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À Nof Hagalil, une école pour russophones apporte son aide aux réfugiés ukrainiens

Faisant partie d'un réseau d'institutions destinées aux immigrants de l'ex-URSS, Shuvu Renanim a redonné un sens à sa mission en aidant les enfants qui fuient le conflit

Les réfugiées ukrainiennes Katja, à gauche, et Ira Kapustenyenko à une célébration dans leur nouvelle école à Nof Hagalil, en Israël, le 23 mars 2022. (Crédit : Cnaan Liphshiz/JTA)
Les réfugiées ukrainiennes Katja, à gauche, et Ira Kapustenyenko à une célébration dans leur nouvelle école à Nof Hagalil, en Israël, le 23 mars 2022. (Crédit : Cnaan Liphshiz/JTA)

JTA – Véronika Maidanova se souvient s’être sentie complètement perdue lors de ses deux premiers jours d’école en Israël.

« Tout le monde parlait hébreu et je ne comprenais rien », raconte-t-elle, quelques semaines après avoir fui son Ukraine natale pour la sécurité – mais l’inconnu – en Israël.

Sa mère a alors entendu parler d’une école pour les nouveaux immigrants, où 90 % des élèves parlent russe. Elle s’est empressée d’inscrire Veronica à l’école Shuvu Renanim de Nof Hagalil, une ville de 41 000 habitants en Galilée où l’on estime que 60 % des familles parlent russe à la maison.

« Elle y a vraiment trouvé sa place, la plupart des élèves parlent russe, la plupart des enseignants parlent russe et elle commence déjà à se faire des amis », a déclaré Lena Maidanova à propos de sa fille. « C’est un énorme soulagement. »

Plus de 600 Ukrainiens sont venus à Nof Hagalil depuis que la Russie a envahi l’Ukraine le 24 février, déclenchant une migration massive d’Ukrainiens vers tout pays susceptible de leur offrir la sécurité. Environ 4 000 réfugiés juifs sont déjà arrivés en Israël, et des dizaines de milliers d’autres sont attendus.

A LIRE : Nof HaGalil, ville d’accueil des réfugiés ukrainiens juifs dans le nord d’Israël

Les enfants ukrainiens qui ont atterri à Nof Hagalil et à Shuvu Renanim menaient une vie sûre et stable il y a un peu plus d’un mois. Aujourd’hui, ils se retrouvent dans un pays étranger, généralement sans leur père, car l’Ukraine interdit aux hommes de moins de 60 ans de quitter le pays, et souvent après avoir subi des traumatismes pendant les premiers jours de la guerre et leur fuite d’Ukraine.

« C’est horrible de voir un élève trembler de peur lorsqu’une porte est claquée trop fort ou qu’une ambulance passe en hurlant », a déclaré Sara Neder, directrice de Shuvu Renanim depuis 12 ans.

Tetiana Denysenko, 36 ans, est restée à Kiev aussi longtemps que possible avec son fils de 10 ans, Sasha, et son père à Kiev.

« Mais c’est devenu impossible. Le bruit sourd et constant des bombes a traumatisé Sasha, et nous avons vu notre garçon heureux changer sous nos yeux, une nuit d’insomnie après l’autre », a-t-elle déclaré. Ils sont donc partis sans le père de Sasha, qui s’attend à être enrôlé dans l’armée sous peu.

Aujourd’hui, elle et Sasha sont hébergés à l’hôtel Plaza de Nof Hagalil, où la ville loge temporairement les nouveaux immigrants pendant un mois, le temps qu’ils trouvent des appartements à louer. Chaque jour, des bus ramènent Sasha et d’autres enfants de l’école Shuvu à l’hôtel, dans le cadre d’un vaste effort visant à rendre la ville accueillante pour les nouveaux arrivants.

Sasha Denysenko, un réfugié de guerre ukrainien de 10 ans, attendant sa mère dans le hall de l’hôtel Plaza à Nof Hagalil, en Israël, le 23 mars 2022. (Crédit : Cnaan Liphshiz/JTA)

À l’école, le personnel parle et accorde une attention particulière aux nouveaux arrivants pour « essayer de les faire se sentir aussi bienvenus et en sécurité que possible », a déclaré Neder. L’école ne propose pas d’aide psychologique spécifique aux traumatismes, mais les nouveaux arrivants « se portent mieux que lorsqu’ils sont arrivés », a-t-elle ajouté.

Cela est dû en partie à l’expérience de Shuvu dans l’éducation des enfants qui ont immigré en Israël depuis l’ancienne Union soviétique. L’école fait partie d’un réseau de 75 écoles qui accueille 6 000 élèves dans plus d’une dizaine de villes israéliennes. Ce réseau a été créé au début des années 1990 dans le but spécifique d’inculquer les valeurs juives aux enfants de l’ancienne Union soviétique.

Le fondateur de Shuvu était Avraham Yaakov Pam, un rabbin lituanien de Brooklyn, né en ex-Union soviétique, qui avait fait pression pour que l’éducation religieuse soit dispensée au plus grand nombre possible d’enfants juifs issus de la vague d’immigration massive en Israël en provenance de l’ex-Union soviétique au début des années 1990. Ayant été élevés sous le communisme, ces enfants – et leurs parents – n’avaient pas eu accès à une éducation juive.

Ces dernières années, avec la diminution de l’immigration en provenance des pays russophones, les écoles avaient commencé à accepter des enfants d’autres pays en plus des enfants d’immigrants de l’ancienne Union soviétique. Aujourd’hui, la guerre en Ukraine relance la mission initiale du réseau.

Les écoles Shuvu peuvent choisir qui elles admettent et ce qu’elles enseignent, car elles appartiennent à une catégorie conçue pour les écoles orthodoxes haredi qui permet à ces établissements de recevoir des fonds de l’État tout en s’écartant du programme israélien standard.

L’enseignante Hanna Rabkin et trois nouveaux immigrants d’Ukraine en classe à l’école Renanim Shuvu à Nof Hagalil, en Israël, le 23 mars 2022. (Crédit : Cnaan Liphshiz/JTA)

Officiellement, les écoles Shuvu sont classées comme haredi par le ministère israélien de l’Éducation, et elles ont quelques points communs avec les yeshivot fréquentées par les juifs orthodoxes. Les membres du personnel féminin, si elles sont mariées, portent des perruques, comme c’est la norme dans les communautés juives haredi. Les élèves filles portent des jupes longues et tous les garçons sont censés se couvrir la tête d’une kippa. Le réseau n’accepte que les enfants dont la mère est juive, conformément à la loi juive orthodoxe.

Mais ces écoles diffèrent des yeshivot traditionnelles sur des points importants. « Ce ne sont pas des écoles haredi car il y a des garçons et des filles dans les mêmes classes et nous avons des élèves dont les parents ne respectent pas le shabbat », a déclaré M. Buterman.

« Écoutez, nous n’imposons rien à personne ici », a déclaré Neder. « Il y a un code vestimentaire, bien sûr, il y a des leçons supplémentaires sur le judaïsme, mais finalement, nous acceptons et aimons tous nos élèves tels qu’ils sont. »

Certains des parents des enfants qui vont à Shuvu ont fréquenté des synagogues – principalement affiliées au mouvement hassidique Habad-Lubavitch – avant leur immigration en Israël. D’autres, en revanche, envoient leurs enfants à Shuvu pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le fait que l’école se concentre sur le judaïsme orthodoxe.

Pour des frais de scolarité d’environ 62 dollars par mois, les parents d’élèves à Shuvu bénéficient d’une journée d’école plus longue de deux heures que celle des écoles publiques, dans des classes comptant 30 % de moins d’élèves que les écoles publiques, ainsi que d’un repas chaud et du transport en bus depuis leur domicile.

De nombreux parents laïques décident d’envoyer leurs enfants à Shuvu en raison de ces avantages et de l’hospitalité dont font preuve les écoles à l’égard des russophones.

« Franchement, nous ne sommes pas trop portés sur tout ce qui est religieux, nous ne faisons pas Shabbat, mon mari ne porte pas de kippa », a déclaré une mère, une femme qui a immigré en Israël depuis l’Ukraine en 2010 et qui a souhaité être citée anonymement à la demande de ses enfants. « Mais cette école est tout simplement excellente, aucune école ne lui arrive à la cheville. »

Shuvu Renanim a de sérieuses références en matière d’excellence scolaire.

La semaine dernière, l’école Nof Hagalil a remporté un concours national de mathématiques et d’informatique pour la quatrième année consécutive – un record que Mme Neder, qui ne parle pas russe, attribue à « l’éthique de travail et d’étude des foyers de la plupart de nos élèves », a-t-elle déclaré. Une autre école Shuvu de Petah Tikva figurait également dans le top 10.

Les 16 réfugiés de l’école Nof Hagalil ont regardé avec intérêt les autres élèves célébrer cet exploit lors d’un événement scolaire avec ballons, musique forte et médailles remises à l’équipe gagnante par une Neder rayonnante, venue à l’école pendant son jour de congé pour la fête.

Nof Hagalil propose d’autres avantages pour les réfugiés ukrainiens.

Coucher du soleil sur Nof Hagalil, Israël, le 20 mai 2020. (Crédit : Municipalité de Nof Hagalil/JTA)

L’hôtel Plaza et le centre-ville offrent une vue imprenable sur Nazareth, la ville voisine à prédominance arabe, et les forêts luxuriantes de la Galilée, enveloppées de brume en raison des pluies tardives hors saison ce mois-ci. (Ira Kapustenyenko, une enfant de 9 ans originaire de Kiev, a déclaré que cette vue est « la meilleure chose qui lui soit arrivée » depuis qu’elle a quitté l’Ukraine, où selon sa sœur jumelle Katja, lors des premiers jours de la guerre : « Nous avions tellement peur que nous pensions mourir de peur »).

Les nouveaux arrivants seront également accueillis gratuitement à la seule piscine chauffée de la ville, au country club, aux salles de théâtre et à d’autres attractions pendant toute l’année qui suivra leur arrivée, conformément à une décision du maire de Nof Hagalil, Ronen Plot, lui-même russophone et né en Moldavie.

Ces avantages, qui vont bien au-delà de ce que d’autres villes offrent aux immigrants d’Ukraine ou d’ailleurs, sont « liés au sionisme », a déclaré une porte-parole de la ville, Orna Yosef Buhbut.

« Il s’agit d’une ville juive. Nous n’allons pas ignorer la situation critique des Juifs pour équilibrer le budget », a-t-elle ajouté.

L’extrême hospitalité de la ville est devenue un insigne de fierté pour ses habitants. Ils ont fait don de plusieurs tonnes de vêtements et de jouets pour les réfugiés, qui les récupèrent à un point de distribution de fortune installé par la municipalité dans un parking souterrain.

Des bénévoles de la ville de Nof Hagalil, dans le nord d’Israël, rassemblent des objets donnés pour accueillir des réfugiés fuyant la guerre en Ukraine, le 6 mars 2022. (Crédit : JALAA MAREY / AFP)

« Que ce soit bien noté dans les annales : au moment crucial pour nos frères, c’est Nof Hagalil, et non pas la clique du high-tech d’Herzliya pleine aux as, qui s’est surpassée », a déclaré Sammy Buari, résident et propriétaire d’un stand de falafels, dont les parents sont originaires de Libye.

Mais cet effort est lourd à assumer pour la ville, dont les habitants gagnent en moyenne 20 % de moins que l’Israélien moyen. L’absorption d’environ 15 % des réfugiés juifs qui sont arrivés jusqu’à présent en Israël pèse sur le budget de Nof Hagalil, a déclaré Buhbut.

« Leur situation n’est pas comparable à celle des olim qui sont venus avant », dit-elle, en utilisant le mot hébreu pour désigner les immigrants qui sont venus en vertu de la loi israélienne du retour pour les Juifs et leurs proches. « Ils sont arrivés avec les vêtements qu’ils avaient sur le dos, sans rien, en raison de leur fuite précipitée. Certains n’avaient pas assez de sous-vêtements pour se changer. Nous devons tout leur fournir. »

Selon Buhbut, ces dépenses sont judicieuses pour des raisons autres que morales.

« C’est un investissement judicieux », dit-elle. « Beaucoup des personnes qui arrivent ici, bien que dans des circonstances tragiques et avec rien d’autre que les vêtements qu’elles portent, sont des professionnels universitaires. Ce sont des survivants, ils ont l’esprit d’entreprise. Donnez-leur cinq ans et ils s’intégreront parfaitement au sein du système de santé, de la scène high-tech et des entreprises locales. »

Mais on ne sait pas encore si les familles resteront à Nof Hagalil sur le long terme. Outre le panorama, la ville présente peu d’attraits. Loin de la vie urbaine trépidante de Kiev et d’Odessa, Nof Hagalil est une petite ville endormie dont la première liaison ferroviaire avec Haïfa ne devrait pas se concrétiser avant quatre ans. Son principal titre de gloire est d’avoir changé en 2019 son nom de Natzrat Ilit, pour éviter toute confusion avec le nom du lieu de naissance de Jésus.

« La plupart du temps, après l’école, nous dormons », a déclaré Jan Yermochin, un garçon juif de 12 ans originaire de Kiev, arrivé à Nof Hagalil au début du mois.

Comme des dizaines de nouveaux arrivants d’Ukraine, Yermochin, qui espère devenir un jour banquier, a fréquenté une école juive là-bas – dans son cas, l’école élémentaire Simcha, affiliée à Chabad. D’autres sont allés dans des écoles publiques. Certains ont grandi avec une certaine connaissance du judaïsme, mais d’autres sont issus de mariages mixtes où la foi n’a jamais été évoquée. Très peu parlent hébreu.

Lena Maidanova, 33 ans, mère de deux filles, dont l’une est inscrite à Shuvu, pense qu’elle restera avec ces dernières et son mari lorsqu’il sera autorisé à quitter l’Ukraine.

« Cet endroit a l’air bien, le loyer n’est pas trop élevé », a-t-elle dit à propos de Nof Hagalil. « En fin de compte, Israël est moins confortable que l’Ukraine pour nous, parents, mais pour les enfants, je pense que grandir en Israël est plus avantageux. »

D’autres qui ont atterri à Nof Hagalil disent qu’ils n’en sont pas si sûrs. Katja et Ira Kapustenyenko ont déclaré qu’elles retourneraient volontiers à Kiev, où elles ont été élevées par leur grand-mère avant la guerre, si elles le pouvaient.

« Je ne pense pas que je pourrai jamais être heureuse ici. Je n’aurai pas d’amis ici. Je veux rentrer », a déclaré Katja.

Pour beaucoup des nouveaux arrivants de Nof Hagalil, la question de savoir où ils vont vivre est difficile à envisager maintenant, alors que la guerre fait toujours rage en Ukraine.

« Je n’ai aucune idée de ce qui va se passer par la suite », a déclaré Tetiana Denysenko. « Avec mon mari, avec l’Ukraine, avec notre maison là-bas. Nos vies entières ont été chamboulées. Pour l’instant, notre seul objectif est la réunion de notre famille. »

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