Addy Fuchs, grand témoin de la Shoah et grand sportif, est mort à 92 ans
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Addy Fuchs, grand témoin de la Shoah et grand sportif, est mort à 92 ans

Rescapé d'un camp de travail dépendant d'Auschwitz, cet enfant de Belleville a passé plus de 30 ans à rencontrer collégiens et lycéens pour leur raconter sa déportation

Né en 1926 à Paris dans le quartier de Belleville de parents polonais, Addy Fuchs s’est éteint le 27 décembre à l’âge de 92 ans à l’Institution nationale des Invalides.

Il laisse derrière lui les souvenirs d’un homme qui, déporté à l’age de 16 ans, est devenu un passeur de mémoire actif auprès de centaines d’élèves et un fervent militant du sport populaire.

« Je suis né en 1926 à Paris, à l’hôpital Rothschild, parce que dans le temps c’était gratuit pour les familles pauvres se souvenait dans une captation réalisée pour le Musée national de l’Histoire de l’immigration. Mes parents sont des immigrants arrivés de Pologne en 1919, 1920″.

« J’ai vécu une enfance heureuse, pauvre, dans un village qui s’appelait Belleville, rue de la Mare continue Addy Fuchs. Mes parents s’étaient mariés religieusement en Pologne. Leur village était un petit bourg entre Varsovie et Lodz qui s’appelle Rawa Mazowiecka. Ils faisaient partie de grandes familles juives, extrêmement religieuses, orthodoxes, hassidiques. La famille de ma mère avait 18 gosses, celle de mon père 13 seulement. C’était des gens de synagogue. »

Addy Fuchs a été arrêté à Vierzon en juillet 1942 alors qu’il tentait de passer en zone libre, « il part vers Auschwitz dans le convoi numéro 35, » se rappelle le journal Libération qui l’avait suivi lors d’une rencontre avec des élèves à Saint Denis.

« A cinquante kilomètres de leur destination finale, le train s’arrête pour faire descendre les hommes en âge de travailler, continue le quotidien. Addy se joint au mouvement. Mais s’il a seize ans, il en paraît douze et le SS le fait remonter à coups de crosse. Sitôt que celui-ci a le dos tourné, l’adolescent redescend. ‘Je ne savais pas si je faisais le bon choix, mais je voulais rester avec mes copains. En réalité, tous ceux qui sont restés dans le wagon ont été gazés à leur arrivée au camp’.»

Lui, il passera deux ans et demi à Auschwitz-Birkenau avant d’être libéré le 27 janvier 1945 par l’armée rouge.

Depuis la fin des années 1970, il a commencé, sur sa propre initiative à rencontrer des collégiens en sa qualité de grand témoin. IL se rend dans les établissements, toujours tiré à quatre épingles, avec son « matériel pédagogique » : une étoile jaune, une veste de prisonnier, une carte d’identité estampillé « juif ».

Il raconte notamment un de ses souvenirs, glaçant, bien qu’il ait eu lieu après sa libération. En mai 1945, à l’hôtel Lutetia, où sont accueillis ceux qui rentrent des camps, « j’ai raconté ce que j’avais vécu. Mais on ne nous écoutait pas (..) Un copain n’avait plus que sa tante quand il est rentré. Il lui a tout raconté et elle l’a mis dans un hôpital psychiatrique, où on lui a fait des électrochocs.»

Encarté au Parti communiste jusqu’en 1968, Addy Fuchs fut également un grand promoteur du sport, notamment du volley-ball, à la Fédération sportive gymnique du travail (FSGT), née dans le mouvement socialiste au début du siècle, et rattaché également au Parti communiste par la suite.

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