Algérie : un ministre défend l’imam de Toulouse accusé d’antisémitisme
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Algérie : un ministre défend l’imam de Toulouse accusé d’antisémitisme

Alger a précisé dans le même temps que Mohamed Tataï ne faisait pas partie du contingent d'imams qu'il envoie en France

Mohamed Aïssa (Crédit : capture d'écran YouTube)
Mohamed Aïssa (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le ministre algérien des Affaires religieuses a pris la défense de l’imam algérien de la mosquée de Toulouse, accusé d’antisémitisme après un prêche controversé, tout en rappelant qu’il ne faisait pas partie du contingent d’imams envoyés en France par l’Algérie.

La justice française a ouvert fin juin une enquête pour « des faits susceptibles de constituer une incitation à la haine », après la mise en ligne d’une vidéo d’un prêche en arabe prononcé en décembre 2017 par l’imam Mohamed Tataï, dans lequel il cite un hadith (parole du Prophète) évoquant la « bataille ultime et décisive » entre juifs et musulmans.

« L’imam Mohamed Tataï est le fils d’une famille d’oulémas (théologiens)(…) il est inconcevable qu’il commette le péché de souiller les lois ou valeurs du pays dans lequel il travaille », a déclaré à la presse le ministre Mohamed Aïssa samedi à Tipaza (70 km à l’ouest d’Alger), selon une vidéo consultée dimanche par l’AFP.

Selon des propos cités par l’agence de presse algérienne d’Etat APS, il a qualifié les accusations contre l’imam de « mensongères ».

Cet imam « n’est pas un imam envoyé par le ministère des Affaires religieuses, c’est un imam libre qui travaille avec la Grande Mosquée de Paris » (GMP), a poursuivi devant la presse le ministre, indiquant que celle-ci avait « disculpé l’imam des accusations dont il a fait l’objet ».

Il a dit espérer « que les médias extrémistes arrêtent de porter atteinte à l’islam ».

Après avoir initialement évoqué une « interprétation décontextualisé » du prêche, le recteur de la GMP Dalil Boubakeur a condamné et regretté « vivement les propos totalement incongrus » de l’imam.

(Depuis la gauche) le Mufti de la Mosquée de Paris Djelloul Bouzidi, le recteur Dalil Boubakeur, le directeur administratif Mohamed Louanoughi, et le premier Imam Whales Belarbi observent une minute de silence à la Grande Mosquée, pour les victimes des attaques de Paris, le 16 novembre 2015, (Crédit : AFP PHOTO / JOEL SAGET

L’Algérie forme des imams, envoyés pour une durée de quatre ans en France, sous l’autorité de la GMP, financée par le gouvernement algérien.

Dans des entretiens à des médias français, l’imam Tataï a réitéré ses « excuses à tous ceux qui ont pu se sentir offensés » tout en invoquant « une traduction pas fidèle » au « vrai sens du hadith » de ses propos.

La GMP a ajouté qu’elle prendrait « toutes les dispositions nécessaires » en cas de procédure judiciaire contre M. Tataï.

« Pourriez-vous me confirmer que l’imam en question a bel et bien cité un propos à caractère antisémite? Face à de telles paroles, pourriez-vous m’indiquer la position de la Grande mosquée de Paris? », interroge le maire Jean-Luc Moudenc dans un courrier daté du 3 juillet.

Rappelant « l’émotion suscitée par les propos » que M. Tataï aurait tenus en décembre 2017, l’édile LR reproche au recteur de la GMP de laisser planer une « gênante impression de non-dit » et de ne pas avoir pris « position clairement » dans son communiqué publié après avoir reçu l’imam de Toulouse.

« En votre qualité d’autorité religieuse reconnue, je vous demande de me livrer l’exégèse complète de ce hadith qui, s’il faisait partie du corpus de la doctrine enseignée dans les mosquées et repris par l’imam en question, mettrait en péril notre vivre ensemble », interpelle encore le maire, qui ne peut se satisfaire de cette « ambiguïté ».

Pour le CRIF Midi-Pyrénées également, les propos de monsieur Tataï « ne souffrent d’aucune ambiguïté ». « Comment penser que nous puissions continuer à dialoguer avec quelqu’un qui souhaite notre mort? », a dénoncé Franck Touboul, président du CRIF régional, mercredi dans un communiqué, « nous ne pouvons nous satisfaire d’une simple condamnation de ces propos ».

L’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) ont déposé plainte pour « incitation à la haine raciale ».

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