A 92 ans, elle rencontre les descendants de ceux qu’elle a sauvés de la Shoah
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A 92 ans, elle rencontre les descendants de ceux qu’elle a sauvés de la Shoah

"J'aurai voulu en sauver plus", a affirmé Melpomeni en grec, aux côtés des enfants et petits-enfants de Sarah et Yossi, dans la Salle des noms de Yad Vashem

Melpomeni Dina (C), Juste parmi les Nations lors de la Seconde Guerre mondiale, pose pour une photo de groupe avec les survivants de la Shoah Yossi Mor (Cg et sa soeur Sarah Yanai (Cd), qu'elle a aidé à sauver en 1943, ainsi que leurs descendants dans la Salle des noms au Mémorial de l'Holocauste Yad Vashem à Jérusalem, le 3 novembre 2019. (Emmanuel DUNAND / AFP)
Melpomeni Dina (C), Juste parmi les Nations lors de la Seconde Guerre mondiale, pose pour une photo de groupe avec les survivants de la Shoah Yossi Mor (Cg et sa soeur Sarah Yanai (Cd), qu'elle a aidé à sauver en 1943, ainsi que leurs descendants dans la Salle des noms au Mémorial de l'Holocauste Yad Vashem à Jérusalem, le 3 novembre 2019. (Emmanuel DUNAND / AFP)

Poussée dans un fauteuil roulant, ses cheveux blancs en chignon et les yeux emplis de larmes, Melpomeni, une Grecque de 92 ans, a rencontré pour la première fois dimanche les descendants d’une famille qu’elle a sauvée du nazisme il y a 75 ans.

« Je suis tellement émue, je ne trouve pas mes mots », affirme, larme à l’oeil, Sarah Yanai, 86 ans, tenant la main de Melpomeni Dina Gianopoulou, qui l’avait protégée des griffes des nazis avec sa famille, en Grèce, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Melpomeni et ses deux grandes soeurs avaient caché la famille de Sarah, six personnes en tout, à Véria, une petite ville près de Thessalonique.

Pendant presque deux ans, la famille avait trouvé refuge chez les soeurs Gianopoulou puis chez une autre famille grecque, les Axiopoulos.

« C’est comme une soeur pour moi, on faisait tout ensemble », confie Mme Yanai à l’AFP en marge d’une cérémonie à Yad Vashem, mémorial érigé à la mémoire des victimes juives de la Shoah, à Jérusalem. « Je suis très émue, jusqu’au plus profond de mon âme, elle m’a sauvé la vie », ajoute-t-elle.

En 1994, les soeurs grecques ont reçu le titre de « Justes parmi les Nations », la plus haute distinction civile décernée par l’Etat hébreu à des personnes non-juives qui, au péril de leur vie, ont aidé des Juifs persécutés par l’occupant nazi.

Et une vingtaine de descendants de Sarah et de son frère Yossi Mor ont rencontré au mémorial celle à qui ils doivent en partie leur vie. Melpomeni, qui avait fait le voyage depuis la Grèce pour la cérémonie, est apparue, poussée dans un fauteuil roulant pour les rejoindre.

Le frère et la soeur, qui vivent en Israël, ont présenté leurs descendants, jusqu’aux petits-enfants en short sport, qui ont à tour de rôle serré dans leurs bras la vieille dame, émue.

Yossi Mor avait deux mois et Sarah neuf ans quand ils ont été cachés avec leur mère, deux autres frères et une soeur.

Leur famille, les Mordechaï, était à un moment cachée dans une mosquée construite par les Ottomans qui dominaient jadis la Grèce, par la famille chrétienne de Melpomeni.

Melpomeni Dina (C), réunie avec les survivants de l’Holocauste, Yossi Mor (R), et sa sœur Sarah Yanai, qu’elle a sauvés en 1943, au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, le 3 novembre 2019. (Emmanuel DUNAND / AFP)

« Quand nous étions à la mosquée, notre situation se détériorait, surtout celle de mon frère Shmouël. Melpomeni et sa soeur ont pris mon frère sur leurs épaules et l’ont emmené à l’hôpital au milieu de la nuit », raconte-t-il avec émotion. « Mais elle l’a retrouvé plus tard avec un drap blanc sur son lit d’hôpital. Il était mort ».

Youval Dagan, 28 ans, un des petits-fils de Yossi, raconte avoir grandi avec cette histoire. « Depuis que je suis petit, ces trois soeurs (grecques) sont pour moi le symbole de l’héroïsme, un modèle de vie », dit-il.

Il a lui-même déjà été en Grèce mais n’avait jamais rencontré celle qui a sauvé son grand-père.

« J’aurai voulu en sauver plus », affirme Melpomeni en grec, qui embrasse à tour de rôle tous les enfants et petits-enfants de Sarah et Yossi, dans la Salle des noms de Yad Vashem, où sont réunis les noms des millions de juifs assassinés pendant la Shoah.

Melpomeni Dina (C), réunie avec les survivants de l’Holocauste, Yossi Mor (R), et sa sœur Sarah Yanai, qu’elle a sauvés en 1943, au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, le 3 novembre 2019. (Emmanuel DUNAND / AFP)

Au total, 27 362 personnes ont été reconnues « Justes parmi les nations » pour avoir sauvé des Juifs de la Shoah.

Mais ces ange-gardiens sont désormais morts ou très âgés, rendant les réunions comme celles de dimanche impossibles ou uniques, a souligné sur place Stanlee Stahl, vice-président de la Fondation juive pour les Justes (JFR), affirmant que « ce sera sans doute la dernière réunion que nous organisons ».

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