Abbas a hâte de travailler avec Trump et espère qu’il résoudra “le problème palestinien”
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2017 sera ‘l’année d’un état palestinien et de la fin de l’occupation israélienne’

Abbas a hâte de travailler avec Trump et espère qu’il résoudra “le problème palestinien”

Au congrès du Fatah, le président de l’AP a promis un état pour 2017, de présenter l’affaire au Conseil de sécurité, et de ne pas reconnaitre Israël comme un “Etat juif”

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, pendant son discours devant le 7e congrès du Fatah, réuni à la Mouqataa, le siège de l'Autorité à Ramallah, en Cisjordanie, le 30 novembre 2016. (Crédit : Flash90)
Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, pendant son discours devant le 7e congrès du Fatah, réuni à la Mouqataa, le siège de l'Autorité à Ramallah, en Cisjordanie, le 30 novembre 2016. (Crédit : Flash90)

Le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas espère que le président américain élu Donald Trump pourra jouer un rôle dans la résolution du conflit israélo-palestinien, malgré les premiers signes qui indiqueraient qu’il pourrait ne pas soutenir une solution à deux états.

Au lendemain de sa réélection à la tête de son parti, Abbas a également déclaré pendant son important discours politique devant le septième congrès du Fatah que 2017 serait l’année de la création d’un état palestinien attendu depuis longtemps. Il a défendu sa stratégie politique actuelle pour tenter de parvenir à la fondation d’un état palestinien par la diplomatie internationale.

« Nous avons hâte de construire une relation positive avec le nouveau président américain Donald Trump, et espérons qu’il apportera une solution au problème palestinien », a déclaré Abbas pendant son discours de plus de trois heures.

Trump a déclaré qu’il « adorerait » résoudre le conflit, mais les messages de ses conseillers ont indiqué qu’il ne pensait pas nécessairement que les implantations de Cisjordanie étaient illégales, et qu’il ne soutiendrait pas forcément une solution à deux états comme seul moyen de résolution.

Son élection a ravi une partie de la droite israélienne, qui la voit comme une opportunité de renforcer l’entreprise d’implantation en Cisjordanie après des décennies de condamnations internationales. Elle a aussi entraîné des craintes palestiniennes que Trump ne soit pas un négociateur juste pour tenter de conclure un accord de paix.

Abbas a cependant déclaré au public de Ramallah qu’il devait être patient, et que les Israéliens finiraient par quitter les implantations de Cisjordanie, en citant l’homme politique de droite qui avait mis fin aux implantations israéliennes dans la bande de Gaza : Ariel Sharon.

Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, pendant son discours devant le 7e congrès du Fatah, réuni à la Mouqataa, le siège de l'Autorité à Ramallah, en Cisjordanie, le 30 novembre 2016. (Crédit : Flash90)
Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, pendant son discours devant le 7e congrès du Fatah, réuni à la Mouqataa, le siège de l’Autorité à Ramallah, en Cisjordanie, le 30 novembre 2016. (Crédit : Flash90)

« Sharon a quitté Gaza, alors même qu’il considérait que c’était une terre sacrée », a-t-il déclaré, en faisant référence à l’évacuation de l’enclave palestinienne.

Abbas a également répété ce qu’il avait dit devant les Nations unies, que l’année 2017 serait l’ « année de l’Etat palestinien et de la fin de l’occupation israélienne. »

Il a ajouté que son parti renforcerait « la résistance populaire pacifique dans toutes ses sphères. »

Rebondissant sur la déclaration préélectorale de Trump, qui voyait Jérusalem comme la capitale éternelle et indivisible d’Israël, Abbas a affirmé que le prochain congrès du Fatah aurait lieu « à Jérusalem Est, la capitale éternelle de la Palestine. »

Les congrès du Fatah sont censés avoir lieu tous les quatre ans, mais le dernier était en 2009 et le précédent en 1996.

Le congrès de cinq jours, qui rassemble 1 400 délégués, devrait discuter de l’opportunité de présenter une résolution devant le Conseil de sécurité des Nations unies contre les implantations israéliennes. »

Abbas, aux commandes du Fatah, de l’OLP et de l’Autorité palestinienne depuis la mort de Yasser Arafat en 2004, a défendu la voie diplomatique et non-violente, et l’internationalisation de la cause palestinienne.

Pendant son discours, Abbas n’a pas annoncé de nouvelle politique. Il a réaffirmé son engagement envers l’option de négociation avec Israël pour parvenir à un accord sur la base d’une solution à deux états, mais a rejeté tout accord qui entraînerait des frontières provisoires pour un état palestinien naissant. Il a également exprimé à nouveau son soutien à l’initiative de paix française, qui cherche une solution internationale au conflit israélo-palestinien. Israël a déclaré son opposition à l’initiative française, et veut des négociations directes avec les Palestiniens.

Dans un contexte de discussion sur un retrait des accords d’Oslo de 1994, Abbas a étonnamment défendu l’accord de paix, déclarant qu’il s’agissait d’une « étape importante », qui « a ouvert la voie au retour de centaines de milliers de personnes en Palestine. »

Pour parvenir à la « réconciliation nationale », et mettre fin aux « divisions internes », Abbas a demandé la participation de tous les partis palestiniens, notamment des groupes terroristes gazaouis du Hamas et de Jihad islamique, aux élections législatives et présidentielles.

L'ancien homme fort du Fatah dans la bande de Gaza, Mohammed Dahlane, en 2006. (Crédit : Michal Fattal/Flash90)
L’ancien homme fort du Fatah dans la bande de Gaza, Mohammed Dahlane, en 2006. (Crédit : Michal Fattal/Flash90)

Certains analystes considèrent que le congrès est une tentative d’Abbas de marginaliser ses opposants politiques, notamment son rival de longue date Mohammed Dahlane, qui est actuellement exilé aux Emirats arabes unis.

Les membres du Fatah associés à Dahlane n’ont pas été invités au congrès, éliminant fondamentalement leur légitimité et leur voix au sein du Fatah.

« Le plus grand impact de la conférence a eu lieu avant même qu’elle ne commence », a déclaré Grant Rumley, chercheur de l’Institut de la défense des démocraties.

Rumley a déclaré qu’Abbas saisissait l’opportunité de resserrer les rangs au moment où « ses rivaux sont au plus bas et où il sent peu de pression externe de la Maison Blanche pour une réforme interne. »

L’élection des membres du parlement et du comité central du Fatah signalera la direction que le plus ancien parti palestinien prendra.

Le congrès est aussi organisé à un moment où le Fatah et son rival islamiste, le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, sont toujours profondément divisés. Le Fatah domine l’AP, qui dirige la Cisjordanie.

Le chef politique du Hamas, Khaled Meshaal, pendant un rassemblement du Congrès national africain en l'honneur du Hamas au Cap, en Afrique du Sud, le 21 octobre 2015. (Crédit : Rodger Bosch/AFP)
Le chef politique du Hamas, Khaled Meshaal, pendant un rassemblement du Congrès national africain en l’honneur du Hamas au Cap, en Afrique du Sud, le 21 octobre 2015. (Crédit : Rodger Bosch/AFP)

Mais, pour certains observateurs, la lecture mardi devant les congressistes du Fatah d’une lettre du chef du Hamas en exil, Khaled Meshaal, pourrait être le signe d’un réchauffement avec Abbas.

Abbas et Meshaal se sont récemment rencontrés au Qatar, pour la première fois depuis deux ans.

Pendant son discours, le dirigeant palestinien de 81 ans a également déclaré qu’il était « totalement convaincu » par sa décision d’assister aux funérailles de l’ancien président israélien et artisan de la paix Shimon Peres, qui a été très critiquée, et a déclaré que cette présence était « humanitaire ».

Le président Reuven Rivlin et son épouse Nechama avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant les funérailles d'état du défunt 9e président Shimon Peres, au cimetière du mont Herzl, à Jérusalem, le 30 septembre 2016. (Crédit : Mark Neyman/GPO)
Le président Reuven Rivlin et son épouse Nechama avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant les funérailles d’état du défunt 9e président Shimon Peres, au cimetière du mont Herzl, à Jérusalem, le 30 septembre 2016. (Crédit : Mark Neyman/GPO)

Abbas a également souligné l’importance de sa politique de maintien d’un dialogue ouvert avec tous les Israéliens, une politique qui a elle aussi été abondamment critiquée.

« Nous avons décidé d’ouvrir un dialogue avec le peuple israélien […]. Nous voulons dire au peuple israélien, à tous ses mouvements, que nous voulons la paix et que votre gouvernement la rejette », a déclaré Abbas, ajoutant que le dialogue mène à de « grandes récompenses ».

Il a cependant à nouveau souligné qu’il « ne reconnaitra pas un Etat juif », et que la reconnaissance palestinien d’Israël « ne durerait pas toujours » si Israël ne reconnaissait pas un état palestinien.

Deux ans après la reconnaissance de la Palestine comme état observateur des Nations unies, Abbas a déclaré qu’il demanderait un statut d’état membre au Conseil

« Nous devons l’obtenir », a-t-il déclaré.

Abbas a également réaffirmé son désir de voir à nouveau réuni le Comité tripartite sur l’incitation [à la haine]. Le comité a été créé par l’accord de Wye River en octobre 1998, et a réaffirmé en 2003 une carte pour la paix. Abbas a reconnu qu’il existait une incitation palestinienne à la haine, mais a demandé pourquoi le gouvernement israélien continuait de rejeter son offre pour relancer le comité tout en fustigeant son gouvernement pour des incitations à la haine et à la violence.

L’AFP a contribué à cet article.

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