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Après 17 ans de refus de divorce, une femme fait grève de la faim devant la Knesset

Zvia Gordetsky implore les députés d’adopter une loi qui permettrait aux “femmes enchaînées” d’annuler leur mariage même en cas de refus du mari

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Zvia Gordetsky fait la grève de la faim devant la Knesset après s'être vue refuser le divorce depuis 17 ans, en mai 2017. (Crédit : autorisation)
Zvia Gordetsky fait la grève de la faim devant la Knesset après s'être vue refuser le divorce depuis 17 ans, en mai 2017. (Crédit : autorisation)

Devant le parlement d’Israël, une femme à qui le divorce religieux a été refusé depuis 17 ans est entrée dans son sixième jour de grève de la faim lundi, pour implorer les députés de trouver un moyen de la libérer.

« J’ai attendu le point où je ne peux plus attendre. J’ai attendu trop longtemps », dit Zvia Gordetsky, née en Ukraine il y a 53 ans, et dont le mari a choisi de résider en prison depuis 2000 plutôt que de lui accorder le divorce.

Elle espère que les députés pourront l’aider en ouvrant la voie à l’annulation rétroactive de son mariage, mais dimanche, les ministres ont mis de côté ce projet pour les trois prochains mois.

Gordetsky a demandé le divorce « à cause d’un incident tragique de violence familiale » dans lequel elle a perdu un bébé quelques jours avant la naissance prévue.

Après avoir entendu son témoignage et celui de son époux, une cour rabbinique a ordonné à l’époux d’accorder le divorce dans les 30 jours ou de faire de la prison, a-t-elle dit.

Zvia Gordetsky fait la grève de la faim devant la Knesset après s'être vue refuser le divorce depuis 17 ans, en mai 2017. (Crédit : autorisation)
Zvia Gordetsky fait la grève de la faim devant la Knesset après s’être vue refuser le divorce depuis 17 ans, en mai 2017. (Crédit : autorisation)

Il s’est présenté à l’audience avec sa valise, prêt pour la prison, dit-elle.

Emprisonné depuis, et ayant fait un passage à l’isolement, le mari de Gordetsky s’est récemment vu confisquer ses tefillins [phylactères], selon une nouvelle loi qui permet de faire pression sur les maris récalcitrants déjà emprisonnés avec des sanctions religieuses.

Mercredi dernier, Gordetsky s’est installée devant la Knesset pour protester contre son statut d’aguna, « enchaînée » en hébreu, qui ne lui permet pas de se remarier en Israël, où les tribunaux religieux ont la main sur les affaires familiales.

Le rabbinat, dont elle dit qu’il la soutient, a imposé toutes les sanctions dont il dispose, a-t-elle dit. « Mais cela n’a pas résolu le problème. »

S’exprimant en hébreu avec un accent, entourée de panneaux demandant libération de son mariage, la calme Gordetsky, vêtue religieusement avec un bandeau bleu clair sur ses cheveux blonds, s’est assise à table avec plusieurs soutiens.

Les députés sont venus exprimer leur solidarité, selon un militant qui l’accompagne.

Yael Cohen-Paran, députée de l'Union sioniste. (Crédit : autorisation)
Yael Cohen-Paran, députée de l’Union sioniste. (Crédit : autorisation)

Gordetsky plaçait ses espoirs dans une proposition de loi de la députée de l’Union sioniste Yael Cohen-Paran, qui aurait ouvert la voie à l’annulation des mariages par un mécanisme appelé hafka’at kiddushin, soutenu par une opinion juridique juive minoritaire.

La commission des lois, une commission cruciale qui accorde ou non aux législations le soutien de la coalition, a repoussé dimanche de trois mois le vote sur cette proposition de loi. Selon un porte-parole de Cohen-Paran, la députée de l’opposition présentera probablement sa proposition pendant le débat de la plénière de mercredi.

Cependant, la proposition de loi, soutenue par plus d’une dizaine de députés de l’opposition, mais par aucun député de la coalition, ne sera très certainement pas adoptée, en raison de l’opposition des députés ultra-orthodoxes à une législation qui modifie le statu quo religieux, qui permet aux affaires de « statut personnel », comme le mariage et le divorce, d’être gérées exclusivement par les cours rabbiniques.

Zehava Fisher, une militante qui accompagne Gordetsky, a affirmé que la loi n’aurait pas compromis l’image des cours rabbiniques, puisqu’elle serait conditionnée au jugement religieux des juges rabbiniques ordonnant à l’époux de divorcer de sa femme. Si l’époux refuse, la loi pourrait alors être utilisée, en appliquant le contrat de mariage.

Elle ne flanchera pas et ne mangera pas tant qu’une solution ne sera pas trouvée

Selon Fisher, « il y a des juges rabbiniques qui soutiennent cela. Au moins six. Un ouvertement, le rabbin [Eliyahu] Abergel, et cinq en secret. Mais ils existent. »

« Cette loi pourrait être adoptée par le parlement britannique. Parce que ce n’est pas une loi religieuse », a-t-elle ajouté, affirmant que même si la Knesset s’occupait du mécanisme légal pour la séparer des biens et des dettes de son mari, il resterait à la cour rabbinique de décider si la femme peut alors se remarier.

Tous les six mois, depuis 17 ans, le mari de Gordetsky est convoqué pour une audience devant la cour rabbinique qui lui demande d’accorder le divorce. Selon elle, il répète que les autorités « ne [l]e briseront pas ».

Pendant 17 ans, elle a demandé aux rabbins s’il y avait des failles dans la loi juive. « Leurs réponses se terminaient toujours par : que l’homme accorde le get », a-t-elle dit.

Cette mère de quatre enfants, venue en Israël depuis l’Union soviétique en 1990 et qui s’est mariée à 19 ans, était catégorique lundi : elle ne flanchera pas et ne mangera pas tant qu’une solution ne sera pas trouvée.

« Mes fils, que j’ai élevés avec dévouement, servent dans l’armée, protègent l’Etat d’Israël, a-t-elle dit. Je veux que l’Etat d’Israël me protège. »

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