A Herzliya, Netanyahu fait un pied de nez aux Palestiniens – et au monde
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Analyse

A Herzliya, Netanyahu fait un pied de nez aux Palestiniens – et au monde

Durant un discours politique radoteur, Netanyahu a défié la frustration internationale sur les efforts de paix au point mort

Haviv Rettig Gur est l'analyste du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la conférence de Herzliya, le 9 juin 2015 (Amos Ben Gershom / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la conférence de Herzliya, le 9 juin 2015 (Amos Ben Gershom / GPO)

Cinq minutes après le début de son discours à la Conférence de Herzliya, il était clair que le Premier ministre Benjamin Netanyahu voulait qu’il soit ignoré – au moins, par le bulletin de nouvelles télévisé, alors que les organisateurs de la conférence avaient programmé l’événement à cette heure bien précise.

Le style du discours – sourire franc au public, récit d’anecdotes bizarres sur le Premier ministre indien et le PDG de Google, passage de l’hébreu à l’anglais apparemment impromptu, éloge du capitalisme sans idée précise, allant même jusqu’à rappeler ses propres réformes de contrôle de la monnaie israélienne depuis le milieu des années 1990 – était tellement hors contexte et difficile à suivre qu’il est impossible de ne pas comprendre que l’orateur ne souhaitait pas que ses propos soient suivis de près par le public local.

Il s’agit, après tout, de Benjamin Netanyahu – calculateur, réfléchi, fier de ses prouesses tactiques.

Dans ce cas, cela a fonctionné. Le discours a été largement ignoré des Israéliens et des médias, et à peine présenté aux nouvelles du soir.

« Il n’y a rien de nouveau dans ce discours », ont déclaré les journalistes politique israélien. Ecouter le discours était « comme être forcé de regarder les photos de vacances d’un vieil oncle », a affirmé un correspondant étranger.

Et pourtant, profondément enraciné dans le discours, intimement lié au style dédaigneux informel, un nouveau message apparaissait, ou du moins le signal d’une sensibilité politique en évolution.

Netanyahu n’a pas ignoré le contexte de son discours : la conscience croissante, parmi les dirigeants israéliens, que l’Occident démocratique est en train de perdre patience et a déjà perdu la foi vis-à-vis de sa politique palestinienne. Et le Premier ministre a pris le temps de ridiculiser subtilement ces préoccupations.

« Nous ne voulons pas d’une solution à un Etat. Je ne veux pas d’une solution à un Etat. Je reste attaché à une solution de deux Etats pour deux peuples », a lancé Netanyahu à la 35e minute de son discours, déclenchant la première salve d’applaudissements d’un public composé de responsables israéliens, de diplomates et de journalistes.

Puis, sur un ton badin, il a demandé : « C’est la seule chose pour laquelle vous applaudissez ? »

Ce fut un moment de légèreté incompréhensible. L’expression du Premier ministre de son soutien à une solution à deux Etats a reçu des applaudissements, précisément parce que tant de gens dans la salle en doutent. Et sa moquerie devant les applaudissements portait, non pas sur leur timing, mais sur le sujet lui-même.

Puis, Netanyahu a exposé ses conditions pour la solution à deux Etats.

« La solution, telle que je la vois, est un Etat palestinien démilitarisé qui reconnaît l’Etat juif. Ce ne sont pas des conditions pour entamer des pourparlers. Je ne pose pas de conditions. Mais ce sont les fondations d’une paix durable entre nous et les Palestiniens, en supposant que la région ne sera pas balayée par des forces plus importantes [islamistes radicales]. »

La reconnaissance et la démilitarisation, a-t-il poursuivi, assureraient que « ce qui est arrivé à Gaza ne se reproduise pas, que ce qui est arrivé au Liban ne se reproduise pas. Ce ne sont pas – aidez-moi »- il s’est tourné vers le public, à la recherche d’une traduction du mot hébreu gachamot -« des caprices, ce ne sont pas des prétextes, des excuses, des arguments. C’est réel. »

« Comment pouvez-vous empêcher des tunnels d’être creusés de Kalkilya à Kfar Saba ?, » a-t-il demandé. « Il y a plusieurs milliers de tunnels le long de la ligne frontalière entre Gaza et l’Egypte. Sur 17 km – plusieurs milliers de tunnels. Qui garantira que ces tunnels ne seront pas creusés, qui ira à Kalkilya pour les arrêter ? Qui empêchera la contrebande d’armes ? »

Dans la bande de Gaza, a-t-il ajouté, le vrai problème n’est pas la contrebande, mais la production indigène d’armes.

Soudain, passant à l’hébreu, il a expliqué que la fabrication d’armes « a lieu à Gaza parce que nous ne sommes pas là-bas, mais pas à Ramallah. Elle n’a pas lieu à Ramallah – nous serions très heureux si l’Autorité palestinienne le faisait ; nous accueillons toute coopération sécuritaire -, mais au bout du compte, l’épine dorsale de la défense réelle reste les capacités défensives d’Israël. Et donc la question du désarmement de la Judée-Samarie n’est pas triviale. Elle ne se mesure pas uniquement à travers la fermeture de la frontière. Nous avons appris cette leçon durement [à Gaza]. Nous devons veiller à un régime sécuritaire durable qui apporte des solutions à ces problèmes, en supposant que la région reste stable. Ce ne sont pas des excuses, cela est réel. »

Et pour satisfaire ces besoins israéliens, a-t-il poursuivi, « vous devez tenir des négociations ».

Tout cela n’avait rien de nouveau. Tout cela a été exprimé une centaine de fois auparavant.

Mais la construction est intéressante.

Après avoir présenté son argumentaire pour la démilitarisation et la reconnaissance, Netanyahu a livré le véritable message. Son message n’était pas adressé aux Israéliens, mais aux étrangers dans la salle, aux gouvernements européens et aux responsables de l’administration Obama – au profit desquels il s’est même référé à son discours au Congrès en mars – qui doutent de sa sincérité sur la paix, et peut-être, surtout, aux dirigeants palestiniens.

« J’appelle donc à nouveau le président [Mahmoud Abbas] à revenir à des négociations sans conditions préalables. Mais je sais aussi qu’il a – Netanyahu a gloussé – très peu de raisons de parler. Pourquoi devrait-il parler ? Il peut s’en sortir sans parler. Il peut s’en sortir avec une communauté internationale qui accuse Israël de ne pas négocier. En d’autres termes, les Palestiniens fuient la table de négociations. Ils ont fui le Premier ministre [Ehud] Barak, du Premier ministre [Ehud] Olmert et le Premier ministre [Ariel] Sharon, et ils ont fui devant moi. Lorsque John Kerry a proposé un cadre pour les négociations, … ils se sont enfuis aussi. »

« Mais les Palestiniens ont un truc astucieux dans leurs manches. Ils refusent de négocier et ensuite obtiennent la pression internationale, des sanctions, des boycotts d’Israël car il n’y a pas de négociations. C’est un parfait cercle vicieux. »

Voulait-il dire un cercle vicieux pour Israël ? Non, a-t-il rapidement clarifié.

« Et il y a ceux qui tentent d’imposer des conditions à Israël au Conseil de sécurité, car il n’y a pas de négociations. Et certains d’entre eux prétendent que les dangers auxquels nous sommes confrontés ne sont pas de vrais dangers du tout. »

Et puis vint son coup de grâce : « Je pense que cela éloigne la paix. L’idée d’imposer la paix de l’extérieur ne fonctionne pas de toute façon, mais ce qu’elle garantit c’est que : un, nous lui résistions, deux, les Palestiniens ne viennent pas à la table [des négociations]. Parce que, s’ils peuvent obtenir des conditions de départ qui sont inacceptables pour tout gouvernement israélien et à partir desquelles ils peuvent pousser encore plus loin leurs accusations, pourquoi devraient-ils venir négocier ? »

Et voilà. Le message de Netanyahu ne réside pas dans la dénonciation de l’absence de pression internationale sur les Palestiniens, mais dans sa défiance désinvolte.

Toute tentative d’imposer la paix « ne fonctionne pas de toute façon », a-t-il dit avec désinvolture, en prononçant le dernier mot avec décontraction, comme si rien n’était plus évident.

Pendant ce temps, les initiatives unilatérales palestiniennes, et toute la pression internationale qu’elles déclenchent, tout simplement « garantissent que nous résisterons ».

Une chose au moins peut être dite de l’attitude défiante de Netanyahu : il a raison.

À un niveau purement tactique, compte tenu du fait que de nombreux Israéliens croient que tout retrait de la Cisjordanie serait extrêmement dangereux et aboutirait certainement à une implosion du style de Gaza dans le territoire, le monde n’a tout simplement aucun moyen significatif de forcer la main à Israël.

L’idée qu’il y a derrière la volonté de « fixer un tarif » pour 48 ans d’occupation, dans l’espoir d’y mettre fin, est que les avantages qu’Israël tire du maintien du contrôle de la Cisjordanie sont essentiellement économiques, axés sur les ressources [par exemple, le contrôle de l’eau du territoire], ou encore idéologiques.

En effet, la stratégie de pression sur Israël repose sur l’hypothèse que ces avantages sont assez légers et qu’il est possible d’augmenter le tarif pour Israël, à tel point qu’il n’aura plus intérêt à s’accrocher au territoire.

À son niveau le plus élémentaire, c’est l’argument qui sous-tend la stratégie de violence du Hamas et les efforts beaucoup plus bénins de diplomates européens qui cherchent à embarrasser et à isoler Israël des nations démocratiques en raison de sa politique palestinienne.

Mais si les Israéliens croient que le principal avantage de la possession de la Cisjordanie est la sécurité de leurs enfants, en s’assurant que le Hamas ne prenne pas le contrôle d’un territoire 20 fois plus grand que la bande de Gaza (un chiffre que Netanyahu a cité dans son discours) et bordant les grands centres de population, alors il est difficile d’imaginer quel coût le monde pourrait imposer, qui vaudrait la peine de prendre ce risque.

L’attitude de Netanyahu, son mépris désinvolte pour les opinions de son auditoire, et la rhétorique sinueuse qui a empêché des propos trop directs, entraient tous dans le cadre du message de l’orateur.

Ce message est : allez-y, boycottez, allez-y, sanctionnez. Nos craintes sur la sécurité sont réelles, basées sur l’expérience amère, et beaucoup plus importantes pour nous que tous les frais que vous pouvez imaginer nous imposer.

Exercer une pression sur Israël, alors, ne fait qu’emprisonner les Palestiniens dans l’illusion continue qu’ils ont un moyen d’éviter les négociations de paix, de trouver une voie vers l’indépendance qui ne passe pas par le corps politique israélien.

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