Rechercher

A la Knesset, une dernière séance de bruit et de fureur

Les députés arabes se sont invectivés les uns les autres ; Netanyahu, chef de l'opposition, s'en est pris à Mickey Levy, incapable de contrôler le chahut; Itamar Ben-Gvir a été hué

Benjamin Netanyahu à la Knesset avant la dissolution du gouvernement, le 30 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Benjamin Netanyahu à la Knesset avant la dissolution du gouvernement, le 30 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Les députés de la coalition et de l’opposition s’en sont pris les uns aux autres, jeudi matin, alors que la Knesset se réunissait pour le dernier vote de sa dissolution après avoir été dans l’incapacité de le faire lors d’une session programmée mercredi soir.

Le leader de l’opposition, Benjamin Netanyahu, a critiqué le gouvernement dans un discours interrompu par des députés décidés à perturber la séance ; un conflit a éclaté entre les législateurs arabes des deux côtés de la salle et un parlementaire provocateur a été expulsé de la plénière.

« Vous avez promis le changement, vous avez parlé de guérison, vous avez fait une expérience et cette expérience a échoué », a dit Netanyahu au sujet de la vaste alliance qui s’était constituée l’année dernière et de ses idéologies diverses. Cette coalition improbable réunissait des partis de droite, de gauche et du centre de tout le spectre politique israélien et, pour la première fois, elle incluait également une formation arabe, Raam, premier parti islamiste à rejoindre une coalition.

Le Premier ministre Naftali Bennett et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid avaient annoncé, au nom de leur coalition de huit partis, qu’ils mettaient un terme aux activités du gouvernement et qu’ils réclameraient la dissolution du Parlement, entraînant l’organisation de nouvelles élections.

Netanyahu s’en est tout particulièrement pris à Raam.

« C’est ce qui se passe quand vous prenez une fausse droite et une fausse gauche, que vous mélangez le tout avec les Frères musulmans et avec la Liste arabe unie : c’est ce que vous obtenez », a continué l’ex-Premier ministre, faisant référence aux liens entretenus par Raam avec le mouvement des Frères musulman ainsi qu’à la formation de droite Yamina du Premier ministre Naftali Bennett.

Netanyahu a été pris à partie avec colère par le chef de Raam, Mansour Abbas.

« Je suis entré au gouvernement grâce à la coopération avec vous », a-t-il crié en s’adressant à Netanyahu, faisant apparemment référence à la légitimité fournie par l’ex-Premier ministre à son parti lorsque ce dernier tentait d’obtenir son soutien pour former une coalition dans le sillage des élections de 2021. Ces efforts avaient avorté quand le parti Sionisme religieux d’extrême-droite avait refusé de siéger dans une alliance intégrant Raam.

Le député de Raam, Mansour Abbas, à la Knesset, le 30 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Alors que Netanyahu parlait, un échange furieux a aussi eu lien entre Abbas et le député Ahmad Tibi, de la Liste arabe unie.

« Tu as léché le c…l de Netanyahu pour entrer dans une coalition avec lui », a crié Tibi à Abbas en arabe.

« Oh, quelle honte », a riposté Abbas, qui a noté que cela avait été sa décision de rejoindre la coalition de Bennett qui avait permis d’écarter Netanyahu du pouvoir. « J’ai fait partir Netanyahu. Et c’est vous qui êtes en train de le faire revenir ».

Tibi a ensuite désigné du doigt Bezalel Smotrich, leader du parti Sionisme religieux d’extrême-droite, et il a dit à Abbas : « C’est à cause de cet homme que tu n’es pas aux côtés de Bibi [Netanyahu] aujourd’hui, ce n’est pas toi qui l’a décidé ». Smotrich avait exclu toute possibilité de rejoindre la coalition de Netanyahu, l’année dernière, si cette dernière comptait Raam dans ses rangs.

Le législateur Ayman Odeh n’a pas été en reste, pointant du doigt Abbas tout en interpellant Netanyahu : « Les Arabes qui ont été vos partenaires n’ont pas de valeurs ».

Le parlementaire d’extrême-droite Itamar Ben-Gvir, du parti Sionisme religieux, a été sorti de séance plénière par la force après avoir refusé d’arrêter de prendre des photos des autres députés à l’aide de son téléphone.

D’autres parlementaires ont levé la voix pendant la session, la salle devenant de plus en plus bruyante et agitée.

Netanyahu a alors réprimandé le président de la Knesset, Mickey Levy, issu de la formation Yesh Atid de la coalition. « Ce n’est pas comme ça qu’on dirige une session ! », a vociféré Netanyahu, frappant sur le pupitre du président avec tellement de force qu’il en a tremblé. « Je suis sûr que quand ce sera le leader de votre parti [Yair Lapid] qui vous parlera, les choses seront différentes », a-t-il ajouté, appelant Abbas à être expulsé de la salle.

« Vous n’avez aucun ordre à me donner », a rétorqué Levy.

« Oui, on sait bien où vous prenez vos ordres », a répondu Netanyahu, insinuant apparemment l’idée que Raam aurait une influence démesurée sur la coalition.

Le législateur Nir Orbach, membre du parti Yamina dont la défection aura été le coup fatal qui aura précipité l’effondrement du gouvernement et la dissolution de la Knesset, a dit devant le parlement que l’année passée avait été une année « de combat et de confrontation constantes qui a parfois franchi la limite du bon goût et qui n’a pas contribué à faire honneur à la fois aux députés et à la Knesset ».

« Les grands perdants là-dedans, ce sont les Israéliens », a-t-il ajouté. « Et là, nous avons tous échoués, tous les membres de la Knesset », a-t-il continué.

Orbach a déploré le fait que les partis centristes et de droite ne soient pas parvenus à s’entendre pour former un gouvernement d’alternance à partir de la Knesset actuelle « pour empêcher ce gaspillage de temps et d’argent » qui résultera du prochain scrutin.

Abbas, de son côté, a affirmé qu’il « continuera avec optimisme » à faire avancer sa vision d’un partenariat entre Juifs et Arabes et que « ce processus est en cours, nous venons tout juste de le commencer ».

La loi sur la dissolution du Parlement est finalement passée avec 92 voix « pour » et zéro voix « contre ».

Les députés se sont aussi accordés sur la date du 1er novembre pour les prochaines élections. Ce sera le cinquième scrutin organisé en l’espace de quatre ans dans un contexte de forte instabilité politique.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...