation rabbinique est menée par deux professeurs de l’université Bar Ilan – Sperber, né en Grande-Bretagne, président de l’Institut supérieur d’études de la Torah et végétarien, et Yael Shemesh du département de la Bible et du centre de recherche sur la femme, végétalienne – en collaboration avec les organisations de défense des droits des animaux « Anonymous pour les droits des animaux » et « Laisser les animaux vivre ».

Le rabbin professeur Daniel Sperber, le 9 juin 2015 (Sigal Krimolovski)

Sperber a déclaré : « Je n’ai aucun doute sur le fait que quiconque verra ces images estimera que cette situation est totalement interdite par [la loi juive]. C’est une souffrance animale indescriptible… c’est tellement horrible et certainement totalement interdit. »

Le rabbin Deri a affirmé dans sa lettre « qu’il ne faisait aucun doute que ce phénomène contredisait totalement l’esprit de notre sainte Torah et certaines mitsvot concernant ce qui est et n’est pas autorisé ainsi que les nombreuses lois [juives rituelles] qui ont été prononcées dans le Talmud ».

Deri a également cité des extraits de la loi juive interdisant la cruauté envers les animaux et statuant que, bien que les Juifs sont autorisés à manger de la viande, ils doivent faire tout leur possible pour minimiser la souffrance des animaux.

Après la diffusion du programme en Australie, le ministère australien de l’Agriculture a annoncé qu’il ouvrirait une enquête sur les normes de transport du bétail entre l’Australie et le Moyen-Orient.

Le ministre de la Sécurité publique, Gilad Erdan, a appelé à l’arrêt complet, ou du moins à une réduction significative, de ce qu’il a surnommé des cargaisons « cruelles ».

Le rabbin Yehuda Deri, le 4 avril 2011 (Kobi Gideon / Flash90)

Il a déclaré à Hadashot que la surveillance des conditions sur ces voyages long-courriers était insuffisante et que tout devrait être fait pour réduire ou de préférence cesser les importations vers Israël et les « graves abus » sur les animaux impliqués.

L’épouse du Premier ministre, Sara Netanyahu, a expliqué sur Facebook avoir été « choquée » par l’émission.

L’année dernière, 499 265 bovins et ovins vivants ont été importés en Israël pour l’industrie de la viande depuis l’Australie et divers pays européens – une légère diminution par rapport à 2016, quand 571 972 bêtes sont arrivées dans les ports israéliens, selon le ministère de l’Agriculture.

Les navires, aménagés de la même façon qu’un grand parking à plusieurs étages, transportent chacun entre 1 000 et 20 000 bovins, ou 100 000 moutons, ou une combinaison de bêtes.

Une fois en Israël, les animaux sont chargés dans des camions pour des trajets qui peuvent durer des heures en direction d’abattoirs ou de fermes d’engraissement avant leur abattage. Ils sont traités avec des antibiotiques contre les infections provoquées par le surpeuplement.

Bien que le reportage australien ne concernait pas directement les importations vers Israël, des images d’une station de quarantaine du kibboutz Eilot dans le sud du pays ont été publiées dans le même temps par « Anonymous for Animal Rights » et montraient le même genre d’abus après l’arrivée des navires dans le pays, avec des animaux qui se faisaient fouetter dans un passage étroit.

Un ouvrier filmé frappant une vache dans une station de quarantaine du kibboutz Eilot, dans le sud d’Israël, après le déchargement du bétail à abattre au port d’Eilat (capture d’écran d’Anonymous / Hadashot News)

Les députés du Lobby pour les droits des animaux de la Knesset ont déclaré dans un communiqué que, malgré les « promesses explicites » du ministère de l’Agriculture selon lesquelles les importations vivantes seraient réduites et les importations de viande réfrigérée augmentées, « l’enquête montre que rien n’a changé ».

A l’heure actuelle, le gouvernement exempte totalement ou partiellement d’impôt les importations d’animaux vivants destinés à l’abattage, tout en imposant des plafonds d’exonération fiscale pour l’importation de viande réfrigérée.

Les responsables du pays ont affirmé par le passé qu’ils augmenteraient graduellement la quantité de viande fraîche exemptée de taxe autorisée dans le pays et diminueraient les importations vivantes.

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