Allemagne: La publicité murale d’un magasin juif, vieille de 110 ans, retrouvée
Rechercher

Allemagne: La publicité murale d’un magasin juif, vieille de 110 ans, retrouvée

Gelsenkirchen prévoit de conserver cette fresque pour le magasin de la famille Alexander dont les commerces et les biens avaient été saisis par les nazis

Un mur protégeait cette fresque de publicité, vieille de 110 ans, pour le magasin de la famille Alexander à Gelsenkirchen, en Allemagne (Autorisation :  Gelsenzentrum e.V. via JTA)
Un mur protégeait cette fresque de publicité, vieille de 110 ans, pour le magasin de la famille Alexander à Gelsenkirchen, en Allemagne (Autorisation : Gelsenzentrum e.V. via JTA)

BERLIN (JTA) — Au mois de mai, une équipe d’ouvriers qui faisaient des travaux de démolition ont détruit un immeuble qui était situé dans la ville de Gelsenkirchen, dans l’ouest de l’Allemagne. Alors que les murs s’effondraient, une publicité géante, vieille de 110 ans, qui était placée sur un mur adjacent a fait son apparition.

Elle dit : « Pour les costumes et les pardessus parfaitement sur mesure, venez chez Alexander ».

La famille Alexander était juive et elle s’était installée à Gelsenkirchen dans les années 1910 après avoir quitté une autre ville allemande. Ses commerces et ses biens devaient ultérieurement être saisis par les nazis.

Certains membres de cette famille nombreuse avaient trouvé refuge au Brésil. D’autres avaient fui vers le Royaume-Uni avant de rejoindre les Etats-Unis. L’un des frères avait été capturé alors qu’il se trouvait en exil en Belgique, avant d’être déporté et assassiné à Auschwitz.

Aujourd’hui, les descendants de la famille Alexander vivent au Brésil et aux Etats-Unis.

Le temps passant, un immeuble avait été construit le long de la fresque, effaçant encore davantage le souvenir de la famille Alexander. Mais la structure aura également servi à protéger l’inscription publicitaire pendant des décennies.

« Si elle était restée à l’air libre, exposée aux intempéries, elle n’aurait pas duré longtemps », a expliqué le porte-parole de la ville, Martin Schulmann. « Nous avons vraiment eu de la chance ».

Et aujourd’hui, Gelsenkirchen, une ville de 260 000 personnes située à environ 250 kilomètres de la capitale néerlandaise d’Amsterdam, tente de définir les meilleurs moyens de conserver la fresque. La ville réfléchit à un mémorial et à placer des fenêtres dans l’éventuelle nouvelle structure voisine, à travers lesquelles les visiteurs pourront l’admirer.

Photo d’illustration : Un restaurateur, Christoph Klug, proteste avec les autres propriétaires de bar en installant des chaises vides sur la place d’une église de Gelsenkirchen, en Allemagne, pour attirer l’attention sur la situation économique de son secteur suite à la crise entraînée par le coronavirus, le 24 avril 2020 (Crédit : AP Photo/Martin Meissner)

Même si le calendrier n’a pas encore été établi, l’accord sur la préservation de la fresque est général au sein du groupe chargé du logement au sein de la mairie, qui en est propriétaire.

Cette information, qui a été transmise aujourd’hui dans une lettre écrite par le maire Frank Baranowski à la présidente de la communauté juive Judith Neuwald-Tasbach, a été saluée.

« Il m’a dit que mon vœu se réaliserait », explique Neuwald-Tasbach. « Et j’en suis extrêmement heureuse ».

Andreas Jordan, un militant local, connaît depuis longtemps l’histoire de la famille Alexander. Son association, Gelsenzentrum, a tenté de faire ériger des mémoriaux sous forme de « pierre d’achoppement » à l’endroit où elle avait résidé avant la Shoah. Jordan a également demandé au maire de protéger le mur et de le garder accessible aux yeux du public.

Il « ouvre une fenêtre sur le passé, sur la vie historique, culturelle et sociale des Juifs qui vivaient ici et… sur l’économie en plein essor de la période de Weimar », dit-il. « Ce n’est pas seulement un vieux mur ».

« C’est une fresque qu’ils avaient réalisée eux-mêmes », note Neuwald-Tasbach, dont les arrière-grands-parents étaient propriétaires d’un magasin de literie à Gelsenkirchen. « Ils avaient connu la famille Alexander, il est probable que mon grand-père y ait acheté des costumes et que les membres de la famille nous aient acheté des lits ».

A cette époque, la communauté juive de la ville comptait presque 2 000 personnes. Il ne reste aujourd’hui qu’environ 380 Juifs, dont la majorité est originaire de l’ex-Union soviétique.

Neuwald-Tasbach espère que sa découverte amènera les jeunes de la ville à s’intéresser à l’histoire juive locale, peut-être dans le cadre des événements qui marqueront, l’année prochaine, 1 700 ans de vie juive en Allemagne.

« Certains ne savent pas qu’il y a eu ici une vie juive depuis si longtemps », dit-elle.

« Les Juifs, ici, étaient des gens normaux, certains avaient des commerces – et ils portaient des costumes parfaitement sur mesure », s’amuse-t-elle.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...