75 ans après, les Britanniques reconnaissent la disparition de 23 Juifs du Palmach
Rechercher

75 ans après, les Britanniques reconnaissent la disparition de 23 Juifs du Palmach

La première mission de la force de combat israélienne pré-étatique, coordonnée avec Londres contre la France de Vichy, a été un lourd échec - et une histoire sans fin pour les familles des disparus

Séance d'entrainement pour les 23 membres d'Ari Hayam, ou Lion de mer (Crédit : autorisation)
Séance d'entrainement pour les 23 membres d'Ari Hayam, ou Lion de mer (Crédit : autorisation)

LONDRES – Soixante-quinze ans après la disparition d’un groupe de jeunes hommes juifs, disparus sans laisser de traces dans les eaux territoriales entre Haïfa et le Liban, une commémoration s’est tenue en leur honneur dans un cimetière militaire britannique.

Le mémorial du cimetière de Brookwood dans le Surrey, au sud-ouest de l’Angleterre, a été construit grâce à la détermination inébranlable de l’archiviste et historien britannique, Martin Sugarman.

L’histoire de l’Opération Boatswain est bien connue en Israël, alors que peu de personnes en ont entendu parler en Grande-Bretagne. Il s’agit de la première grande opération du Palmach en 1941 mais son issue tragique a jeté sur elle une ombre et n’a pas été, au départ, révélée publiquement par crainte de son effet sur son moral, la force de combat d’élite de la pré-étatique Haganah.

Les Juifs du Yishouv n’avaient jamais coopéré formellement auparavant avec les autorités militaires britanniques, mais au début de 1941 des représentants de la force mandatée ont commencé, par l’intermédiaire de l’Agence juive, à discuter de la possibilité d’une opération conjointe contre les forces de la France de Vichy au Liban et en Syrie.

Il a été décidé que la première cible serait une raffinerie de pétrole appartenant au régime de Vichy à Tripoli, au Liban. L’idée était un sabotage pur et simple.

Un officier britannique, le major Anthony Palmer, a été envoyé du Caire où il travaillait avec le COS, ou Le Commandement des Opération Spéciales.

Le mémorial au cimetière de Brookwood, dans le Surrey, au sud-ouest de l'Angleterre (Crédit : autorisation)
Le mémorial au cimetière de Brookwood, dans le Surrey, au sud-ouest de l’Angleterre (Crédit : autorisation)

« Le Palmach a demandé des volontaires, et 23 hommes se sont présentés », dit Sugarman.

Ils ont commencé la formation à la base aérienne de la RAF, à Ramat David, construite par les Britanniques et toujours utilisée aujourd’hui par les Forces de défense israéliennes.

Les essais menés ayant été une réussite sur Césarée, et, enfin, prêts pour la mission, ils sont partis.

Le but pour les hommes était de quitter Haïfa et de parvenir jusqu’à la côte du Liban à Tripoli. Trois des volontaires du Palmach devaient rester à bord, tandis que les autres, emportant avec eux les explosifs qu’ils avaient embarqués sur le bateau, devaient mener un raid commando contre la raffinerie.

Mais pour des raisons inexpliquées, au lieu de se servir du bateau qu’ils avaient utilisé lors de leur formation, l’équipe s’est adressée à la police palestinienne qui a dû leur céder l’une de leur meilleure chaloupe, le Lion de Mer, ou Ari Hayam.

Dans la nuit du 18 mai 1941, le Ari Hayam, transportant les 23 jeunes Juifs et le major Palmer, a appareillé à Haïfa – et n’a plus jamais été revu.

Comme l’explique Sugarman, au fil des ans, il y a eu une de nombreuses de théories quant à ce qui est arrivé aux membres de l’équipage du Ari Hayam, mais durant près de 75 ans l’armée israélienne les a classé comme « disparus dans l’action. »

Martin Sugarman, archiviste et historien britannique, qui s'est battu pour la reconnaissance des 23 guerriers du Palmach, disparus en mer lors d'une mission contre le régime de Vichy en 1941 (Crédit : autorisation)
Martin Sugarman, archiviste et historien britannique, qui s’est battu pour la reconnaissance des 23 guerriers du Palmach, disparus en mer lors d’une mission contre le régime de Vichy en 1941 (Crédit : autorisation)

« Il y a cinq principales théories qui pourraient expliquer ce qui s’est passé », dit Sugarman. « Le bateau aurait été coulé par un sous-marin ennemi, mais il n’y avait aucune preuve de bateau ennemi dans les parages cette nuit-là. La deuxième théorie est que le bateau, qui habituellement transportait seulement un équipage de quatre personnes, était trop lourd avec 24 hommes à bord en plus du matériel, et il a simplement coulé sous le poids ».

L’hypothèse a été émise sur le fait que le bateau ait coulé lors d’une tempête, car le temps était mauvais ce soir-là. Deux autres théories relatives à des corps dans une épave et des potentiels survivants ont été abordées.

La première idée, explique Sugarman, est que le bateau a sombré, les corps ont été rejetés sur le rivage, puis enterrés par les Arabes locaux. La deuxième théorie dit que certains des 23 ont en fait survécu, nagé jusqu’à la terre où ils ont été accueillis par les forces de l’Anzac (Australie et Nouvelle-Zélande) qui leur a dit de se diriger vers le sud. Encore une fois, des « Arabes locaux », dont l’identité n’est pas précisée apparaissent dans cette histoire, qui affirment qu’ils ont retrouvé et tué les survivants.

Colonne commémorative à Tel Aviv, en souvenir des 23 membres dy Palmache t de l'officier britannique disparus en mer lors d'une opération à bord du Lion de mer (Crédits : Wikimédia Commons/Ori~)
Colonne commémorative à Tel Aviv, en souvenir des 23 membres du Palmah et de l’officier britannique disparus en mer lors d’une opération à bord du Lion de mer (Crédits : Wikimédia Commons/Ori~)

Israël a cherché sans succès dans les fonds marins au large de la côte de Haïfa, en renouvelant ces tentatives au fil des années et au fur et à mesure que la technologie est devenue plus sophistiquée. En 1982, le colonel israélien Shlomo Elkana a fait paraître une annonce dans le journal libanais de langue française, L’Orient-Le Jour. Il y est écrit : « En mai 1941, le bateau du Major Suprême [sic] Anthony Palmer, un officier anglais et ses 23 marins a été retrouvé par les forces de Vichy. Toute personne ayant connaissance de cette affaire est priée de contacter le numéro de téléphone suivant ».

Le colonel lui-même avait mis en place un bureau à Beyrouth pour tenter de comprendre le sort de ces 23 personnes, mais là encore sans succès.

En Israël, l’histoire des 23 est commémorée à Tel Aviv et sur le mont Herzl à Jérusalem, et dans beaucoup de rues à travers le pays. Le Major Palmer bénéfice d’un mémorial personnel, mais Sugarman a estimé ce fait «injuste» pour la mémoire des autres hommes, et en 2005 il a commencé à chercher dans les archives britanniques, françaises et italiennes pour plus d’informations.

Dans une certaine mesure, il s’est retrouvé dans une impasse. Mais en 2014 le colonel Nir Ereli des archives militaires MiA a organisé une réunion avec les familles des 23, et leur a dit que l’armée israélienne, aussi, se trouvait dans une impasse. « Ils ferment le dossier », a-t-il prévenu.

Sugarman a décidé de tenter une dernière fois d’obtenir des Britanniques qu’ils reconnaissent le sacrifice de ces 23 jeunes Juifs. Il a écrit à la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth, décrivant les détails de l’affaire, et a envoyé autant de rapports qu’il a pu trouver, montrant que les hommes s’étaient portés volontaires pour participer à cette mission dangereuse, pour aider les Britanniques et les forces alliées.

A sa grande surprise, la Commission a répondu en quelques semaines et un mémorial a été dévoilé au cimetière de Brookwood. Bien sûr, il y a une erreur dans la liste des noms – avec l’inscription d’un mystérieux « Picchi, F, » un homme qui n’a rien à voir avec les 23 jeunes Juifs. En réalité, précise Sugarman, il s’agissait d’un travailleur italien du COS qui a également disparu au combat et plutôt que de lui construire un mémorial séparé, la Commission a inclus son nom avec les volontaires du Palmach.

Maintenant Sugarman espère que l’ambassade d’Israël organisera une cérémonie à Brookwood pour commémorer le sacrifice de ces jeunes hommes qui sont morts sur le Ari Hayam. Car il pense qu’ils sont bien morts.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...